Les mélodies de Saint-Louis du Sénégal

Une ville, des voix

23/01/2009 -  Saint-Louis - 

A l’ombre de leurs compatriotes de Dakar ou des stars internationales qui débarquent chaque printemps dans la ville pour le festival de jazz, les musiciens de Saint-Louis du Sénégal peinent à se faire reconnaître. Certains valent pourtant sacrément le détour. Balade à leur rencontre dans les cafés concerts et les rues sablonneuses de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française.

En décembre, impossible d’échapper à la musique à Saint-Louis. Entre les fanals (ces défilés qui racontent en chant et en costumes, l’histoire de la ville), les sabars (ces tam-tams frénétiques qui célèbrent mariages et anniversaires) et tous les cafés-concerts qui montent le son pour attirer les clients, il y a du rythme !

Ou plutôt des rythmes. Ici, contrairement à la réputation de la ville - très liée au festival de jazz et à toutes les pointures qu’il a charriées- il y a de tout. Du rap, du m’balax, de la pop, du reggae, de la musique traditionnelle et même de la chanson française quand l’Orchestre Teranga reprend Aline de Christophe !

"Saint-Louis a vu passer des Portugais, des Hollandais, des Français, des Anglais, des Américains… La scène musicale est le reflet de ces métissages successifs", dit Samba Diarra, guitariste de Teranga. Composé de huit musiciens, le groupe mélange m’balax et afro jazz. A part une maquette écoulée à un millier d’exemplaires, il n’a pas de disque "officiel". Mais, avec la voix magnétique du chanteur Assan - sorte de sosie vocal d’Ismaël Lô – et les fréquents concerts, Teranga est connu aux quatre coins de la ville. Reste que les temps sont durs. Jouer à huit, c’est partager les cachets à huit… Et dépenser plus. "Il faut payer les factures d’électricité des répétitions, les déplacements, les affiches pour faire nous-mêmes notre promo", raconte Assan.

Mama Sadio comprend bien le problème. Cette Dakaroise d’origine a aussi du mal à trouver des lieux de répétition, des sponsors et même des musiciens pour accompagner sa gouaille et ses chansons mandingues. Appuyée par l’Institut culturel, elle apprend le français et a déjà donné un concert dans le Nord de la France. A Saint-Louis, elle joue comme les autres dans les bars et hôtels ou sur la scène en plein air, chargée de bougainvilliers de l’Institut culturel. Jeune et très active, elle veut croire qu’un jour elle ira loin… et sortira un disque. "Inch Allah", lâche-t-elle dans un large sourire. 

Un attachement à la cité

Sortir un album, les Saint-Louis Soldiers l’ont fait. Lauréats en 2007 du prix Yakaar ("espoir", en wolof), ils ont pu signer un contrat avec Optimiste Productions, à Dakar. Une sacrée veine pour ces quatre rappeurs qui ont grandi ensemble à Sor, un coin populaire de la ville. Au milieu des chèvres et au son de Kool Shen, 2Pac et Afrika Bambaataa, ils ont aiguisé leur style, leur plume, leur flow. Dans les beatboxes, la synchronisation, les harmonies des voix, le travail s’entend ce soir-là au Flamingo, un bar adossé au fleuve et au pont Faidherbe. Il y a pire comme décor... On comprend l’attachement de ces "soldats" (qui se sont baptisés ainsi en référence au prytanée militaire érigé ici par les Français pour en faire le Saint-Cyr du Sénégal) à leur ville.

Même attachement dans la bouche et dans le cœur du joueur de kora Ablaye Cissokho : "Moi qui viens de Kolda, dans le sud du pays, je suis tombé sous le charme de cette ville, de son île, de sa population si généreuse." Dans les chants du griot, le fleuve est souvent évoqué : "C’est les pieds dedans que j’ai composé pratiquement tous mes morceaux". Arrivé ici en 1985 et lancé par le festival de jazz, Ablaye Cissokho est l’artiste qui a le plus sûrement dépassé les difficultés : il a trois albums à son actif et tourne dans toute l’Europe. Cela ne l’empêche pas de rester concerné par le sort de ses pairs. Il les incite à se regrouper et à résister aux cachets trop faibles ou aux exigences parfois indécentes des tenants de salles. "C’est en n’acceptant pas tout et n’importe quoi qu’ils se feront respecter et reconnaître."

Saint-Louis Soldiers Hip Hop Classe (Optimiste Productions) 2007

Fleur De la Haye