Ben’Bop, d’une seule voix

Fruit de la rencontre entre Mao et Kadou (BBC Sound System, No Bluff Sound), le producteur de rap Vincent Stora et le violoniste de Louise Attaque, Arnaud Samuel, Ben’Bop apparaît comme un personnage métissé, préoccupé en trois langues (anglais, français et wolof) par les problèmes de notre société contemporaine. Histoire d’un premier album et d’un concept réussi.

Mélange d'univers différents

Fruit de la rencontre entre Mao et Kadou (BBC Sound System, No Bluff Sound), le producteur de rap Vincent Stora et le violoniste de Louise Attaque, Arnaud Samuel, Ben’Bop apparaît comme un personnage métissé, préoccupé en trois langues (anglais, français et wolof) par les problèmes de notre société contemporaine. Histoire d’un premier album et d’un concept réussi.

Prénom : Ben. Nom : Bop. Ou l’inverse. Nationalité : cosmopolite. Langue : anglais, français, wolof. Apparence : contours non identifiés, tracés à la craie sur tableau noir, grand sourire et oreilles larges, défilé de silhouettes colorées à l’intérieur de ses traits. Personnalité : positif, calme, curieux, ouvert d’esprit, conscient, rebelle, joyeux.

Le personnage naît de quatre (com)pères, qui observent avec tendresse leur rejeton grandir. Les deux Sénégalais Mao et Kadou composent à l’origine le groupe de ragga-hip hop BBC Sound System, et participent au collectif No Bluff Sound, aux arborescences drum'n'bass, reggae et rap. Il y a aussi leur producteur, Vincent Stora, et le violoniste de Louise Attaque, Arnaud Samuel.

Tout commence lors des concerts du célèbre groupe français, dont No Bluff Sound assure les premières parties. Dans les coulisses de la tournée, Arnaud gratouille sa mandoline. Mao et Kadou sollicitent son concours pour parer leurs compositions d’une autre couleur. "Tout a commencé de manière informelle, sans préméditation, précisent-ils. Ces moments nous offraient une respiration, une détente dans nos projets respectifs, mais nous n’avions pas d’ambitions précises".

Entremêlement de sensibilités

Le sérieux de l’aventure rattrape pourtant la légèreté du jeu. Premiers morceaux enregistrés au studio de Vincent, premières arabesques du violon sur premiers toasts : une amusante silhouette se dessine, née de l’union de leurs envies, d’un désir de se découvrir, d’une concertation généreuse, d’une part laissée à l’inspiration et à l’imprévu. "Je ne voulais pas me contenter d’accompagner deux chanteurs sénégalais, et me ranger dans la case World Music, note Arnaud. L’entremêlement de nos sensibilités créait le terreau favorable à la gestation de titres qui ressemblent à chacun de nous."

Et réciproquement : Mao et Kadou ne connaissent goutte au rock, ni à Louise Attaque, mais n’hésitent pas à balancer au folk des accents mbalax, ni à jeter ce pavé humoristique, Punk is born in Senegal. La matière s’étoffe et l’heure sonne de proposer un album, né sur ce terrain aux frontières remodelées, au goût du risque pris main dans la main.

"Nous avions enfanté cet objet, il nous fallait le nommer ", remarquent-ils. Le terme "Ben’Bop" s’impose. En wolof, il signifie "une seule tête", une expression sénégalaise qui désigne une réunion de personnes animées par des objectifs communs. "Nous mélangeons des univers différents, mais partageons une vision identique", note Kadou. Vincent, lui, parle de "dénominateur commun", de "trait d’union".

Ben’Bop, larron issu de l’imagination, des fantasmes et du dialogue de quatre protagonistes, entame donc un parcours initiatique semé de questions sur le monde contemporain, de celles qui préoccupent ses quatre géniteurs. Un texte emprunté à Blaise Cendrars et écrit en 1917 évoque ainsi de façon intemporelle le problème des enfants soldats (Enfant soldat). Le titre Sans-papiers narre, quant à lui, l’histoire d’un "p’tit blanc" perdu dans la brousse sans les codes de la société qui l’entoure : une façon de prendre le contrepied de l’émigration telle que nous la connaissons....

Du rap au violon

Sous les textes en forme de paraboles modernes, la musique revêt des aspects disparates : du rock, du ragga, du rap, du classique (une citation de Vivaldi), avec des signes identitaires comme le flow de Mao et Kadou, ou le violon d’Arnaud. La formule qui pourrait au mieux résumer leur recette ? Du "folk-wolof". C’est sur les planches, toutefois, qu’apparaît la juste ampleur du projet ! Soutenue par un batteur, la bande délivre toute son énergie et l’évidence d’un enthousiasme communicatif à le défendre ensemble.

Si Ben’Bop grandit sous l’œil vigilant de ses parents, il ne saurait adopter une forme trop définie : "Ce personnage nous représente, mais nous ne voulons pas imposer notre vision, remarque Arnaud. Au bout de vingt ans et dix albums, nous deviendrons peut-être un symbole. Pour l’instant, nous ne faisons que suggérer une orientation, que le public peut lui-même préciser". Citoyen du monde, Ben’Bop ? Sans chercher à plaire, ni à révolutionner les genres, le quatuor offre une musique métissée, riche et forcément moderne, à l’orée de nouveaux horizons.


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Ben'Bop (Village vert/PIAS) 2009
En concert à l'Européen (Paris) le 3 février 2009