Généreuse Sandra Nkaké

Découverte pour certains, confirmation pour ceux qui l’avaient déjà repérée : Sandra Nkaké a créé la sensation avec son premier album, Mansaadi. Aperçue à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années auprès d’artistes tels que Juan Rozoff ou Cheick Tidiane Seck, la chanteuse franco-camerounaise n’a pas seulement une voix : elle a surtout une approche réjouissante de la musique.

Eclectisme et exigence

Découverte pour certains, confirmation pour ceux qui l’avaient déjà repérée : Sandra Nkaké a créé la sensation avec son premier album, Mansaadi. Aperçue à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années auprès d’artistes tels que Juan Rozoff ou Cheick Tidiane Seck, la chanteuse franco-camerounaise n’a pas seulement une voix : elle a surtout une approche réjouissante de la musique.

Difficile de la croire quand elle explique qu’elle est de nature timide. En concert, Sandra Nkaké occupe l’espace dans ses trois dimensions, avec une aisance hors du commun. Elle déborde d’énergie, rayonne. Dans ses gestes et dans sa voix, tout retient l’attention. "La première scène que j’ai faite, c’était au théâtre", raconte la chanteuse. "Ça m’a énormément aidé pour la suite. Ne jamais oublier qu’on est censé être chez soi sur scène et y inviter le public. On pourrait dire que je suis une pile électrique, ça peut en énerver certains, mais ceux qui me connaissent ne sont pas du tout surpris : c’est moi. En plus, il y a cette adrénaline du plaisir qu’on reçoit en retour et qui ne fait qu’alimenter ce feu."

Surtout quand elle est accompagnée par sa famille de copains musiciens, issus pour la plupart du milieu funk. A moins que ce ne soit avec Gerald Toto et David Walters, pour le projet Urban Kreol. Ou avec Ji-Mob, le groupe du flûtiste Jérôme Dru. Ou encore au Duc des Lombards, un des hauts lieux parisiens du jazz, où elle doit se produire ces jours-ci avec un contrebassiste, un batteur et un pianiste. "Je me sens multiple", reconnaît-elle. Son CV ne dit pas autre chose : une quinzaine de films et téléfilms depuis 1996, du théâtre, de la comédie musicale, des collaborations pour le moins diversifiées avec Tony Allen, Nouvelle Vague, Julien Lourreau, Juan Rozoff, Cheikh Tidiane Seck, les Troublemakers …

Pourtant, Mansaadi, le premier album de cette franco-camerounaise de 35 ans, n’est paru que fin 2008. "J’ai commencé dans la musique sans me dire que j’allais en faire de façon professionnelle. Je voulais être prof d’anglais au départ, j’étais à la fac de la Sorbonne. Une copine m’a demandé d’aller passer une audition plutôt que de chanter dans les couloirs. Après, je me laissais porter par les projets, toujours surprise du plaisir que je prenais. Jamais ça ne me serait venu à l’idée de faire un album. Il faut avoir la matière, ce n’est pas que la voix. Rapidement, on m’a proposé des choses qui ne me plaisaient pas. Ma limite est là : je ne peux pas chanter ce que je ne sens pas, il faut que la sensation qui me traverse soit juste et pleine."

"Petite mère"

Il y a trois ans, elle a senti que le moment était venu pour elle de développer son propre jardin. Concevoir un répertoire à son image, elle qui s’est nourrie de différentes saveurs. Avec sa mère, elle écoutait Fela, Francis Bebey, mais aussi Dylan, Nina Simone, Aznavour et même Chopin. Adolescente, elle a craqué pour Prince avant de découvrir à vingt ans l’univers de la funk en fréquentant les musiciens de Juan Rozoff et 13 NRV. Pour ses débuts en studio sous son nom, elle a voulu présenter une facette de sa personnalité qu’elle n’avait guère dévoilée : "Je dis souvent que j’ai un côté "piou-piou", c'est-à-dire que je suis très forte et très fragile. Pour éviter d’en vouloir aux autres de ne pas s’occuper de cette partie plus fragile, je me suis dit qu’il fallait que je la montre afin de mieux en prendre soin moi-même. Tant que je n’avais pas fait ce pas-là, je ne se serais pas devenue adulte. C’est pour ça que l’album s’appelle Mansaadi, qui veut dire "petite mère". Longtemps, j’ai été la mère de ma mère mais, en même temps, il y avait une partie de moi qui cachait cette petite fille à qui on n’avait pas laissé la place de grandir."

Une démarche plus sensorielle qu’intellectuelle, guidée par l’envie de faire sonner chaque chanson comme elle l’entendait au départ. Elle n’a pas hésité à tailler dans la matière. Sur vingt-cinq morceaux, elle n’en a conservé que quinze, afin que l’ensemble ait une cohérence. Mais elle ne s’interdit pas d’improviser, comme sur la chanson-titre enregistrée après avoir rallumé le studio à deux heures du matin ! Devant le micro, elle ose, revisite La Mauvaise Réputation de Georges Brassens dans une version afro soul et sans guitare, se transforme en conteuse pour dire Souffles de l’auteur sénégalais Birago Diop… "C’est un poème que j’ai entendu quand j’avais sept ans", explique Sandra. "Ma mère l’aimait beaucoup. Au moment où elle est décédée, sa meilleure amie me l’a envoyé en me demandant de le lire à son enterrement. J’avais envie de mettre ces mots en musique parce que j’aime ce que ça dit et c’était aussi une manière de rendre hommage à ma culture africaine. Lorsque j’ai demandé l’autorisation de l’utiliser, ça m’a ramenée à ma mère qui avait travaillé pour l’éditeur de Birago Diop. Du coup, ça faisait lien avec mon histoire, entre Paris et Yaoundé, mon enfance et aujourd’hui."

 Ecoutez un extrait de

Sandra Nkaké Mansaadi (Corner Shop/Naïve) 2008En concert au Duc des Lombards à Paris, les 29 et 30 mai 2009.