Le chant libre de Fredy Massamba

Fredy Massamba, chanteur et danseur originaire du Congo-Brazzaville a tourné pendant plus de dix ans avec les Tambours de Brazza, Zap Mama ou Didier Awadi. En solo, il fait monter la clameur d’Ethnophony, une synthèse magistrale de toutes ses influences.

Premier album solo

Fredy Massamba, chanteur et danseur originaire du Congo-Brazzaville a tourné pendant plus de dix ans avec les Tambours de Brazza, Zap Mama ou Didier Awadi. En solo, il fait monter la clameur d’Ethnophony, une synthèse magistrale de toutes ses influences.


RFI Musique : Après plusieurs années de carrière aux quatre coins du monde, Ethnophony est votre premier album solo, comment l’avez-vous conçu ?
Fredy Massamba : J’y travaille depuis quatre ans. J’ai commencé à enregistrer à Dakar, chez Didier Awadi, au studio Sankara où j’ai rencontré Fred Hirschy, un "faiseur de rythmes". Je lui ai expliqué mon idée. On a branché un micro et j’ai chanté, très librement. Je suis parti en tournée avec Awadi et au retour il m’a fait réécouter les voix. J’ai retravaillé ça à mon rythme, j’ai enregistré seul les chœurs, toutes les percussions. Nous avons ensuite envoyé le son à l’un des plus grands mixeurs de son de New York, Tom Soares, qui travaille notamment avec Erykah Badu. Il a tout de suite accepté de travailler sur le mixage et c’est ce qui donne à l’album cette couleur très chaude, soul.

L’album est à la fois très hip hop, avec un groove puissant, mais complètement connecté à Brazzaville et à l’Afrique centrale…
Zap Mama m’a beaucoup appris. Marie Daulne dit souvent qu’elle est afro-péenne : "je viens de quelque part, mais je vis ici". C’est très important pour moi : Je suis né au Congo, mais ça fait onze ans que je vis en Europe. J’ai appris beaucoup de choses, j’en ai oublié d’autres… Je suis multicolore. J’ai chanté en kikongo, la langue du Sud du Congo, en swahili et en lingala. Il y a beaucoup de percussions, ça vient de mon expérience avec les Tambours de Brazza. Il y a des morceaux couleur pygmée, c’est évidemment lié à ma collaboration avec Zap Mama et à mon entourage, la rumba, c’est toute mon enfance… Et puis le hip hop, c’est mon adolescence car j’ai surfé à la fin des années 80 sur la vague smurf, à Brazzaville au Congo… Donc, ce disque, c’est moi, tel que je suis aujourd’hui.

Qu’est ce que vous a apporté en tant que musicien d’avoir le champ libre, l’occasion de créer votre propre musique ?
Au début de ma carrière en Europe, j’ai accompagné d’autres artistes. Alors, le risque était de me retrouver seul au studio avec toutes ces influences qui tournent autour de moi. Mais comme j’ai tout improvisé, c’était très libre. Pour les textes, j’ai essayé de garder la même fraîcheur, j’ai essayé de chanter ce que je suis, spontanément… Mais j’ai beaucoup travaillé pour y arriver !

De quoi parlent les textes d’Ethnophony?
Je parle beaucoup de mon pays le Congo, de la guerre de 1998, qui m’a beaucoup fait souffrir et qui m’a forcé à l’exil. Je chante ma colère et frustration, même si j’aime mon pays, plus que tout et je lui déclare aussi mon amour dans ce disque. Malgré tout, quand je vois la jeunesse de Brazzaville, si créative, j’ai la forte conviction qu’il y a de l’espoir. Je suis Congolais, je le resterai. C’est dans mon sang et dans mon son.

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 Fredy Massamba
 Ethnophony

Fredy Massamba Ethnophony (Skinfana) 2010
En concert le 20 juin à Bruxelles, le 21 juin à Paris (Musée de l'immigration), le 25 juin à Bruxelles (Festival Couleur Café), le 26 juin à Libreville (Festival Gabao), le 1er juillet à Kinshasa (Université Unikin), le 7 juillet à Brazzaville (CCF) et le 8 juillet à Kinshasa (CCF)