Rajery, Ballaké Sissoko, Driss El Maloumi

Présenté comme une “transafricaine pour cordes”, 3 MA est un album qui réunit un trio de musiciens de Madagascar, du Mali et du Maroc autour des instruments emblématiques de leurs cultures respectives. Entre la valiha de Rajery, la kora de Ballaké Sissoko et le oud de Driss El Maloumi s’engage une conversation inédite dans laquelle les notes remplacent les mots.

3 MA

Présenté comme une “transafricaine pour cordes”, 3 MA est un album qui réunit un trio de musiciens de Madagascar, du Mali et du Maroc autour des instruments emblématiques de leurs cultures respectives. Entre la valiha de Rajery, la kora de Ballaké Sissoko et le oud de Driss El Maloumi s’engage une conversation inédite dans laquelle les notes remplacent les mots.

 

 

L’idée avait déjà fait son chemin dans l’esprit de Rajery avant que le déclic ne se produise lors de l’édition 2006 du festival Timitar, organisé à Agadir, au Maroc. Ce jour-là, en voyant jouer le Malien Toumani Diabaté, le Malgache s’est décidé à concrétiser cette envie de mêler les cordes de sa valiha à celles de la kora ouest-africaine.

Quelques mois plus tard, son duo sur scène avec le joueur de oud Driss El Maloumi finit de dessiner les contours du concept "3 MA". Peu disponible en raison de ses nombreux engagements, Toumani laisse sa place à son talentueux compatriote Ballaké Sissoko pour venir jeter les bases de cette rencontre à trois dès le mois de décembre 2006 à Madagascar, avec le soutien du Centre culturel français d’Antananarivo.

La motivation est là, mais avant de créer, il leur faut d’abord savoir comment jouer ensemble. "Ce n’était pas facile du tout, techniquement, de trouver un terrain d’entente", explique Rajery. L’un possède un instrument chromatique tandis que ceux des deux autres, diatoniques, sont accordés différemment. Ils s’écoutent, réapprennent à jouer en changeant la position de leurs doigts et inventent enfin un langage commun pour leurs morceaux qu’ils partent enregistrer sur l’île voisine de La Réunion.

Si 3MA est avant tout le résultat d’une recherche musicale, ses acteurs ont su éviter d’en faire un disque expérimental difficile d’accès. Dès les premières notes d’Anfass, on se laisse prendre par les sonorités de ces cordes pincées qui ont tantôt un parfum d’Afrique du Nord, tantôt celui du pays mandingue ou celui de la terre malgache. Tour à tour, les musiciens tissent la trame des morceaux sur lesquels ils se relaient pour jouer la mélodie. Trois identités qui ne cherchent pas à briller l’une plus que l’autre mais au contraire se servent mutuellement pour exploiter au mieux le potentiel de chaque composition, à l’image de Toufoula ou encore cette nouvelle version de Vero, un instrumental présent sur l’album Sofera du Malgache. Les frontières entre les cultures s’effacent, la complémentarité devient soudain évidente, naturelle, et on devine les sourires complices échangés en studio par Rajery, Ballaké et Driss.

Il fallait avoir un certain gout de l’aventure, du défi pour se lancer dans un tel projet. A une époque où la notion de risque est de plus en plus rare dans un monde de la musique obnubilé par la rentabilité, la réussite de 3 MA est forcément réjouissante !

Rajery, Ballaké Sissoko, Driss El Maloumi 3 MA (Contrejour/ Harmonia Mundi) 2008

Concerts en septembre : le 20 à Windhoek en Namibie, le 25 à Moroni aux Comores, le 27 à Majunga à Madagascar, etc.