Ballet National Djoliba, au cœur de la Guinée

Le Ballet national Djoliba, véritable institution culturelle en Guinée, présente son nouveau spectacle, Manding’, le duel au fouet. Quarante quatre ans après sa création par Sékou Touré et Harry Belafonte, le Ballet reste fidèle à ses convictions et continue de défendre l’identité mandingue.

Une épopée culturelle et politique

Le Ballet national Djoliba, véritable institution culturelle en Guinée, présente son nouveau spectacle, Manding’, le duel au fouet. Quarante quatre ans après sa création par Sékou Touré et Harry Belafonte, le Ballet reste fidèle à ses convictions et continue de défendre l’identité mandingue.

 

 

 

 

 

"Ballet National Djoliba". Le nom de cet ensemble national suffit à l’inscrire dans un certain contexte. Le Djoliba, c’est en Guinée le nom donné à la source du fleuve Niger, situé à Farana, à 600 kilomètres de Conakry. Plus largement, c’est aussi le nom donné au majestueux fleuve, véritable artère de vie qui irrigue l’Afrique de l’ouest. Pourtant, lorsqu’on arrive à Pixine Port 2 à Conakry, dans l’ancienne salle de boxe du quartier où le Ballet répète, sa grandiloquente histoire ne saute pas aux yeux.

Il faut prendre le temps de s’asseoir parmi les curieux et d’observer, sous les percussions battantes des djembés, tambours et balafons, les danseurs et les danseuses conter pendant près de deux heures la terrible légende mandingue du combat de deux guerriers pour une jeune femme. Prendre ensuite le temps de discuter avec Ansoumane Condé, le brillant directeur artistique du Ballet National. Il déroule la passionnante trajectoire du Ballet National Djoliba, véritable reflet culturel de l’histoire de la Guinée depuis son indépendance.

 

Lieu de tous les possibles

 

En 1958, le pays est le seul d’Afrique sous domination française à répondre "Non" au référendum du Général de Gaulle sur la "communauté d’Etats autonomes". Sékou Touré prône les valeurs culturelles et politiques d’une Guinée indépendante. Dans le sillage de cette tumultueuse période, le Ballet National Djoliba est créé, avec comme directeur artistique Harry Belafonte.

Ansoumane Condé, successeur de l’illustre chanteur américain, explique : "Harry Belafonte s’était rendu compte de la richesse culturelle de Guinée après avoir vu les Ballets africains du Guinéen Keita Fodéba en tournée aux Etats-Unis". En 1959, il avait remporté en effet avec la Sud-africaine Miriam Makeba un Grammy Award pour le disque An evening with Harry Belafonte …La jeune Miriam Makeba alors interdite de séjour dans son pays s’était en effet installée en Guinée, sur invitation personnelle de Sékou Touré… 

 

Harry Belafonte lui rendit visite, rencontra Sékou Touré et se retrouva donc à diriger le Ballet National Djoliba... "Le parti au pouvoir s’est vite rendu compte de l’utilité du travail artistique pour véhiculer ses messages, mais aussi son idéologie. Les arts ont été des mediums pour véhiculer l’idéologie du parti, c’est-à -dire la préservation et la consolidation de notre souveraineté nationale. Mais on s’est aussi rendu compte que la garantie de l’indépendance de la Guinée dépendait aussi de celle d’autres pays africains. La Guinée a fait preuve d’une grande solidarité envers les autres pays qui étaient encore sous domination coloniale. C’est ainsi que de nombreux mouvements en plein lutte pour leur souveraineté nationale ont été accueillis en Guinée". 

 

Identité mandingue et panafricanisme

 

La Guinée est alors le lieu de tous les possibles. De toutes les révoltes, de toutes les fiertés. "Ballet National Djoliba", "le ballet du grand fleuve Niger", c’est aussi le symbole de la conservation et de la mise en avant de l’identité mandingue. Celui aussi du panafricanisme, puisque le fleuve Niger traverse la Guinée, le Mali, le Niger et le Nigéria... "Mais il n’y a pas eu de messages politiques dans les spectacles du Ballet national Djoliba. Il s’agissait surtout de travailler sur la mise en musique des légendes et contes du Mandé. En fait, l’action même du ballet était politique."

L’ensemble concentrait alors les meilleurs musiciens, les chanteurs et danseurs les plus talentueux des différentes provinces de Guinée. Le célèbre djembefola Mamady Keita, Souleymane Koly ou Tantie Aïssatou Diallo ont fait partie de la première promotion du Ballet national… "Il s’agissait de faire des tournées dans le pays, mais surtout de servir  d’instrument d’échange culturel à l’extérieur" rappelle Ansoumane Condé. Et les recettes des spectacles du Ballet venaient alors renflouer les caisses du jeune état guinéen…

Aujourd’hui encore, les artistes du Ballet se souviennent des médailles remportées tout  au long de leur carrière… Aïssatou Diallo, doyenne de la première génération se rappelle : "nous avons remporté la médaille d’or au festival panafricain d’Alger en 1965, puis beaucoup d’autres récompenses importantes, mais celle qui reste la plus symbolique pour nous tous, c’est surtout la médaille d’or de la francophonie en 1994". Mamady Keita, a quitté le Ballet en 1988 pour s’exiler en Belgique, puis aux Etats-Unis. En novembre dernier, il est venu à Conakry et a travaillé avec certains artistes du Ballet national. Une rencontre très émouvante.

 

A la source

 

 

Toujours actif, le Ballet national Djoliba continue de répéter tous les jours dans l’ancienne salle de boxe du quartier. L’age des effectifs des musiciens et les danseurs a été rajeuni. Le Ballet national continue de mêler les générations et de faire vivre la culture mandingue. Le 16 février dernier, le Ballet a donné une représentation du spectacle Manding’, le duel au fouet,  devant Lamine Camara Capi, l’auteur du roman qui l’a inspiré.

Avant de partir en tournée dans les différences provinces du pays, le Ballet national Djoliba fera comme chaque année son pèlerinage à la source du fleuve Niger, Farana, à 600 km de Conakry… Les artistes passent alors une semaine à faire des offrandes au génie du fleuve dont ils portent le nom. "C’est leur façon de le remercier d’avoir un rayonnement international, mais aussi de pouvoir être pérennisé"… Et visiblement cela marche ! Voilà aujourd’hui quarante-quatre ans que le Ballet existe !