Speed Caravan

Dans Kalashnik Love, le luthiste Algérien Mehdi Haddab guide le trio Speed Caravan, oud électrique en main, vers l’essence de la création et du rock’n’roll. Dans un voyage halluciné, entre compositions et reprises, la caravane rapide transcende les époques et les styles. Yallah !

Une caravane rock’n’roll

Dans Kalashnik Love, le luthiste Algérien Mehdi Haddab guide le trio Speed Caravan, oud électrique en main, vers l’essence de la création et du rock’n’roll. Dans un voyage halluciné, entre compositions et reprises, la caravane rapide transcende les époques et les styles. Yallah !

Ceux qui connaissent Mehdi Haddab ne seront pas surpris. Ceux qui vénèrent le luth arabe classique, le oud, peut être un peu plus. Dans cette caravane contemporaine que Mehdi Haddab, le bassiste Pasco et Hermione Franck chargent d’énergie rock de transe électro, le oud sonne électrique et s’éloigne largement de son image d’instrument classique…

Efficaces

Axé sur des compositions et sur des reprises (The Cure, The Chemical Brothers, Udi Hrant…), Speed Caravan naît d’un pacte entre deux musiciens fêtards et déjantés, le luthiste Mehdi Haddab et le bassiste Pascal Teillet dit Pasco : Travailler des morceaux "efficaces" à partir de thèmes pas forcément faciles à jouer. Leurs univers musicaux très différents tracent chacun des itinéraires sans boussole, dirigés à coup de rencontres iconoclastes et d’innovations musicales. L’Algérien Mehdi Haddab a appris le luth classique, a formé le trio Ekova, puis s’est lancé avec Smadj dans l’aventure DuOud, un duo de oud qui amenait le luth arabe dans un contexte électro. Il s’est aussi risqué à des territoires de créations très différents avec Rodolphe Burger, Erik Marchand ou Rachid Taha…Pasco, bassiste de pointe, a lui travaillé avec King Mensah, Ganoub ou Archie Shepp… La troisième comparse, Hermione Frank, journaliste et musicienne électro est une ancienne complice d’Ekova, avec qui Mehdi a partagé la scène pendant plusieurs années. Elle a mis sa patte électronique sur la  première base de travail de la basse et du oud électrique…

Ivresses…

Speed Caravan est donc né du métissage des univers, mais aussi de nuits de fête et d’ivresse selon Mehdi Haddab… "Au départ, on a monté ce trio pour avoir un répertoire ensemble. C’était il y a trois ans et cela correspond au moment où j’ai commencé à jouer systématiquement du luth électrique … A cette période, avec Pasco on se voyait plusieurs soirs par semaine, on bossait parfois jusqu’à neuf heures du matin, on faisait la fête, on faisait de la musique…On s’est attrapés comme ça tous les deux et on a construit un truc dans ce tourbillon de création. C’est aussi pour cela que le projet s’appelle Speed Caravan. Comme une accélération…".

Mais avant d’être un disque, Speed Caravan a d’abord été expérimenté sur scène, pendant plusieurs années. Les compositions et les reprises se sont donc affinées au fur et à mesure des concerts… Speed Caravan a ainsi pris son temps et s’est inventée comme une caravane touarèg moderne chargée de différents univers musicaux, avec une nette prédominance rock. "Je voulais que ce soit quelque chose d’actuel  qui fasse aussi référence à l’ancien… Je suis un fou du oud du début du XXè avant 1950, de cette façon de jouer, donc il y a aussi des thèmes qui remontent à cette époque.  Le morceau titre de l’album, Kalashnik Love, vient d’un 78 tours d’un luthiste que j’adore : Udi Hrant Kenkulian. La version originale n’a pas grand-chose à voir avec le morceau du disque…

C’était plus dur d’adapter une énergie rock à ces morceaux que reprendre Killing an Arab des Cure par exemple. Le morceau est très garage, donc très minimaliste. Il fallait seulement l’actualiser"…

Chiftetelli, qat & rock’n’roll

Pour Mehdi Haddab qui a commencé la musique par la guitare électrique en Algérie, mû par un esprit de « rebellion », cette caravane de transe est aussi l’occasion de renouer avec les fondamentaux de la création. « Cet album, raconte Mehdi Haddab, c’est aussi une façon de me lâcher musicalement…J’ai aussi commencé la musique par la guitare électrique et donc par le rock…. L’apprentissage du luth m’a amené à 17 ans dans un monde très serein, plus contenu. Le démon du rock est revenu pour mes 25 ans, mais je n’avais pas les moyens sonores de l’exprimer, car j’avais ce luth, qui même rempli de tissu ne me donnait pas le bon son… Je l’ai électrifié et là, le lion a surgi. Je retrouve une musique connectée avec la fureur ou la rage ».  Ainsi, la caravane rapide proclame à travers ses insolentes compositions la devise fondatrice « Sexe, drogue & rock’n’roll », version Speed Caravan.

« Cet adage est sacré pour moi, raconte Mehdi Haddab le libertaire. C’est la définition même du rock mais aussi de l’art depuis la nuit des temps. Parce que la création c’est aussi des nuits d’ivresse, l’amour sous toutes ses formes… J’espère que cet album est jusqu’au-boutiste, extrême. Pour moi, c’est un grand pas de libération par rapport à l’instrument, un nouvel univers à défricher. Auparavant, j’ai monté différents projets qui m’ont permis de mieux connaître le oud, mais l’étape supérieure c’était d’aller dans le rock, dans le roc, d’aller dans la pierre, quoi… ».


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Speed Caravan Kalashnik Love  (New Bled Records / Anticraft) 2008
En concert le 10 août au Parc de La Villette à Paris