Amazigh Kateb

Marchez noir, le premier album personnel d'Amazigh Kateb, l’ancien chanteur de Gnawa Diffusion, lui donne l’occasion de mettre davantage en valeur ses textes mais aussi ceux de son père écrivain, Kateb Yacine.

Marchez noir

Marchez noir, le premier album personnel d'Amazigh Kateb, l’ancien chanteur de Gnawa Diffusion, lui donne l’occasion de mettre davantage en valeur ses textes mais aussi ceux de son père écrivain, Kateb Yacine.

Le ton s’annonce à la fois revendicatif et décalé : sur la pochette du CD, ici un tampon "Produce of Gnawifornia", là un rappel anarchiste dans la calligraphie du nom de l’artiste, avec en prime la mention "appellation d’origine incontrôlable" pour clarifier encore un peu plus sa posture… Avec ou sans Gnawa Diffusion, le groupe au sein duquel il a débuté en 1992 et qui s’est séparé quinze ans plus tard, Amazigh Kateb fait du maniement des symboles un moyen supplémentaire de défendre ses convictions.

Ce n’est pas par hasard que son album Marchez noir est sorti le 17 octobre dernier en Algérie : 48 ans plus tôt exactement, à Paris, une manifestation pour l’indépendance de son pays natal avait été durement réprimée, faisant plusieurs dizaines de victimes. Avec ce premier projet personnel, le chanteur trentenaire affirme désormais sans retenue cette identité qu’il ne pouvait totalement exprimer dans une aventure collective, même si l’on retrouve à ses côtés quelques-uns de ses anciens compagnons de route.

En faisant le choix d’une orchestration plus acoustique, Amazigh donne plus de place au chant et aux textes. A deux reprises, il retrouve les mots de son père Kateb Yacine, personnage phare de la littérature algérienne moderne. D’abord sur Bonjour, astucieusement placé en ouverture de l’album, puis un peu plus loin sur Africain. Que ce soit aux sons des percussions et de la mandole, ou sur un instrumental reggae plus fourni, chaque fois que le fils s’empare du verbe paternel, il le met joliment en relief. Le constat vaut aussi pour certains de ses titres, comme Chantes avec moi. Mais la tentation de donner trop de graves à sa voix, de toaster ses textes comme un deejay jamaïcain ou de prendre une rythmique quasiment drum & bass fait perdre le fil de cet album qui, au final, donne la sensation de manquer de cohérence musicale.

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 d'Amazigh Kateb

Amazigh Kateb Marchez noir (Iris/Harmonia Mundi) 2009
Jusqu'au 11 décembre 2009, en tournée en Algérie