Laurence Revey, si particulière

Huit ans après son opus Le creux des fées, Laurence Revey s’est enfin décidé à quitter, temporairement ses montagnes suisses pour graver un nouvel album éponyme. Un quatrième enregistrement aux couleurs arc-en-ciel, alliant chanson française, classique, électro-pop et rock, à l’image de Sierre, son canton natal du Valais, surnommé la cité du soleil au pays du chocolat. Rencontre avec cette nymphe helvétique qui, avec sa voix envoûtante, est une pure alchimiste des sons.

Quatrième album

Huit ans après son opus Le creux des fées, Laurence Revey s’est enfin décidé à quitter, temporairement ses montagnes suisses pour graver un nouvel album éponyme. Un quatrième enregistrement aux couleurs arc-en-ciel, alliant chanson française, classique, électro-pop et rock, à l’image de Sierre, son canton natal du Valais, surnommé la cité du soleil au pays du chocolat. Rencontre avec cette nymphe helvétique qui, avec sa voix envoûtante, est une pure alchimiste des sons.

RFI Musique : Vous avez signé récemment un nouvel opus éponyme qui est un peu un road-movie, puisqu’il a été enregistré aux Etats-Unis, en Angleterre, en Islande, mais aussi bien sûr en Suisse, votre pays. Pourquoi toutes ces destinations ?
Laurence Revey : Je suis quelqu’un qui aime le mouvement. C’est une question d’équilibre. J’ai autant besoin de la vie trépidante du monde urbain que de la tranquillité de la campagne. Je m’imprègne beaucoup des endroits dans lesquels je vais. Même si c’est souvent rapide dans le cadre de mes tournées, je capte l’atmosphère d’un pays ou d’une ville. C’est un peu comme si vous preniez de l’oxygène quand vous manquez d’air, vous devez agir vite. Cela donne des impressions assez fortes que j’avais envie de retranscrire et de partager dans ce disque. Et puis, ces destinations m’ont donné l’occasion de faire des rencontres.

A New York, j’ai travaillé avec Arto Lindsey, ce musicien-producteur avant-gardiste. En Islande, j’ai croisé Bardi Johannsson, un compositeur touche à tout. A Londres, j’ai fais la connaissance de Tony Levin, l’incontournable bassiste de Peter Gabriel, mais aussi de Valgeir Sigurdsson, collaborateur de Björk. Je ne suis pas allée vers ces gens par hasard. J’avais envie de les laisser approcher ma voix pour qu’ils la travaillent de façon différente. Toutes ces collaborations m’ont permis de passer aisément, sur cet album, du classique à la chanson française, de l’électro-pop au rock. Alors qu’auparavant, mes productions étaient plus thématiques dans les styles.

Parmi les titres de ce quatrième album, vous reprenez le Requiem pour un con de Serge Gainsbourg. C’est osé de s’attaquer à ce monstre sacré de la chanson française !
Dans chacun de mes enregistrements, j’ai toujours fait des reprises. J’aime beaucoup cet exercice. Après avoir déjà repris Jacques Brel, là, je me suis autorisée à reprendre Gainsbourg. Généralement, l’élève dépasse rarement le maître. Donc l’idée était d’apporter, modestement, à ce standard une touche personnelle notamment humoristique. Ce qui m’amusait avec ce requiem, c’était d’en faire une chanson d’amour détournée. Parce qu’à l’origine, il s’agit d’une chanson de gangster.

Il y a un autre morceau significatif, également chanté en français sur fond de cordes classiques intitulée L’eau. A travers cette sorte de comptine écologique, vous voulez soulever des questions environnementales ?
J’ai écrit cette chanson, après avoir vu un reportage à la télévision qui montrait que l’eau était en train de devenir une matière première aussi vendable que le pétrole ! Le documentaire évoquait l’idée de construire des pipe-lines qui partiraient du Canada pour amener de l’eau jusqu’aux Etats-Unis. Ce projet entraînait la modification de la constitution canadienne. Car au Canada, l’eau est considérée comme un élément naturel n’appartenant pas aux individus mais à la collectivité. Donc l’approvisionnement en eau va devenir une question politique cruciale dans le monde. Sans faire de l’écologie de comptoir du genre : "il faut sauver la planète, arrêtons de couper les arbres !", j’ai simplement voulu interpeller les gens. Parce que, je le répète, l’eau sera un des problèmes majeurs de notre siècle. C’est une réalité !

Sur Valt’s in, vous interprétez des textes sacrés dans une langue particulière. Comment avez-vous écrit ce morceau ?
D’abord, ce titre est chanté dans un patois propre aux Alpes suisses. Chez moi, on assiste aujourd’hui, à une sorte de mouvement "revival" des langues orales d’hier qui disparaissent petit à petit. C’est un peu comme chez vous avec Bienvenue chez les Ch’tis, ce film devenu un phénomène grâce, entre autre, à cette façon de parler propre au gens du nord de la France. Mais au delà du dialecte, ce qui est intéressant surtout, c’est qu’on n'a pas besoin de comprendre cette langue pour être touché. L’utilisation mélodique des mots et des syllabes est beaucoup plus importante, car la texture des phrases dépasse le sens littéral ou littéraire du langage. En ce qui concerne le fond, j’ai cherché des incantations ancestrales à la frontière du païen et du religieux. Chez nous, l’aspect de la religion est toujours proche du paganisme.

A propos de religion, vous apparaissez crucifiée sur la pochette de votre CD. La foi a-t-elle une place importante pour vous ?
J’ai grandi dans la religion, notamment avec mes grands-parents à Sierre où je suis née. C’est une petite commune dans le canton du Valais, un peu reculée dans les montagnes, où je vis toujours. Les rapports à l’invisible, à l’au-delà, au silence et à la nature, sont très présents dans ma vie. Toutes ces notions ont contribué à la construction de mon éducation et de ma personnalité. Cela fait partie de cette part de l’existence que l’on ne maîtrise pas. Concernant ma posture sur la jaquette de l’album, il ne s’agit pas d’une "christ fiction", puisque tous les symboles purement religieux ont été retirés de la scène. Pour moi, c’est une image très rock'n'roll qui, d’ailleurs, a déjà été utilisée. Il y a un côté gothique et provocateur. Je voulais montrer que l’on peut, de manière glamour, s’approprier un symbole comme celui-ci qui, en fin de compte, est universel…


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Laurence Revey (Rêve prod/naïve) 2008