La diversité de Grand Corps Malade

Ce lundi 31 mars au matin, Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, se confond avec les clients du Virgin de Saint-Denis en banlieue parisienne. Il vient acheter son disque Enfant de la ville, tout juste sorti. Pure superstition, en écho à l’acquisition du premier opus, au temps où il hallucinait encore de voir sa tête sur une pochette. Après l’énorme succès de Midi 20, qui consacra le slam sur les scènes hexagonales, l’artiste revient avec un deuxième volet, témoin d’un homme fidèle à son art.

Enfant de la ville

Ce lundi 31 mars au matin, Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, se confond avec les clients du Virgin de Saint-Denis en banlieue parisienne. Il vient acheter son disque Enfant de la ville, tout juste sorti. Pure superstition, en écho à l’acquisition du premier opus, au temps où il hallucinait encore de voir sa tête sur une pochette. Après l’énorme succès de Midi 20, qui consacra le slam sur les scènes hexagonales, l’artiste revient avec un deuxième volet, témoin d’un homme fidèle à son art.


RFI Musique : Pourquoi avoir intitulé votre album Enfant de la ville ?


Grand Corps Malade : J’aime nommer mes disques par le titre d’une chanson. Enfant de la ville résume bien son état d’esprit. La ville m’a toujours inspiré : j’apprécie sa densité, ses bruits, ses couleurs, ses mouvements, ses odeurs. Même lorsque je décris la ronde des saisons, mes détails surgissent d’un décor urbain. Mon respect pour la campagne ne change rien : je me sens profondément "enfant du béton". Et puis, si le slam s’épanouit partout, il a éclos dans l’enceinte citadine, à laquelle il reste attaché.

Cet opus offre une large palette d’émotions et de musiques. Une volonté délibérée de diversité ? 
Je passe ma vie à écrire, loin de l’unique objectif de réaliser un album. Lorsque je prévois d'en sortir un, je choisis parmi ma "collection" de textes. J’opte alors pour des thèmes hétéroclites, et construis un patchwork qui prend tous les tons, du léger au grave. Habillage sonore, bande originale des images qui défilent à travers les mots, la musique en découle naturellement, tour à tour rythmée ou plus intimiste. Les thèmes ne reflètent pas trois semaines de ma vie, mais deux ans. Sur une telle période, parfois tu as la pêche, d’où l’émergence de textes drôles, et parfois tu déprimes. Le juste miroir s’inscrit au travers des sourires comme des larmes.

Votre slam reste donc autobiographique ?
J’éprouve toujours le besoin d’écrire, mais pas nécessairement sur moi. Forcément, je parle de ce que je connais le mieux : mon parcours, mes envies, mes galères, mes amours, mes potes. Pour autant, le slam ne constitue pas une thérapie, n’en déplaise à certains journalistes. Quoique relatifs à mon vécu, mes textes résonnent plus largement. De l’histoire personnelle, je tire une dimension universelle. A quelques détails près, mon expérience se partage. Dans mes textes, je me montre plus prolixe qu’au quotidien, où je me livre peu. A l’écrit, je me protège derrière la forme, et aborde des sentiments dont je n’oserais parler en temps normal. Enfant de la ville reste donc autobiographique, même s’il l’est un peu moins que le premier : j’y suis plus pudique, et plus prudent. Quand t’es dans un bar devant cinquante personnes, tu te lâches un peu plus que face à une multitude d’auditeurs.

La notoriété a-t-elle modifié votre discours, et votre rapport à la vie ?
J’ai essayé d’éviter tout bouleversement, mais peut-être est-ce inconscient. Je bénéficie d’une audience large. Pourtant, je ne me sens pas obligé de véhiculer un message. Mon seul impératif ? Le feeling et la sincérité. Au quotidien, j’habite toujours Saint-Denis, je fréquente les bars slam qui m’ont vu grandir, je vois mes potes, pour la plupart dans le milieu artistique, presque tous les jours, et continue d’animer des ateliers pour jeunes et retraités. Au milieu des promos, des plateaux télé et des concerts, j’ai besoin de ces repères, de ces "immuables", pour me retrouver. Je ne souhaite pas me couper de mes bases ni de ces sources d’inspiration, qui me donnent l’énergie. Sur ma récente notoriété et cette pseudo révolution, perçue avec peu de recul, j’ai écrit deux textes : Du côté chance, qui raconte l’aventure hallucinante de la tournée, mais aussi le très ironique Underground.

Quelle évolution dans votre art manifeste ce second album ?
Plus abouti, Enfant de la ville révèle plus de maturité et de préparation au niveau musical. Enregistré en douze jours, Midi 20 manquait de temps et de moyens. Là, je me suis entouré de musiciens avisés, et d’excellents arrangeurs comme Petit Nico et Feed Back. Il y aussi des invités tels mon pote John Pucc’ ou encore Kery James et Oxmo Puccino.


Pouvez-vous expliquer l’expression "J’écris à l’oral", utilisée dans l’un de vos textes ?


Le slam oscille entre oralité et écriture. C’est un leurre de croire qu’il ne s’agit que d’improvisation, même si cela arrive dans un pour cent des cas. Le slam demeure très écrit, et jouit d’une préparation à la virgule près. Pourtant,  j’"écris" pour "dire". Dès que je couche deux vers sur le papier, je les déclame à l’oral. Je veille scrupuleusement au rythme des mots et à leur sonorité.

Vos écrits sont étudiés au bac de Français. Cela vous touche-t-il ?
Je suis évidemment honoré que les profs considèrent mes textes comme des sujets d’étude. Bon, maintenant, à cause de moi, peut-être que certains élèves auront de mauvaises notes,  alors je culpabilise. Plus sérieusement, j’aimerais lire les commentaires, assister aux interprétations, et voir tout ce qu’ils pourraient en tirer, que je n’aurais pas imaginé.

Vous considérez-vous comme un symbole du slam en France ?
Personne ne connaît mieux que moi la scène slam, qui se développe partout, en Bretagne, en Normandie, au Québec, au collège, dans les ateliers qui fourmillent. Il y a des talents de ouf, des mecs super forts, et des textes qui fracassent. Alors plus que moi-même, je défends mon art : je participe aux scènes ouvertes dans les petits bars, j’invite des potes sur scène, j’organise des attentats verbaux. Je connais trop bien le slam, et son extraordinaire diversité, pour m’en sentir le représentant. Je n’en suis que l’artiste le plus médiatisé - affaire de chance et de circonstance -, mais j’avoue ma fierté d’avoir contribué à son d’essor, et d’avoir propagé l’épidémie.


 Ecoutez un extrait de



Grand Corps Malade Enfant de la ville (AZ) 2008
En concert du 22 au 24 mai 2008 à l'Olympia, à Paris.