Claude François forever, envers et contre tous

Le 11 mars 1978, un stupide accident enlevait à la France un de ses symboles des années 60-70, Claude François. Trente ans plus tard, sa carrière posthume est prospère et son image singulièrement réévaluée.

Un chanteur réhabilité

Le 11 mars 1978, un stupide accident enlevait à la France un de ses symboles des années 60-70, Claude François. Trente ans plus tard, sa carrière posthume est prospère et son image singulièrement réévaluée.

Chacun le sait : la culture française a toujours séparé le savant du populaire, le raffiné du vulgaire, le "classieux" du repoussant. Et Claude François a longtemps appartenu à la mauvaise catégorie. Quand les défenseurs d’une chanson qui ne passait pas à la télévision inventèrent le Printemps de Bourges, en 1977, c’était ouvertement contre la variété à paillettes dont le parangon était Cloclo. Le petit homme virevoltant était chaque samedi soir à la télévision dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier, sur les ondes des grandes radios périphériques, sur les sonos des quinzaines commerciales et fêtes de village…

Amoureux du spectacle plus que des mots, fou de succès plus que défenseur de l’art pour l’art, Claude François incarnait une manière de faire de la chanson qui aujourd’hui paraît désuète et même attendrissante. Mais il fut considéré longtemps, par une certaine critique et une partie du public, comme un véritable ennemi : trop de brillant, trop de sourires, trop de filles sexy autour de lui, trop peu de sens dans ses chansons.

Curieusement, il semble avoir aujourd’hui réconcilié les deux France qui s’affrontaient à son époque, celle de Guy Lux et celle de Jacques Chancel. Il n’est qu’à voir le casting de l’album Claude François, autrement dit, qui marque son adoption par une nouvelle génération de chanteurs : les plus étroites exigences du bon goût musical contemporain n’excluent plus son répertoire. 

Carrière posthume

Claude François est un artiste singulier dans l’histoire de la chanson française tant sa carrière posthume est importante. Certes, il n’est pas dans la situation de Boby Lapointe, qui n’a vraiment atteint la reconnaissance et le succès commercial qu’après sa mort.

Mais, depuis une vingtaine d’années, son Alexandrie, Alexandra figure systématiquement dans le classement annuel des titres les plus diffusés dans les night clubs français. Cette année, dans un marché du disque sinistré, il devrait parvenir à vendre encore entre 150 et 250.000 albums et 70 à 100.000 DVDs. Il est vrai que, de son premier 45 tours en 1962 jusqu’à fin 2007, il a vendu 62 millions de disques : 35 millions jusqu’à sa mort et 27 millions depuis ce 11 mars 1978 où il est mort électrocuté dans sa salle de bain à Paris.

Claude François, outre la gestion méticuleuse de son patrimoine artistique par ses fils Claude Jr et Marc, est le seul artiste français qui fait l’objet d’une stratégie de développement. Depuis seize ans, Fabien Lecœuvre gère l’image et le développement de Cloclo, avec pour credo et pour objectif commercial que "Claude François est l’Elvis Presley français". Et il est incontestable qu’il a obtenu de francs succès, à commencer par le redressement d’image du chanteur. Autrement dit : le chanteur ringard est devenu une référence branchée.

A sa mort, Claude François était en pleine réflexion sur sa carrière, son public, son avenir artistique. Et, de fait, les années 80 seront cruelles à sa génération d’artistes de variétés. La liberté sur la FM, le Top 50, l’arrivée du CD, tout conspire à ce qu’on jette aux oubliettes les chanteurs à paillettes. Les nouvelles stars – Jean-Jacques Goldman, Daniel Balavoine, Michel Berger – portent des Stan Smith, des pullovers Benetton et le jean de Monsieur Tout-le-monde. Dalida, Michel Delpech, Rika Zaraï ou Enrico Macias prennent un terrible coup de vieux devant les nouvelles stars du moment, mais aussi le souvenir de Claude François. Passée l’émotion de sa mort brutale, la presse et les médias audiovisuels bruissent pendant ces années-là de mille perfidies contre ses chansons, ses tenues de scène, ses Clodettes…

L'incarnation d'une époque

Il faudra le retour aux paillettes et les années 90 pour que l’on recommence à écouter Cloclo. Le temps du désamour est passé et, peu à peu, son étoile remonte. La génération qui a dansé sur ses chansons pendant son enfance arrive aux commandes des médias et des maisons de disques… Le phénomène Podium est une belle démonstration : le roman de Yann Moix paraît en 2002, son film suit deux ans plus tard, qui attirera quatre millions de spectateurs dans les salles françaises.

Bien sûr, le romancier et cinéaste se moque de l’époque des cols pelle-à-tarte et des Clodettes, mais avec une délectation et une tendresse qui ne laissent aucun doute sur ses goûts profonds – oui, il aime Claude François. Exemple presque diamétralement opposé, la comédie musicale Belles, belles, belles, en 2003, est un succès très relatif semble-t-il parce que les concepteurs du spectacle ont voulu réactualiser Cloclo, moderniser les chorégraphies et transporter son univers aujourd’hui. Erreur : Claude François ne vaut que parce qu’il appartient aux années 60-70, que parce qu’il incarne une période que son éloignement sans cesse croissant nous invite à fantasmer, à considérer comme le bon vieux temps de l’insouciance et de la légèreté.

Cette sensation est d’autant plus prégnante que Claude François n’est pas considéré comme d’autres grands disparus. Des dizaines de livres sont parus le concernant (dix-neuf nouveaux titres ou rééditions ces derniers mois et dans les semaines à venir) mais il n’a toujours fait l’objet d’aucune "vraie" biographie fouillée. Des dizaines de compilations et de best of sont sorties mais sa discographie n’est pas exploitée rationnellement (au contraire de celles de Jacques Brel ou Barbara). Il est vrai que ses enregistrements se partagent entre trois majors du disque : Universal de 1962 à 1972, Sony-BMG pour 1972-1975, Warner pour 1976-1978. Chacun ayant suffisamment de tubes pour nourrir de profitables compilations, il ne faut pas s’étonner que la première intégrale de Claude François (en 30 CD) ne soit annoncée que pour la rentrée prochaine. Elle devrait achever l’œuvre de réhabilitation d’un chanteur longtemps mal aimé malgré sa gloire.

Retrouver Claude François sur RFI :

Musique du monde spéciale Cloclo (Laurence Aloir)
Culture Vive : itv de Fabien Lecoeuvre, biographe officiel de claude françois, par Muriel Maalouf (2è partie de l'émission)