Cheikh Sidi Bemol, du labo au micro

Quelques semaines après une première mini-tournée de l’autre côté de la Méditerranée, Cheikh Sidi Bemol présente le groove berbèro-celtique de son nouvel album Paris Alger Bouzeguène dans le cadre du festival NewBled qui se déroule du 8 au 13 juin à Paris. Portrait d’Hocine Boukella, fondateur et chanteur du groupe.

Les fruits de la reconversion

Quelques semaines après une première mini-tournée de l’autre côté de la Méditerranée, Cheikh Sidi Bemol présente le groove berbèro-celtique de son nouvel album Paris Alger Bouzeguène dans le cadre du festival NewBled qui se déroule du 8 au 13 juin à Paris. Portrait d’Hocine Boukella, fondateur et chanteur du groupe.

 

 

 

 

Devant la porte d’entrée des locaux du Tremplin, ce lieu de la banlieue parisienne où les groupes viennent répéter, Hocine tombe nez à nez avec la Tunisienne Emel Mathlouthi qui vient de terminer une séance avec ses musiciens. On se salue, on échange quelques phrases amicales, on se rend les compliments, les encouragements.

La jeune femme a joué en première partie de Cheikh Sidi Bemol à la fin de l’année dernière. Cette fois également, ils sont tous deux à l’affiche du festival NewBled, mais pas lors de la même soirée, et se promettent de venir se soutenir mutuellement.

 

 

Première tournée en Algérie

À cinquante ans passés, le chanteur algérien pourrait faire figure de vétéran mais pourtant, il y a quelques semaines, il effectuait sa première tournée dans son pays natal, avec une escale supplémentaire au Maroc.
 

 

S’il lui était déjà arrivé de venir pour des prestations ponctuelles à Alger ou Tizi Ouzou, jamais il n’avait eu l’occasion d’y enchaîner plusieurs concerts. Les difficultés d’organisation ne manquent pas, à commencer par l’obligation quasi systématique de passer par la puissance publique pour avoir un lieu où jouer.
 

Le soutien des centres culturel français, maîtres d’ouvrage de son récent périple, a failli parfois ne pas s’avérer suffisant : "À Oran, le concert devait se passer à l’auditorium de l’université mais, visiblement, certains responsables de l’université voulaient à tout prix qu’il soit annulé. Jusqu’à la dernière minute, ils nous ont mis des bâtons dans les roues, ils ont baissé tous les projecteurs et les ont mis sur scène… Il ne nous restait plus qu’un espace de deux mètres de profondeur pour installer tout le monde ! … On l’a fait quand même, car la salle était pleine", raconte Hocine.

 

Un public de toutes les générations

 

Depuis plusieurs années, ses albums sont distribués sur place, ce qui lui permet d’exister sur le marché local à défaut d’être présent physiquement. Et Internet contribue aussi à diffuser ses chansons auprès d’un public différent de celui qu’il s’attendait à trouver devant lui. "Quand je vois des jeunes de quatorze ou dix-huit ans qui connaissent mes morceaux, ça me surprend beaucoup. Je m’attends toujours à trouver des gens de ma génération", s’amuse-t-il.

Sa capacité à toucher à tout âge résulte de cette forme de liberté qui l’anime. Elle se devine dans ses textes comme dans sa musique qui prend des chemins différents au gré des projets. Elle se lit aussi à travers son parcours. "Je n’avais jamais pensé à être musicien professionnel. J’avais d’autres centres d’intérêts : je me destinais à être biologiste", confie cet Algérois de naissance, fils d’un instituteur.
 

 

Arrivé en France en 1985 pour y achever ses études, le doctorant en génétique change radicalement de voie trois ans plus tard. Il lâche les tubes pour les crayons. On lui commande des affiches de films, de pochettes, des dessins de presse, mais pour en vivre, cela n’est souvent pas suffisant.

Impossible de revenir en arrière, de retrouver un labo de recherche, il faut assumer. Quitte à compter les voitures à partir de 6 heures du matin pour une société qui installe des feux de signalisation. La musique ? D’abord dans le cadre familial, où il apprend de façon intuitive, en observant, avec les instruments présents à la maison : guitares, percussions… Quelques concerts occasionnels, lors de mariages à Bouzeguène, la ville où sa famille a ses racines, dans les montagnes de Kabylie. En France, il a monté un groupe et réalise petit à petit que son registre se distingue de ceux qui sont pratiqués par les autres formations venant d’Algérie. "Ça m’a poussé à continuer", reconnaît-il.

 

Une communauté d'artistes

 

Un nouvel obstacle se dresse sur la route : son visa arrive à expiration, le voilà en situation d’irrégularité sur le territoire français. À cette période, il gravite dans la mouvance de la Bougnoule Connexion dont sortira l’Orchestre National de Barbès fondé par son frère Youcef, bassiste.

 

C’est presque une communauté d’artistes, qui a investi une usine désaffectée dans laquelle elle se retrouve aux portes de Paris. "Un refuge pour pas mal de gens", confie Hocine. "Ça nous a aidés à tenir le coup. Lorsque tu es sans papiers, tu dégringoles très vite. Le fait d’avoir un lieu où tu peux passer la nuit quand tu as un problème, c’est énorme."

Au fil des années, le collectif informel se structure et permet de concrétiser cette dynamique créatrice. Cheikh Sidi Bemol enregistre ainsi son premier album en 1998. Douze ans, six CDs et deux DVDs plus tard, le "squelette" de son équipe est encore composé de musiciens rencontrés à cette époque, a posteriori déterminante.

 

 

 

 

 

 

 

 Cheikh Sidi Bemol sur MySpace

 

 

 

Cheikh Sidi Bemol Paris Alger Bouzeguène (CSB/DJP) 2010
En concert au Cabaret sauvage à Paris, le 8 juin dans le cadre du festival NewBled