La mission du label Takamba

En douze ans et seize disques, le label Takamba s’est imposé comme la référence sur le patrimoine musical de l’océan Indien, cet autre grand archipel de musiques créolisées. Etat des lieux avec Alain Courbis, qui est à l’initiative de cette mission de ce service public.

Un travail patrimonial de longue haleine

En douze ans et seize disques, le label Takamba s’est imposé comme la référence sur le patrimoine musical de l’océan Indien, cet autre grand archipel de musiques créolisées. Etat des lieux avec Alain Courbis, qui est à l’initiative de cette mission de ce service public.

Le patrimoine, la formation, l'information et l'exportation, telles étaient les missions du Pôle Régional des Musiques Actuelles de La Réunion, créé en 1997. A la tête d’une équipe de six personnes et d’un budget de quelque 500.000 euros annuels, Alain Courbis a pris le pari d’investir en créant un label, s’agissant de la dimension patrimoniale. "Il était impossible de trouver dans les bacs des disques d'artistes importants dans l'histoire de la musique réunionnaise qui étaient en passe de tomber dans l'oubli, et il y avait - et il y a toujours... - urgence à collecter sur le terrain des traditions de cette zone océan Indien pouvant être menacées de disparition avec le phénomène de mondialisation en route." L’aventure Takamba était née. Un nom qui fait allusion au petit n’goni que trimballait Alain Peters, artiste emblème en tout point de la démarche de ce label. A la fois porteur de la tradition et porté sur l’avenir.

Avec la parution Parabolèr en 1998, Alain Peters sera d’ailleurs le second artiste du label, après la réédition des chansons d'Henri Madoré, chanteur de rue disparu à la fin des années 80, une légende dont on ne trouvait plus les oeuvres. Depuis, quatorze autres références sont venues compléter les rayons de ce catalogue qui affirme une réelle identité visuelle et des partis-pris esthétiques.

A chaque fois, l’objet est soigné : un format digipack avec des livrets richement documentés et superbement iconographiés. Mieux : pour parfaire ce travail patrimonial, il est acté qu’aucun disque ne sera indisponible. Nul doute que dans le paysage discographique, l’entreprise force le respect. Effectués en commun entre Alain Courbis et Fanie Précourt, une jeune ethnomusicologue réunionnaise en charge de la mission Patrimoine, les choix éditoriaux ravissent les amateurs et séduisent le public de néophytes, même si les rééditions se vendent bien plus que les disques de collectage. "Le public réunionnais accueille très bien les rééditions de chansons ou musiques qui se sont souvent perpétuées dans la mémoire collective sans qu'on se rappelle toujours du nom des auteurs ou compositeurs ou interprètes. La meilleure vente est sans conteste l'album Parabolèr d'Alain Peters sorti en 1998 et vendu à ce jour à plus de 11000 exemplaires dont un bon tiers en métropole ce qui est un résultat exceptionnel."

De nombreux projets de réédition

Mais le succès posthume de l’auteur de Rest’là Maloya (dont une réédition augmentée d’un DVD vient de paraître) ne doit pas masquer les autres recueils, dont certains signés d’influences majeures d’Alain Péters : le tutélaire accordéoniste Jules Arlanda, le barde créole Georges Fourcade, le violoniste et roi du séga Luc Donat, ou plus récemment les superbes rééditions de Claude Vinh San, dont le typique jazz tropical faisait guincher tous les bals de la Réunion, et Narmine Ducap, un guitariste au doigté subtil. "Le travail ne manque pas puisque nous sommes le seul label spécialisé sur ce patrimoine de l'océan Indien. Les projets de rééditions sont empilés par dizaines sur nos bureaux. Nous avons eu la chance d'avoir un fort soutien de collectionneurs ou collecteurs privés, et notamment d'un d'entre eux qui a la discothèque vinyles et 78 tours la plus importante de la région."

Ce travail de mémoire s’avère essentiel, d’autant plus qu’avant Takamba, aucune structure publique n’avait gardé trace de l'histoire discographique de La Réunion comme des autres îles ! "Peu de producteurs ne pensaient à faire ne serait-ce que le dépôt légal de leurs enregistrements, comme cela se fait actuellement avec la BNF. Les Archives Départementales de La Réunion ont commencé à se préoccuper de ce problème depuis seulement quelques années…", stigmatise Alain Courbis tout en ajoutant que le travail de terrain est primordial, à l’heure les ultimes porteurs de traditions vont disparaître.

"Il y a de réelles grandes urgences dans ce domaine sur toutes les îles de la zone : Maurice Madagascar, Seychelles, Comores, Mayotte, Rodrigues..." D’ailleurs les projets en cours de réalisation sont des CD-DVD, "format que nous commençons à adopter pour garder une mémoire visuelle en même temps que sonore, de collectage". Il s’agira d’un panorama des musiques et danses traditionnelles de Mayotte et d’un ouvrage sur trois des plus anciens chanteurs et musiciens de séga de l'île Maurice : Fanfan, Marclaine Antoine et Louis L'Intelligent, l’un des derniers violonistes traditionnels de cette île.

 

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