Georges Moustaki, entre nostalgie et engagement

Après avoir débuté sa tournée par deux dates à l'Olympia en mai à Paris, Georges Moustaki présente avec l’assurance d’un sage qui connaît les ficelles de son art, Solitaire, un tout nouvel album truffé de duos et constellé de reprises.

Un nouvel album, Solitaire

Après avoir débuté sa tournée par deux dates à l'Olympia en mai à Paris, Georges Moustaki présente avec l’assurance d’un sage qui connaît les ficelles de son art, Solitaire, un tout nouvel album truffé de duos et constellé de reprises.

RFI Musique : Le nom de cet album est Solitaire. On vous imagine plutôt fraternel et chaleureux, entouré d’amis, prompte à jouer collectif, comme le prouve cet album riche en duo ?
Georges Moustaki : Ce n’est pas incompatible ! Solitaire, c’est avant tout le titre d’une chanson, d’une chanson qui donne son nom à l’album. Quand on est solitaire, on est ouvert au monde. J’aime bien ce paradoxe. Solitaire, c’est aussi le nom d’un diamant. C’est un peu prétentieux, mais j’espère que cet album est beau et pur comme un diamant.

Fait marquant de cet album cinq duos (deux avec China Forbes, un avec Vincent Delerm, un avec Stacey Kent, un avec Cali). Une trentaine d’années vous "séparent" de ces chanteuses et chanteurs…
Chacun de ces duos est le fruit d’une motivation particulière. Ce n’est pas un tir groupé sur une génération. Vincent Delerm, avec qui je chante Une Fille à bicyclette, est un ami récent. Nous avions envie de nous retrouver pour composer une chanson ensemble. Une évidence, en fait. Avec Cali, c’est autre chose, nous partageons beaucoup d’idées sur le monde dans lequel nous vivons, sur l’évolution de notre pays et d’engagements aussi. Lui est plus fougueux et moi, plus calme. Nous avons chacun fait un pas l’un vers l’autre et l’on s’est retrouvé autour de Sans la nommer, une chanson qui nous va bien. Stacey Kent est une Américaine passionnée de musique brésilienne. Il se trouve que j’avais sous la main une chanson de Chico Buarque que je venais de finir d’adapter en français. L’occasion était belle. C’est une chanson de rupture ; ça rend le propos plus humain, plus doux et plus serein.

Et China Forbes avec qui vous interprétez deux reprises : Ma Solitude et Donne du Rhum à ton Homme ?
China est la chanteuse de Pink Martini que j’avais découverte comme tout le monde avec le succès Je ne veux pas travailler. Il se trouve que Ma Solitude que nous chantons est la chanson préférée de sa mère. Que ne ferions-nous pas pour faire plaisir à une mère ? Quant à Donne du rhum à ton homme, c’est une chanson que j’ai écrite avant même Ma Solitude et que je n’avais jamais encore enregistrée en studio.

Cet album a été réalisé par Vincent Segal (membre du duo Bumcello), un producteur remarqué et recherché. Pourquoi lui et comment avez-vous travaillé ? Quels ont été ses apports ?
Je cherchais un arrangeur. J’ai longtemps travaillé avec Hubert Rostaing, mon frère aîné pour ainsi dire, j’avais envie de retrouver la même légèreté dans le travail, la même fluidité dans la collaboration. Avec Vincent, on se connaît depuis deux ans, c’est un voisin et un ami. On est très proche, tant artistiquement que géographiquement. C’était simple. On travaillait chez lui, chez moi. On est très complémentaire. J’ai dans un premier temps, posé sur des maquettes rudimentaires les éléments auxquels je tenais et lui ensuite, les a affinés, sans jamais les détourner. Il a su en garder la facture initiale, tout en lui donnant une dimension qu’elle n’avait pas. Tout le monde a apprécié son travail. Pourtant ce n’est jamais gagné d’avance, surtout quand on mélange amitié et travail.

Les musiciens du disque sont vos musiciens du moment ?
Oui, ça aussi c’est une idée de Vincent qui, plutôt que de convoquer des musiciens de studio, a souhaité qu’on travaille avec l’équipe qui m’accompagne habituellement (Toninho Do Carmo aux guitares, Luiz Augusto Cavani à la batterie et Francis Jauvain à l'accordéon), afin de soigner l’homogénéité et la cohérence du son. Quelques musiciens additionnels comme l'accordéoniste Marcel Azzola, le trompettiste Ibrahim Maalouf, le flûtiste Malik Mezzadri (Magic Malik), la contrebassiste Sarah Murcia et d’autres sont passés au studio. En fait, les choix décisifs concernant Solitaire se sont fait dans un esprit collégial de manière informelle. C’est cet esprit qui surnage je crois, à l’écoute.

Qui est la voix féminine qui vous accompagne sur La Jeune Fille ?
C’est Sarah Murcia qui chante. C’est un oubli sur le livret qui accompagne le CD, un oubli qui sera corrigé sur la prochaine édition.


Le temps des Guitares, qui ouvre cet album, est juste délicieusement nostalgique. Cette tonalité imprime un voile léger à l’ensemble de l’album. Est-ce votre état d’esprit du moment ?
La nostalgie pour moi rime avec l’amour du passé. Ce n’est pas une maladie grave, juste quelque chose dont je parle de manière souriante et au présent.

Vous reprenez Sans la nommer, ou chantez Mélanie faisait l’amour. Que vous inspirent les 40 ans de mai 68 ?
Mai 68 est venu à ma rencontre, alors que j’étais déjà dispo confirmant les idées que j’étais en train de vivre à l’époque, en mêlant dans le même jus, esprits libertaire et libertin. 40 ans après, je pense naturellement avec tendresse à cette époque. Avec tendresse et un poil d’énervement à l’endroit des personnes qui comme Cohn-Bendit, en ont fait leurs fonds de commerce. J’ai juste envie d’essayer de préserver la pureté de ce moment.

Cet album est dédié à Henri Salvador…
Je le connais depuis 54 ans. On avait prévu de faire un album ensemble. Il est parti avant, sans prévenir.


 Ecoutez un extrait de



Georges Moustaki Solitaire (EMI Music France)