Gangbé Brass Band, fanfare multiple

Un peu plus de dix ans après leur premier album, les Béninois du Gangbé Brass Band continuent avec Assiko, leur passionnant travail de rencontre des rythmes traditionnels béninois avec les musiques noires outre-atlantique.

Aux quatre vents

Un peu plus de dix ans après leur premier album, les Béninois du Gangbé Brass Band continuent avec Assiko, leur passionnant travail de rencontre des rythmes traditionnels béninois avec les musiques noires outre-atlantique.

En sortant la musique vaudou des cérémonies auxquelles elle était cantonnée, le Gangbé Brass Band a initié, à la moitié des années 90, une véritable révolution culturelle au Bénin. Depuis, avec la bénédiction des plus hautes instances vaudou, l’ingénieuse fanfare redessine un passionnant itinéraire où la musique sublime avec brio l’histoire du commerce triangulaire, et réussit en prime, à faire souffler un vent frais sur la musique béninoise contemporaine !

Aller-retour

Athanase Obed Dehomou s’est mis à la trompette après avoir entendu Louis Armstrong et Miles Davis. Pour lui, la musique est "la seule chose marquée positivement par cette sombre période de l’histoire". Embarqués au Bénin, à Ouidah, berceau du vaudou, puis débarqués à Haïti, au Brésil ou aux Etats-Unis, les esclaves ont emmené avec eux des cloches, des rythmes, des chants, des prières sacrées.

Après l’abolition, certains affranchis ramenèrent au Bénin l’expérience musicale de "l’autre côté". Dans leur quatrième disque, Assiko, le morceau La Porte du non retour raconte cette douloureuse histoire mais en retient l’héritage culturel : la naissance du blues, du gospel, du swing…

Les dix membres du groupe ont une expérience différente de la musique. Mais tous entendent un peu d’Afrique dans le jazz et les fanfares de la Nouvelle Orléans. Lors de leurs tournées, ils s’aperçoivent que les cloches, les rythmes traditionnels béninois ramènent aussi les Brésiliens, Haïtiens ou Américains à leur propre culture.

Athanase se rappelle : "En tournée à Haïti, nous avons été invités dans un couvent vaudou. Une grande cérémonie avait été organisée pour nous. Nous étions vraiment honorés, car les gens nous interrogeaient sur notre façon de pratiquer le vaudou. Ils disaient par exemple, de génération en génération, des incantations yoruba et fon (langues parlées au Bénin, ndr), sans vraiment en comprendre le sens. Les percussionnistes jouaient des phrasés que nous pratiquons au Bénin, mais avec des nuances, des apports et une force nouvelle". Un passionnant aller-retour que redessine en filigrane la musique du Gangbé Brass Band…

Entrées multiples

Mais le son du groupe est à entrées multiples. On y entend du jazz, des vibrations caribéennes, de l’afro-beat… Depuis le début, le Gangbé fait des clins d’œil aux musiciens d’Afrique qui avaient amorcé cet aller-retour avant eux. Et inventé de fait, un son africain révolutionnaire. Il y a par exemple Fela Kuti, l’illustre voisin, qui a nourri son high-life d’une expérience américaine en 1969, avant de rentrer au Nigéria et de donner naissance à l’afro-beat.

D’ailleurs, en 1994, le tout jeune Gangbé Brass Band fait la première partie d’un concert de Fela au Centre Culturel Français de Cotonou. Après le concert, le "Black President" leur donne sa bénédiction en deux phrases : "Vous avez tout compris. Persévérez dans ce sens." Le Gangbé lui a rendu hommage en reprenant Colo-Mentality sur deux de ses albums. Sur Assiko, on entend aussi l’énergie afro-beat.

Un peu plus de dix ans plus tard, le milieu du jazz valide également le groove Gangbé. En 2005, la fanfare se produit au festival de jazz de Montréal. Artistes et public approuvent aussi l’entraînante formule cuivres et percussions béninoises. Mais, bien sûr, quand le Gangbé joue au Bénin, le public entend des nuances de rythmes que les Haïtiens ou les jazzmen ne perçoivent pas.

Par exemple, dans le morceau Miwa, le Gangbé Brass Band joue le rythme Kpamounouhoun, pratiqué dans le sud-est, à Porto Novo, notamment pour demander une jeune fille en mariage. Athanase explique : "Ce rythme se joue en tapant sur des assiettes en métal. On valorise les rythmes de tout le pays car beaucoup sont inconnus. Le Bénin est un petit pays, mais nous avons vingt départements qui possèdent leurs propres rythmes".

Une mise en valeur que l’enthousiaste fanfare a commencée il y a plusieurs années, avec le projet de collectage de "La Boite à Rythmes vaudou" et qu’elle poursuit à sa manière dans Assiko. A propos, glisse Athanase, le Gangbé Brass Band vient d’avoir une nouvelle idée pour valoriser la pratique des instruments à vent au Bénin : organiser une rencontre internationale des fanfares à Cotonou ! "Notre travail montre aussi qu’on peut faire de la musique traditionnelle autrement. Les anciens ont accepté de nous livrer la musique vaudou. Fela nous a encouragés. A chaque voyage, on s’est aperçu de la force symbolique de notre musique. Alors, on a persévéré", se rappelle Athanase.

Assiko, le nom de ce quatrième album signifie "Le moment est venu". De s’engager pour construire son pays, mais aussi pour le Gangbé Brass Band de connaître le succès qu’il mérite.

 Ecoutez un extrait de

Gangbé Brass Band Assiko (Contre Jour) 2009En concert le 25 juillet à Londres, le 30 à Senigallia en Italie, le 1er aout à Cassel en Allemagne, etc.