Benoît Dorémus, l’explorateur de genres

Repéré par Renaud et auteur d’un premier disque émouvant en 2007, Benoît Dorémus revient avec un nouvel album baptisé 2020. Avec, il confirme ses talents de peintre ironique et sensible du quotidien. Et il élargit sa palette jusqu’à de poignantes chroniques sociales.

Deuxième album

Repéré par Renaud et auteur d’un premier disque émouvant en 2007, Benoît Dorémus revient avec un nouvel album baptisé 2020. Avec, il confirme ses talents de peintre ironique et sensible du quotidien. Et il élargit sa palette jusqu’à de poignantes chroniques sociales.

Les radios ont révélé depuis quelques semaines les soucis écolos de Benoît Dorémus : "Si je laisse ma télé en veille / Je m'endors d'un mauvais sommeil / Et si mes nuits sont polissonnes / J'assume pas mon bilan carbone". Dans la veine très contemporaine des chansons nourries du quotidien, il confirme ce que l’on savait depuis Jeunesse se passe : il est l’une des plumes les plus sûres et les plus fines du paysage musical français.

Pour 2020, il ne souhaitait pas rester dans la même veine introspective que le disque précédent et on le voit ainsi varier les approches, comme avec Calumet, qui décrit l’addiction au cannabis ou avec le diptyque Deux pieds dedans-Depuis hier. La première chanson est l’histoire d’une fugue d’ado racontée à la première personne. "Je l’ai chantée quelquefois sur scène et, un soir à Montauban, un  spectateur m’a dit qu’il avait été très touché. En m’écoutant, il avait pensé à son fils, s’était dit qu’il fuguait, il se débrouillerait pour qu'il ait un billet dans la poche…" Le scénario de Depuis hier est né, avec les pensées des parents du fugueur que chantent Benoît Dorémus et la slameuse-chanteuse Luciole.

Paris et le métier

Dorémus aime que ses chansons s’enchaînent, se répondent. Sur son album précédent, un instrumental s’intitulait Paris. Sur celui-ci, Paris a des paroles et aborde les sortilèges que la météo exerce sur la ville : "Quand un orage éclate, ouragan aux Abbesses / Silence de mort aux Halles / Pour une fois que Barbès, tiens c’est Palais-Royal". "L’idée est venue de mon ressenti personnel : chez moi, l’équilibre a mis du temps à se faire entre aimer et ne pas aimer cette ville.

Et, quand un orage éclate à Paris, le temps est suspendu et elle m’attire beaucoup plus. J’ai mis deux ans à l’écrire. C’est la première fois que je travaille aussi longtemps une chanson. J’avais composé la musique de Paris à la fin des sessions de l’autre album mais sans avoir écrit un texte qui me satisfaisait. Alors je l’avais mis en teaser pour l’album suivant."

Il y a d’autres ponts entre les deux albums, comme De l’autre côté de l’ordi, sous-titré Acte IV. Les trois premiers actes étaient sur l’album précédent et racontaient déjà sa vie de chanteur, J’apprends le métier, L’Enfer et Deux dans mon egotrip. Dans ce nouveau volet, il évoque la crise du disque et la manière dont, De l’autre côté de l’ordi, les artistes souffrent notamment de la circulation gratuite de la musique. Se sent-il personnellement dans une situation précaire ? "Je ne me sens pas du tout en sécurité. Mais, au sein de ce métier, ce sont plutôt des problèmes de riche : j’ai des partenaires, une maison de disques, un éditeur, un tourneur. Je vis de ce métier mais je n’ai qu’une trouille, c’est que ça s’arrête. Je suis lucide : je vois plein de copains se faire rendre leur contrat. Cette chanson m’est venue après la fin de la tournée précédente, alors que je n’arrivais plus à écrire. J’avais l’impression de ne pas être attendu et j’ai eu beaucoup de mal à me rassurer." Mais, contrairement à certains de ses confrères, que la peur de l’échec tétanise, lui continue d’explorer les formes et les genres. Comme avec Chose rare, chanson très érotique qui tient à la fois de l’exercice de style et de la pure jubilation.

Depuis tout petit

Il livre aussi quelques chansons de comédie, comme T’as la loose : "Pauv’ vieux, va, qu’est-ce tu veux quoi, t’as la loose / Il m’en arrive une, il t’en arrive douze / T’as la loose !" "Au départ, c’est une private joke de tournée avec mon guitariste, qui perd tout et qui oublie tout. Ensuite, je suis parti dans une narration qui recouvre toute une vie." Cette passion pour le romanesque n’est évidemment pas étrangère à sa vocation de chanteur. Mais tout a commencé par l’écriture, par les poèmes d’enfant que ses parents encourageaient. "Je dis depuis l’âge de sept ou huit ans que je veux être chanteur. L’année dernière, une fille est venue me voir à la fin d’un concert : nous étions ensemble en colonie de vacances quand nous avions douze ans et nous nous sommes écrit ensuite. Sur toute une page, j’avais écrit : "je serai chanteur", souligné dix fois. L’écriture ne m’a jamais quitté, en passant à l’adolescence par des chansons innommables, le journal intime, le roman pourri, le court métrage…"

Le jeune chanteur habitué aux petites scènes avait reçu un coup de pouce décisif en rencontrant Renaud, qui avait produit l’album Jeunesse se passe et l’avait introduit chez EMI. Aujourd’hui, il appartient à une famille qui se reconnaît ouvertement comme influencée – entre autres – par l’ancien "chanteur énervant". Ainsi, on l’a entendu l’été dernier sur la chanson Grand-père de son ami Renan Luce, en compagnie d’Alexis HK, ou fréquemment en première partie des concerts de Renan Luce, de Berry, de Jeanne Cherhal. Il ne sait pas comment appeler ces amitiés, "une bande, une tendance, une génération ?"  En tout cas, leurs chansons à tous ressemblent à la vraie vie, sans paillettes, sans drapeaux, sans cynisme.

Benoît Dorémus 2020 (EMI) 2010

En concert à Paris le 26 mai 2010 aux Trois-Baudets et le 13 octobre 2010 au Café de la danse.