Girls in Hawaii, l’échappée belle

Tournée triomphale en Europe, succès publique au Japon, un premier album écoulé à plus de 60000 exemplaires… Rien ne semble résister aux six jeunes musiciens de Girls in Hawaii, formation renommée d’une scène pop belge qui ne l’est pas moins. Il leur a pourtant fallu revenir aux sources (la campagne ardennaise), se réinventer grâce à un producteur atypique (Jean Lamoot) et retrouver le goût du bricolage pop pour accoucher du très dense et atmosphérique Plan Your Escape. Entretien avec Lionel Vancauwenberghe, chanteur et guitariste, et le batteur Denis Wielemans.

Deuxième album

Tournée triomphale en Europe, succès publique au Japon, un premier album écoulé à plus de 60000 exemplaires… Rien ne semble résister aux six jeunes musiciens de Girls in Hawaii, formation renommée d’une scène pop belge qui ne l’est pas moins. Il leur a pourtant fallu revenir aux sources (la campagne ardennaise), se réinventer grâce à un producteur atypique (Jean Lamoot) et retrouver le goût du bricolage pop pour accoucher du très dense et atmosphérique Plan Your Escape. Entretien avec Lionel Vancauwenberghe, chanteur et guitariste, et le batteur Denis Wielemans.

RFI Musique : Ce nouvel album est enregistré dans une maison d’un petit village des Ardennes. Etait-ce une volonté d’isolement après l’agitation des tournées et du premier album ?Denis Wielemans : Effectivement, on avait besoin de se recentrer sur nous-mêmes, de questionner notre désir de faire de la musique à nouveau après autant de dates et de sollicitations. Ça nous a pris un an, pendant lesquels on a pratiquement arrêté les concerts pour se concentrer exclusivement sur la composition et l’enregistrement de l’album. Pour cela, on voulait éviter à tous prix le studio conventionnel, avec des horaires de journée. On s’est donc installés pendant plusieurs semaines dans une maison un peu perdue, avec tout notre matériel. L’ambiance était beaucoup plus détendue, cela nous a permis de fignoler nos titres à notre rythme, de jour comme de nuit. Et de tester des endroits insolites pour l’enregistrement, comme le grenier ou le jardin.

Pourquoi avoir choisi Jean Lamoot, producteur plus connu pour son travail dans la chanson française (Dominique A, Bashung) que dans le rock indépendant ? Lionel Vancauwenberghe : Parce qu’on avait adoré son travail sur Des Visages des figures de Noir Désir, groupe dont nous sommes tous fans de longue date. Il s’est rendu à Bruxelles pour nous rencontrer et l’idée très peu conventionnelle d’enregistrer dans une maison perdue dans la campagne l’a particulièrement séduit. Denis : Paradoxalement, il nous a semblé tout de suite très effacé. Il parlait peu, nous laissait agir, travaillait seul sur les prises de son, d’autant que nous débordions d’idées d’arrangements. Puis, l’air de rien, on s’est rendu compte progressivement qu’il emmenait les morceaux dans une direction inédite, nous encourageait à expérimenter, n’hésitait pas à travailler sur une soixantaine d’enregistrements de cloches et autres sonorités bizarres ! Il a vraiment joué un rôle de catalyseur dans la création.

Justement, l’instrumentation sort des sentiers battus du rock. On entend de la guimbarde, de la cithare et beaucoup de sons d’ambiance… Denis : On est très attaché à cet aspect un peu bricolo, cette foule de détails, et même de défauts sonores auxquels on s’attache sur un disque et qui le rendent un peu intemporel. Le titre Fields of gold est emblématique de cela : le morceau est une ballade acoustique, mais on voulait lui donner une dimension supplémentaire, plus atmosphérique, avec le bruit de la pluie tombant devant la maison, quelques clochettes et des sons électroniques rajoutés en surimpression. En cela, on se sent très proches de Blonde Redhead par exemple, qui truffe sa musique d’expérimentations, de plages instrumentales et de sons un peu planants, avec ce côté un peu sale et accidenté dans leur son.

Accordez-vous une place importante aux textes dans votre travail ? Lionel : En fait, c’est généralement avant d’enregistrer nos voix que l’on écrit les paroles, très rapidement : une demi heure, une heure maximum. Elles sont là essentiellement pour poser nos voix.

On ressent pourtant une recherche de cohérence, de fil conducteur : l’ennui, le besoin d’évasion, comme sur Bored ou Couples on Tv…Lionel : Celle-là, c’est Daniel [ndrl : bassiste et percussionniste du groupe] qui l’a écrite. Sinon, s’il y a ce thème récurrent, cette mélancolie, c’est certainement lié à nos vies respectives, notre évolution. Depuis From here to there, tous les membres du groupe ont abandonné leurs études ou leurs jobs. Et la vie de musicien hors tournée nous déphase un peu : le fait de passer parfois des journées entières à rechercher l’inspiration, ce vide… Ça a été parfois très difficile à vivre lors de la conception de cet album.

Le chant aigu et plaintif, votre prononciation de l’anglais, rappellent étrangement d’autres groupes belges, notamment Sharko. Ressentez-vous une parenté avec la scène rock belge ? Denis : Nous ne nous étions pas rendu compte de cette ressemblance vocale ! Mais nous sommes fans de Sharko, particulièrement de l’album Sharko III. On se retrouve parfaitement dans l’esprit un peu "fait maison", bricoleur, du groupe. Plus généralement, s’il y a peut-être une chose qui rapproche des groupes comme Sharko, Ghinzu et Girls in Hawaii, c’est une absolue sincérité. Quand tu entends la voix de David Bartholomé [ndlr : chanteur et bassiste de Sharko] par exemple, il y a quelque chose d’un peu naïf, de vraiment émouvant…

N’avez-vous pas une appréhension avant de défendre sur scène un disque à la production aussi soignée ? Lionel : Aucunement. Nous avons travaillé pendant des semaines le live, afin de rendre ces nouveaux morceaux plus énergiques, plus enlevés. On a vraiment hâte d’y être !

Girls in Hawaii Plan your escape (62TV Records/Naïve) 2008En tournée dans toute l’Europe à partir de février 2008, le 7 mai 2008 à Paris (Olympia)