Les audaces d'Annie Ebrel

Originaire de Centre-Bretagne, Annie Ebrel est très attachée à la tradition musicale de sa "sous-région", comme on dit en Afrique de l’Ouest. Mais cela ne l'empêche pas de rivaliser d’audace à chacune des rencontres qui s’imposent à elle. Roudennoù, son dernier opus, a été enregistré en quartet avec de talentueux partenaires aux horizons divers. 

La Bretagne comme terre d’aventures

Originaire de Centre-Bretagne, Annie Ebrel est très attachée à la tradition musicale de sa "sous-région", comme on dit en Afrique de l’Ouest. Mais cela ne l'empêche pas de rivaliser d’audace à chacune des rencontres qui s’imposent à elle. Roudennoù, son dernier opus, a été enregistré en quartet avec de talentueux partenaires aux horizons divers. 

Tout comme un autre héros breton, Annie Ebrel est tombée dans la marmite toute petite. Mais elle, point de potion magique, juste des airs traditionnels de Centre Bretagne, qu’elle a repris très tôt en solo ou en duo devant un public conquis. Des chants à danser (kan ha diskan) ainsi que des complaintes et chants à écouter (gwerzioù et sonioù). "C’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier",  se souvient aujourd’hui cette fille de paysan, devenue chanteuse au gré des hasards de la vie et des rencontres. "Ce sont eux qui ont donné le cap et imprimé le chemin à suivre."

Désirs d'ouverture

Sa route passe, traverse, retourne et laboure la culture musicale de sa région en lui donnant de l’air. Ambassadrice, elle a porté ces kan ha diskan et autres gwerzioù jusqu'en Russie, en Italie, en Espagne, en Scandinavie et même au Québec. Et surtout, elle n’a pas hésité, dès qu’elle en avait l’opportunité, à frotter son répertoire enraciné, son enseignement au contact d’autres traditions ou chapelles musicales. "J’ai commencé à travailler avec des musiciens, dont le contrebassiste de jazz Ricardo del Fra. L’aventure a duré une dizaine d’années", rappelle-t-elle. "Ensemble nous avons créé un spectacle puis un disque". Velluto di Luna, Voulouz Loar Gwerz Pladenn a reçu un  Diapason d'or 1999.

"L’expérience a été très riche car, au-delà de la rencontre d’un autre univers musical, d’une autre approche des mélodies, j’ai pu repenser la place du chant dans mon travail. J’ai pu alors imaginer le chant autrement que comme un transmetteur de textes et de mélodies, le concevoir comme un instrument à part entière. Par sa durée et par ce qu’elle a enclenché, cette rencontre est sûrement la plus importante. De manière générale, chaque rencontre fait avancer le schmilblick, même si toutes ne sont pas aussi abouties", commente la chanteuse, dont le nom, au-delà des aventures vécues, est aujourd’hui encore souvent associé à un répertoire de chants traditionnels a cappella.

Quartet multiculturel

L’idée du quartet se situe dans la droite file du cheminement esquissé. Pour Annie Ebrel, la chose ne fait pas de doute. "C’est juste une histoire de progression, d’étapes de développement. Car, au final, je suis restée très près de ce que j’ai toujours fait, très près de la tradition, que ce soit par les textes que je chante ou dans la manière de les chanter. Je suis toujours très près de mon désir de rencontres, d’ouvertures à d’autres cultures", confie-t-elle.

"Les trois musiciens que j’ai conviés viennent tous d’horizons différents et ont tous un attachement fort, un enracinement dans les musiques traditionnelles." L’harmoniciste Olivier Ker Ourio, qui est né et a grandi à la Réunion avant de s’installer adulte à Paris. Le Breton Pierrick Hardy qui a, entre autres, été l’orchestrateur d’un des albums de la  chanteuse indienne de Bolivie Luzmila Carpio et qui est un véritable amoureux du chant. Le percussionniste Bijan Chemirani, benjamin d’une illustre famille iranienne de caresseurs/frappeurs de peaux tendues. Tous ont un univers qui leur est propre et le même souci de trouver les tonalités, les nuances qui peuvent rapprocher ces univers. "C’est une prise de risque", explique la chanteuse. "Je n’ai jamais voulu les rencontres en tant que telles. Elles se sont imposées. C’est une histoire de sensibilités musicales et humaines. Je souhaitais travailler avec un harmoniciste. J’ai pensé à Olivier Ker Ourio qui avait collaboré avec Jacques Pellen. Quand il a fallu suggérer un guitariste, Olivier m’a parlé de Pierrick. Quant à Bijan, c’est nous trois qui avions envie. Je connais Djamchid, son père et Keyvan, son frère. Pierrick le connaissait lui directement. C’est aussi simple que ça."

Au fil des plages de Roudennoù (les empreintes, les traces), Annie Ebrel tisse d’étonnants dialogues, trilogues ou quadrilogues avec ses musiciens. "D’une manière générale, le schéma de construction est toujours un peu le même. J’arrive avec des titres que Pierrick arrange. Ensuite, chacun apporte sa touche, sa patte, selon qu’il s’agit d’un duo, d’un trio ou d’un quartet. Bien sûr, les lignes d’arrangements sont écrites, mais rien n’est figé. Bien au contraire. Ce sont tous d’excellents improvisateurs, il serait dommage de brider leur inventivité. Nous avons eu plusieurs périodes de résidences, ce qui a permis de garder cet esprit "work in progress". Aujourd’hui encore, d’un concert à l’autre, ça continue d’évoluer, de rebondir. C’est aussi l’intérêt de la démarche. Liberté et respect !"


 Ecoutez un extrait de



Annie Ebrel Quartet Roudennoù (Coop Breizh) 2008