Mikea, le blues de la forêt

Récent lauréat du prix Découvertes RFI avec son groupe Mikea, le chanteur Théo Rakotovao porte en lui la tradition du beko, ce blues caractéristique du sud de Madagascar. A 33 ans, cet artiste prometteur, auteur de deux albums, se produit pour la première fois sur une scène parisienne ce 10 février 2009.

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La nouvelle révélation malgache

Récent lauréat du prix Découvertes RFI avec son groupe Mikea, le chanteur Théo Rakotovao porte en lui la tradition du beko, ce blues caractéristique du sud de Madagascar. A 33 ans, cet artiste prometteur, auteur de deux albums, se produit pour la première fois sur une scène parisienne ce 10 février 2009.

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Sur les cartes, c’est une longue bande verte de plus d’une centaine de kilomètres située dans la partie sud-ouest de Madagascar. La forêt des Mikea, sèche et épineuse, a longtemps alimenté l’imaginaire des habitants de la Grande Île : n’y croisait-on pas des êtres mystérieux aux pouvoirs étranges ? Théo Rakotovao, le chanteur du groupe Mikea, est né au cœur de ce territoire méconnu, si isolé qu’il semble presque à l’écart du monde.

Pourtant, lorsque l’enfant du pays a remporté au mois de novembre la finale du prix Découvertes RFI 2008 organisée dans la capitale Antananarivo, l’information a rapidement circulé à Antanimieva, le village de brousse où il a grandi. Dès le lendemain matin, au marché, ceux qui avaient écouté la radio nationale se sont empressés d’annoncer la bonne nouvelle, synonyme à la fois de fierté et d’espoir. En recevant son trophée, Théo a bien senti la nouvelle responsabilité qui lui incombait : représenter Madagascar, et profiter de ce rôle d’ambassadeur musical pour faire découvrir le peuple mikea.

Sa soudaine notoriété dans les medias nationaux, qui l’avaient jusqu’alors négligé, lui a permis de sensibiliser ses compatriotes à leurs propres richesses culturelles dont ils ne sont pas toujours conscients. "Ce qui passe à la télé, à la radio, c’est de la variété. C’est bien, mais il y a autre chose à côté qu’il faut valoriser car la musique malgache peut avoir à l’étranger la même place que celle du Sénégal ou du Mali" explique-t-il.

Un beko aux allures de blues

Si les polyphonies des hauts-plateaux ou le salegy endiablé du nord de l’île sont parvenus à se faire entendre sur les scènes internationales, Mikea apporte un tout autre style avec le beko, ce chant de lamentations du sud de Madagascar aux allures de blues. Son premier public ? Les zébus qu’il gardait quand il avait une douzaine d’années ! Un troupeau de cent vingt têtes. "On partait vers 6 heures du matin pour rentrer à 18 heures. Le midi, il fallait qu’on se débrouille pour trouver à manger dans la forêt. Comme les journées étaient longues, on chantait."

Ancien mécanicien reconverti dans l’élevage et l’agriculture, son père tient à ce que ses treize enfants soient scolarisés le plus longtemps possible. Théo part donc pour Ankililoaka, à 70 km. Dans l’école des prêtres salésiens, il apprend la guitare, l’accordéon, la flûte, fait ses débuts au micro. En 1992, après son BEPC, il entre au Collège du Sacré-Cœur de Tuléar, à huit heures de route de chez lui. Une grosse ville.

Il y vit dans des conditions difficiles, seul, et son dialecte le fait passer pour un campagnard. "Dès que je parlais en masikoro, les filles rigolaient. Impossible de draguer !"A l’église, il joue du clavier, devient membre d’une chorale. Chaque fois qu’il fait entendre sa voix, on le complimente. Recalé au baccalauréat, il décide de le retenter en 1997 à Diego-Suarez, à l’autre bout de la Grande île, auprès d’une de ses sœurs.

Il s’y forge aussi une nouvelle expérience musicale dans les cabarets après avoir gagné un tremplin. Puisque les artistes de variété ont du succès, il choisit de s’essayer d’abord à ce registre. Avec sa bourse, l’étudiant en gestion à l’université d’Antananarivo finance ses premiers enregistrements en 2000. Echec total. Trois ans plus tard, il s’oriente vers la musique traditionnelle en montant le groupe Mikea bien que ses proches l’incitent à trouver un métier de fonctionnaire, lui qui vient d’obtenir sa licence. La pression familiale est telle qu’il en vient à s’inventer un emploi d’entrepreneur !

Un difficile cheminement

Mais le clip qu’il a réussi à faire passer à la télé attire l’attention de Rajery, l’une des figures majeures de la musique malgache. Séduit, le joueur de valiha contacte Théo, le conseille, lui prête son studio où prend forme Longo en 2006. Sans distribution, le premier album de Mikea ne fait guère parler de lui, en dépit de quelques concerts remarqués. Proche du découragement, Théo s’apprête à jeter définitivement l’éponge. "Je me disais que ce n’était peut-être pas mon chemin, même si j’avais du talent. Il y a des jours où je ne mangeais pas", se souvient-il.

Un coup de téléphone change soudain la donne : grâce à son premier CD, Mikea est finaliste du prix Musiques de l’océan Indien 2007. Retrouvant le moral et déterminé à tout mettre en œuvre afin de concrétiser son rêve, il se lance dans un nouveau projet d’album autoproduit. Pour enregistrer Taholy en mai 2008, il réserve vingt jours dans le meilleur studio, oblige l’ingénieur du son à remixer quatre fois chaque chanson pour obtenir ce qu’il désire, demande à l’ancien ministre de la Culture Tsilavina Ralaindimby - lui aussi sous le charme - de traduire ses textes qui figurent dans un livret financé par la vente de quelques zébus… Autant d’efforts, de volonté qui reflètent le niveau d’exigence dont fait preuve le chanteur de Mikea. Un atout pour s’imposer.


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 Dossier spécial Prix Découvertes RFI

 Ecoutez un extrait de

 

: Le Prix Découvertes RFI, une fierté pour les Malgaches (A. Pilot 9.02.09)

 

: Le beko, le blues malchage (A. Pilot 9.02.09)

 Ecoutez l'émission

avec le groupe Mikea

Mikea Taholy 2008