Le paradis pop de Tahiti Boy

Pedro Winter, manager de Daft Punk et découvreur de Justice, le recommande chaudement. Béatrice Ardisson vient de le convier sur une de ses célèbres compilations de reprise. Tout ça pour quoi ? De superbes mélodies et pas un gramme d’esbroufe ! Avec Good children go to heaven, Tahiti Boy revient aux fondamentaux de la pop. Intemporellement imparable.

Premier album Good children go to heaven

Pedro Winter, manager de Daft Punk et découvreur de Justice, le recommande chaudement. Béatrice Ardisson vient de le convier sur une de ses célèbres compilations de reprise. Tout ça pour quoi ? De superbes mélodies et pas un gramme d’esbroufe ! Avec Good children go to heaven, Tahiti Boy revient aux fondamentaux de la pop. Intemporellement imparable.

"J’aime bien chanter l’amour bête, l’amour niais, celui qui est plein de maladresse. C’est un disque complètement au premier degré. Je suis fleur bleue pour de vrai." Tahiti Boy, petit bout d’homme barbu, n’a rien du Parisien typique : il respire la simplicité et la gentillesse. A tel point, qu’on se demande si ce n’est pas feint ! L’écoute de son premier album, Good children go to heaven, sonne pourtant complètement raccord. A l’heure des duos sulfureux, le chanteur aurait pu inviter une star du X ou un repris de justice. Non Tahiti Boy convie sa petite amie, Audrey, pour un Not only for the week end désarmant de simplicité. Une ode adolescente à la fragilité assumée.

A se demander pourquoi la fine fleur de la hype s’intéresse à une musique aussi peu branchée. L’artiste a la réponse : "Les mecs qui font de l’électro ou du rock ont beau envoyer du gros son, une belle mélodie, ça les touche aussi. On a tous ça en nous, je ne sais pas si ça remonte à l’enfance ou à l’adolescence… Quand tu écoutes Discovery de Daft Punk, le disque a été fait avec de la programmation électronique mais pour moi, c’est un album pop. Il y a des couplets, de refrains, des mélodies, tout le monde peut chanter Harder, Better, Faster, c’est super pop quoi !"

La rencontre avec Paul Mc Cartney

Et en matière de fines mélodies impossibles à déloger des tympans, Tahiti Boy s’y connaît. Good children go to heaven regorge de titres qui vous caressent dans le sens du poil. Avec son chant poignant et ses chœurs souls, You make me blush vous les fera même se dresser. Mais le disque ne propose pas que des bluettes lacrymales, les très sautillants When I miss you ou 1973 rappellent que la pop ne s’adresse pas qu’aux âmes en peine. "J’aime bien ce terme 'pop', explique Tahiti Boy, dans sa dimension populaire. Pour moi les Beatles sont populaires non pas parce qu’ils sont devenus des superstars, mais parce que leur musique est tellement large que tout le monde y trouve son compte. Quelqu’un qui aime le hard rock va écouter Helter Skelter, quelqu’un qui aime les berceuses, She’s leaving home et quelqu’un qui aime la variété, Let it be."

Avec sa basse ronde, ses flûtes et son orgue, l’album baigne d’ailleurs dans une ambiance très années 1960. A tel point qu’on jurerait entendre Paul Mc Cartney chanter au détour de When I speak. Les deux hommes se sont en effet croisés dans un magasin d’instruments de musique à Brooklyn. Simple vendeur, David, pas encore Tahiti Boy, s’en veut encore de ne pas avoir eu de disque à lui donner.

Parcours

Le Français "rumine des chansons" depuis tout jeune chez lui. Seul à la guitare ou au piano. Une fois son bac en poche, il entame, sans grande conviction, des études d’anglais et de sociologie à Paris tout en montant un petit label avec Gaspard (futur membre de Justice). L’histoire s’accélère lorsqu’il intègre la Julliard School, une école de musique très sélect de New York. Il passera quatre ans de l’autre côté de l’Atlantique. Quatre années inoubliables pendant lesquelles il va côtoyer la faune musicale de Brooklyn : saxophoniste pendant un an de la formation afro-beat Antibalas, clavier pour le rappeur électro Mike Ladd… Good children go to heaven témoigne de cette époque bénie : That song duo crépusculaire avec Tunde Adebimpe, chanteur de l’ovni pop TV on the Radio ou encore le titre, limite post rock, Brooklyn. Mais si tout était si merveilleux, pourquoi rentrer ? "Courir après les papiers, c’est super fatiguant. Les frontières sont vraiment fermées. Mais il n’y a pas un jour sans que je ne regarde les prix des billets…"

De retour en France, David ne chôme pas. Il tourne pendant 6 mois avec Mike Ladd, participe à plusieurs projets et décide enfin de faire connaître ses compositions. Il convoque la fine fleur des musiciens pop de la capitale (Tanger, Syd Matters, …). En un rien de temps, Tahiti Boy et la Palmtree Family accouchent de ce premier album haut de gamme. Finalement, Paris n’est plus si plan plan : "Je suis super content de cette effervescence électronique actuelle, ça remet la France sur la carte du monde de la musique, tout le monde en bénéficie. Je n’aime pas tout ce qui se fait mais je trouve que c’est une très bonne chose. Ça permet des passerelles, d’être super crédible. Nous sommes un groupe parisien, on le revendique vachement et on n’a pas à en rougir." Mieux que le monde de Candy, découvrez celui de Tahiti boy, où il n’y a que des gentils et de belles mélodies. Avec Good children go to heaven, faisons ressortir l’enfant sage qui est en nous, celui qui croit qu’il ira au paradis. Un peu d’utopie, ça n’a pas de prix.


 Ecoutez un extrait de



Tahiti Boy & The Palmtree Family Good children go to heaven (3rd Side) 2008