La nouvelle donne du reggae français

Si les rythmes jamaïcains et le message véhiculé par Bob Marley continuent d’inspirer de nouveaux groupes, le reggae français est aujourd’hui dans une phase de transition, dix ans après avoir effectué un décollage spectaculaire. Dans ce paysage en pleine recomposition, Dub Inc occupe désormais le premier rang et fait figure de symbole du renouveau.

Dub Inc, chef de file de la nouvelle génération

Si les rythmes jamaïcains et le message véhiculé par Bob Marley continuent d’inspirer de nouveaux groupes, le reggae français est aujourd’hui dans une phase de transition, dix ans après avoir effectué un décollage spectaculaire. Dans ce paysage en pleine recomposition, Dub Inc occupe désormais le premier rang et fait figure de symbole du renouveau.

Trois semaines, c’est plus qu’il n’en faut au public de Dub Inc pour apprendre par cœur les paroles des chansons du nouvel album. Lorsque la formation stéphanoise est venue présenter Afrikya fin mai à Paris, les 1 200 spectateurs qui avaient eu la précaution d’acheter leur billet à l’avance – les derniers concerts du groupe dans la capitale ont toujours affiché complet – en ont fait la démonstration.

Loin de s’essouffler, le phénomène Dub Inc prend davantage d’ampleur chaque année. La progression se mesure : alors que Dans le Décor s’était hissé en 61e position du classement hebdomadaire des ventes d’albums en 2005, son successeur est entré cette fois directement au 29e rang. Une réelle performance pour un disque autoproduit paru dans une indifférence médiatique quasi générale et en pleine crise de l’industrie phonographique. "On est toujours étonné de voir que les gens qui nous suivent continuent à être fidèles au disque en tant qu’objet alors qu’on nous dit que le CD est mort", constate Aurélien "Komlan", l’un des deux chanteurs. "Peut-être que le fait de ne pas passer à la télé nous donne une crédibilité vis à vis de notre public ?", analyse-t-il.

C’est sur scène que le groupe a construit sa notoriété au point d’être aujourd’hui un des piliers de la scène reggae française. Le parcours rappelle celui de leurs voisins grenoblois de Sinsémilia. L’état d’esprit aussi. Pour Afrikya, Duc Inc a changé ses habitudes. "Les albums d’avant servaient de prétexte pour donner des concerts mais on a fait celui-ci en ne pensant qu’au travail en studio", expliquent-ils. Au lieu d’enregistrer en un mois, ils se sont affranchis de toute pression en s’installant sans compter les jours dans leur local réaménagé pour l’occasion, avec la volonté de "remettre en avant la musique". Coté textes, ils ont aussi pris en compte l’aspect international grandissant de leur carrière. "On a senti que si on avait plus de refrains en anglais, le message passerait mieux", indique Aurélien. Au cours de leurs tournées successives, les Stéphanois ont effectivement joué à de très nombreuses reprises à l’étranger : Portugal, Pologne, Maroc, Italie, Allemagne (plus d’une trentaine de fois)… Et même en Grèce où, lors de son dernier passage en février, le groupe s’est produit à Thessalonique devant huit cents personnes en tête d’affiche d’un festival !

Kana et les autres

Le vrai succès de Dub Inc contraste fortement avec l’état général dans lequel se trouve aujourd’hui le reggae français. La période faste, qui avait débuté il y a une dizaine d’années, est bel et bien terminée. La grande lessive a eu lieu et ils sont peu nombreux à avoir été capables d’y résister, une fois la mode passée. Ceux qui n’ont pas disparu sont pour la plupart dans une situation préoccupante.

Dans ce contexte, le retour de Kana avec Les Fous, les Savants et les Sages a un étrange goût de sursis : révélée en 1998 lorsqu’elle avait ouvert à Bercy le Garance Reggae Festival après avoir remporté le tremplin national, la formation emmenée par Philippe "Zip" Ripoll s’est surtout illustrée en 2003 avec le single Plantation. 350.000 exemplaires vendus. Et un procès pour plagiat. Perdu. Condamné à verser de lourdes sommes à Georges "King" Mwanangele, qui réclamait la paternité de cette chanson, le groupe a su retarder l’exécution du jugement. L’auteur, musicien congolais installé en Suisse, n’a pas survécu à ces longues et lentes procédures judiciaires. Il est mort l’an dernier. L’affaire, tant d’un point de vue financier que moral, aurait pu faire voler en éclat les effectifs de Kana, mais les musiciens sont restés soudés autour de leur chanteur mis en cause. L’équipe qui avait enregistré l’album Entre frères en 2003 a repris du service pour Les Fous, les Savants et les Sages. Elle ne manque pas de talent, et cela s’entend sur ces quatorze nouvelles chansons remarquablement produites. Certes, à trop souvent jouer la carte du reggae latino estampillé Manu Chao, le Perpignanais Zip n’a peut-être pas fait le choix le plus judicieux pour mettre en valeur son originalité. Son écriture en français ne manque pourtant pas de qualités. Avec son refrain efficace, Sous le vieil arbre du village est un titre qui, de la mélodie aux arrangements en passant par les voix, réunit toutes les ingrédients pour être un tube.

En une décennie, le niveau moyen des musiciens de reggae français s’est élevé de façon indiscutable. Les progrès accomplis sautent aux oreilles à l’écoute de la compilation Reggae d’ici : la Relève. Initié par Mike de Sinsémilia, ce projet permet de découvrir une trentaine de groupes apparus pour l’essentiel au cours des dernières années. Certains sont déjà très actifs sur le terrain : les Franciliens de Danakil ont un programme chargé en juillet et en août avec 29 concerts ! D’autres, comme Maxxo, auteur d’un premier album prometteur intitulé New World Design, doivent désormais faire leurs preuves sur scène. Le potentiel est là. Reste à savoir l’exploiter dans la durée.


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Dub Inc Afrikya (Diversité/Naïve) 2008
Kana Les Fous, les Savants et les Sages (MVS/Anticraft) 2008
Danakil Dialogue de sourds (Danakil/Socadisc) 2008
Maxxo New World Design (Echoprod/Rue Stendhal) 2007
Reggae d’ici : la Relève (Echoprod/Warner) 2007