Arnaud Fleurent-Didier

Voilà un bel artiste qui a tout pour être détesté : adulé par les branchés parisiens, adepte d’une musique grandiloquente hyper référencée (De Roubaix, Sheller), adhérent du club surchargé des trentenaires aux paroles humoristoquo-nostalgiques. Et pourtant, La Reproduction, deuxième album d’Arnaud Fleurent-Didier, réussit le tour de force d’intriguer. Voire de séduire.

La Reproduction

Voilà un bel artiste qui a tout pour être détesté : adulé par les branchés parisiens, adepte d’une musique grandiloquente hyper référencée (De Roubaix, Sheller), adhérent du club surchargé des trentenaires aux paroles humoristoquo-nostalgiques. Et pourtant, La Reproduction, deuxième album d’Arnaud Fleurent-Didier, réussit le tour de force d’intriguer. Voire de séduire.

Déjà en 2005, Arnaud Fleurent-Didier jouait à merveille sa partition d’artiste équilibriste. Sur Le Meilleur des mondes, il réorchestrait le discours de Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU. Une musique trop solennelle pour n’être qu’un hommage énamouré mais un montage suffisamment valorisant pour éluder toute dérision. Un sillon difficile à appréhender que le Français perpétue sur son deuxième album La Reproduction. Un disque où l’on convoquerait sans peine Vincent Delerm pour les textes (France Culture), Philippe Katerine dans ces délires improbables de pertinence (Ne sois pas trop exigeant) ou William Sheller pour les orchestrations rococo (Je vais au cinéma). Autant d’artistes qu’Arnaud Fleurent-Didier rejettent en bloc. Tout juste reconnaît-il une vague filiation du côté de Pierre Vassiliu. Sous une formule lapidaire, on pourrait résumer La Reproduction à un énième album de trentenaire, un peu acide, un peu mélo, assurément kitsch (My Space Oddity). Reste que si l’artiste s’inspire éhontément de l’œuvre de François de Roubaix, ses orchestrations cinématographiques, contrebalancées de scansions pop, fonctionnent à merveille. Ses tribulations entre deux eaux où se côtoient questions existentielles, envie de triolisme et hommage filial (sur le poignant Si on ne se dit pas tout) ne parviennent pas non plus à laisser de marbre. Preuve de la qualité des compositions, Arnaud Fleurent-Didier conjugue tout en fluidité parlés-chantés froids et refrains entêtants. Peut-être pas l’album de l’année comme l’annonce certains médias (nous ne sommes qu’en février après tout…) mais assurément une œuvre à la sensibilité déroutante… et attachante.

Arnaud Fleurent-Didier La Reproduction (Columbia/SonyBmg) 2010