La longue route de Fanga

Groupe basé à Montpellier, Fanga propose depuis plus d’une décennie sa propre lecture de l’afrobeat, ce genre créé au cours des années 1960 par Fela Kuti. Sira Ba - troisième album de la formation paru à l’automne dernier -, conforte l’idée que le genre n’est pas mort en 1997 au lendemain de la disparition de son créateur.

L’Afrobeat version française

Groupe basé à Montpellier, Fanga propose depuis plus d’une décennie sa propre lecture de l’afrobeat, ce genre créé au cours des années 1960 par Fela Kuti. Sira Ba - troisième album de la formation paru à l’automne dernier -, conforte l’idée que le genre n’est pas mort en 1997 au lendemain de la disparition de son créateur.

Inscrit dans un mouvement de fusion des musiques d’Afrique et de celles de la diaspora afro-américaine qui courut sur tout le continent au lendemain des Indépendances, l’afrobeat - genre crée par Fela Kuti, Tony Allen et une flopée de musiciens à Lagos (Nigeria) - connaît aujourd’hui un succès mondial. "Il y a encore deux mois, plus de 90% des connexions à notre Myspace étaient réalisées depuis le continent nord-américain", souligne Alain Rabaud, le manager du groupe montpelliérain. "La sortie de Sira Ba en novembre dernier n’a que peu modifié la donne", poursuit-il, estimant la part des connexions "françaises" à 20%, pas plus, aujourd’hui. "La différence viendra probablement des nouvelles contrées que nous allons travailler puisque Sira Ba est désormais disponible en Espagne, Italie, Suisse, au Japon, aux Etats-Unis et le sera prochainement en Angleterre. Il est aussi commercialisé sur toute la planète en digital", ajoute-t-il avant de préciser : "Nous avons donné une dizaine de concerts en Espagne ces deux dernières années et nous nous apprêtons à partir jouer en Pologne en février et au Danemark en avril. Nous serons à Cannes lors du prochain Marché international du disque et de l’édition musicale et dans de nombreuses villes françaises jusqu’à la fin de l’été".

Initiée en 1998, la formation Fanga impose son tempo et soigne la durée, sans emballement ni précipitation. A l’image de son nom qui signifie "force de conviction", le groupe se forge une solide réputation, tant sur scène qu’en studio. Un six-titres paraît en 2001. Deux ans plus tard, Afrokalyptik, premier véritable album, affirme un son plus riche. Et en 2007, Natural Juice enfonce le clou. Le tout nouveau Sira Ba ("la longue route" en français) ouvre un peu plus encore l’afrobeat du combo aux influences hip-hop ou électro, sans rien perdre des fondamentaux du genre. Pour ce qui est des textes, Korbo, chanteur, rappeur, aborde avec ses propres mots des grands classiques de l’afrobeat comme la corruption, mais sait aussi griffer son répertoire de thèmes plus personnels au désespoir diffus.

Le pourquoi d’une histoire d’amour

Serge Amanio, le directeur artistique du groupe - qui fut de toutes les tournées comme régisseur jusqu’il y a peu - vit désormais au Togo. "Serge ne nous rejoint plus que pour la conception des titres", raconte Alain Rabaud. "Il prépare, en parallèle de Fanga, une formation afrofunk baptisée Togo All Stars." Comme un avant-goût d’un album qui ne sortira pas avant début 2011…

La version du Dounia de Fanga, à laquelle le Togo All Stars collabore en toute fin de track-listing, est tout simplement irrésistible. Ce Dounia, le groupe l’avait publié en maxi 45 tours avant la sortie de l’album et l’a fait retravailler par Junior, le fils de Count Ossie des Mystic Revelation of Rastafari. "Nous le commercialiserons prochainement en vinyle car cette version devrait toucher plus encore les DJs", explique Alain Rabaud. Il faut dire qu’entre l’afrobeat et les DJs s’est nouée une belle histoire d’amour.

Machine à danser et à penser, l’afrobeat a survécu au décès de son mentor, Fela. "Au lendemain de sa mort, ses albums n’étaient plus édités", rappelle François Bensignor, journaliste et responsable du Centre d’information des musiques traditionnelles et du monde à l’IRMA. "Sans le travail de Francis Kertekian, qui a permis à la major Barclay de rééditer l’ensemble de l’œuvre du saxophoniste, l’afrobeat ne passionnerait plus aujourd’hui qu’une petite poignée de quadragénaires encore hypnotisés par les étonnants concerts de Fela et de son ensemble et ses diatribes enflammées. Ce sont d’abord les DJs qui se sont emparés de ces titres aux rythmiques infernales qui ont vu le jour au Shrine à Lagos. Ils les ont joués, les ont samplés, diffusant l’afrobeat sur les dancefloors des clubs du monde entier. De fait, ils ont transmis le flambeau à une génération plus jeune : Antibalas ou Kokolo à New-York, le Soul Jazz Orchestra à Toronto, Fanga à Montpellier, Kélé Kélé à Dijon…", analyse François Bensignor, qui évoque au passage le reggae. "Comme pour le genre jamaïcain popularisé à travers le monde via le filtre de Bob Marley, lui aussi mort trop jeune, la personnalité de Fela est centrale dans la compréhension du mouvement. Son engagement aux côtés des opprimés, son combat contre les multinationales et son charisme en ont fait un symbole à même de séduire les jeunes générations. Que certains de ses enfants cherchent à perpétuer le genre rappelle qui plus est le cas Marley."

Fanga Sira Ba (Underdog Records / Rue Stendhal) 2009

En concert le 15 avril 2010 au Cabaret Sauvage, à Paris.