Le <i>Point de suture</i> de Mylène Farmer

Avant sa sortie "physique" ce lundi 25 août, Point de Suture, le septième album de la chanteuse aux cheveux rougeoyants, était déjà disponible en téléchargement depuis le mercredi 20 août. Verdict : un disque pas franchement audacieux, qui semble surtout taillé pour l’énorme tournée française de l’an prochain.

Un album et une méga tournée

Avant sa sortie "physique" ce lundi 25 août, Point de Suture, le septième album de la chanteuse aux cheveux rougeoyants, était déjà disponible en téléchargement depuis le mercredi 20 août. Verdict : un disque pas franchement audacieux, qui semble surtout taillé pour l’énorme tournée française de l’an prochain.

Ces jours-ci, la presse parisienne a beaucoup enragé à cause de mademoiselle Farmer. La semaine dernière, son manager était en vacances, sa maison de disques, Polydor, n’avait aucune information… et pourtant son album est sorti. Cinq jours avant la vente "physique" de Point de suture dans les magasins, le septième album studio de sa carrière a été mis en vente sur les trois grandes plateformes de téléchargement légal ainsi que sur le réseau de téléphonie portable SFR.

Jusque là, le secret avait été bien gardé. Des extraits de quelques dizaines de secondes, des reproductions en basse définition de la pochette… rien de bien consistant à mettre sous la dent des fans de Mylène Farmer, qui constituent pourtant une des communautés les plus soudées et les plus fidèles à suivre une star francophone. Il est vrai que ces fans avaient réagi d’une manière historique, fin mars et début avril 2008, à la mise en vente des 120 000 billets des deux concerts au Stade de France des 11 et 12 septembre 2009 : premier concert vendu intégralement en deux heures, le second en à peine plus longtemps. Ce n’est qu’après qu’avaient été annoncées les dates de la tournée de printemps – une grosse vingtaine de dates dans les Zénith, pour lesquelles il reste encore des places à louer.

La stratégie de communication de la chanteuse est plus avare que jamais : une interview parue cette semaine dans le magazine Têtu, pour laquelle elle pose avec une belle coiffure de garçonne, se passant le rasoir sur une joue couverte de mousse, sous le titre : "Mylène Farmer : les gays et moi". Autrement, il semble qu’elle accordera peut-être une ou deux interviews, mais pas plus. Et les sites internet de fans bruissent déjà d’interprétations et de décryptages des textes de Point de suture, tandis que les gendarmes du Net retirent méthodiquement et inlassablement des sites de partage vidéo et musical les chansons de l’album proposées à l’écoute "sauvage" dès mercredi 20 août au matin.

Trois ans et demi après son précédent album, Avant que l’ombre, qu’elle avait porté à la scène dans de mémorables concerts à Bercy, on trouve facilement à tout cela des allures de rituel bien réglé. Pourtant, Mylène Farmer, comme tous les artistes à longue carrière, doit s’adapter en permanence au nouvel état et aux nouvelles règles du marché de la musique. D’ailleurs, n’a-t-on pas l’impression d’un disque taillé pour la scène, d’un disque qui correspond à l’ambition d’une tournée pour laquelle environ 300 000 billets ont été ou sont proposés à la vente ?

La fin de l’audace ?

Laurent Boutonnat n’a pas forcé sa pente naturelle dans la composition et la production de Point de suture : de puissantes rythmiques électro devant lesquelles s’impose la voix si singulière et si familière de Mylène Farmer. En dix titres, ses thèmes favoris sont évoqués : le sexe, le pacte d’amour extrême, la pureté, la solitude… Entraîné par les spectaculaires allitérations du refrain de Dégénération (Coma t’es sexe, t’es Styx, extatique / Coma t’es sexe, t’es Styx, test, test statique / Coma t’es sexe, t’es Styx, esthétique), l’album propose le compte habituel de mantras collectifs (C’est dans l’air) et de confessions à partager avec ses fans (Je m’ennuie, Si j’avais au moins).

Sous l’imagerie esthétiquement sinistre de la pochette (une poupée Mylène démembrée au milieu d’un bric-à-brac d’instruments de chirurgie vintage), le disque conserve une belle énergie et même quelques fortes couleurs solaires à l’occasion, comme avec Réveiller le monde, qui est peut-être la chanson la plus explicitement "politique" de sa carrière : Réveiller le monde / Rêver d’un autre été / Être droit répondre / Réveiller l’humanité. Et comment ne pas remarquer, dans le clip à l’imagerie sexy et fantastique de Dégénération, que les soldats portent casques, armes et couleurs d’uniformes qui rappellent étrangement l’armée soviétique ?

Mais que l’on ne s’attende pas à des audaces, que l’on ne s’attende pas à voir Mylène Farmer bousculer les usages ou faire œuvre de novation musicale. Sa "fan base" aura peut-être un regret : ce disque sonne plutôt habituel, voire routinier. Une fois encore, le grand défi en cours est de réussir une tournée. Le temps de l’audace sur disque est peut-être passé.


 Ecoutez un extrait de



Mylène Farmer Point de suture (Polydor/Universal) 2008

En tournée dans toute la France à partir du 2 mai 2009, les 11 et 12 septembre au Stade de France, à Paris (Complet).