Raggasonic reprend du service

À l’affiche d’une multitude de festivals et des principaux rendez-vous reggae de la saison, le duo Raggasonic fait figure de revenant, après une absence qui a duré plus d’une décennie. Big Red et Daddy Mory, les deux protagonistes, ont dépassionné leurs relations pour retrouver le chemin de la raison. Et celui du studio.

Big Red et Daddy Mory enterrent la hache de guerre

À l’affiche d’une multitude de festivals et des principaux rendez-vous reggae de la saison, le duo Raggasonic fait figure de revenant, après une absence qui a duré plus d’une décennie. Big Red et Daddy Mory, les deux protagonistes, ont dépassionné leurs relations pour retrouver le chemin de la raison. Et celui du studio.

La rumeur était chronique, récurrente depuis douze ans, si bien qu’elle avait fini par perdre toute crédibilité. Le retour du duo Raggasonic ? Un fantasme collectif, reflet d’une attente indéniable dans le monde reggae français, mais rien de concret n’est jamais venu entretenir cet espoir. Au contraire. Et puis, ce qui relevait du domaine de l’improbable est devenu réalité.

Le 2 avril 2010, vers minuit, dans le cadre du festival Garorock à Marmande, ils sont là tous les deux, à nouveau réunis, devant des milliers de spectateurs rassemblés sous le grand chapiteau. Pas de débordements d’émotion – ce n’est pas le genre de la maison – mais des mots qui, entre retenue et pudeur, en disent long : "Big Red, ça me fait plaisir d’être là sur scène avec toi", tient à faire savoir publiquement Mory, au milieu du show.

Son incarcération pour quelques mois en 1998 avait brusquement mis fin à la belle aventure qu’ils avaient démarrée au début de la décennie, participant activement au développement d’un reggae urbain qui possédait de nombreuses connexions avec l’univers du rap (Big Red avait d’ailleurs débuté avec Rapsonic). Le succès commercial de leurs deux albums, parus en 1995 et1997, est venu confirmer une notoriété ascendante.

"Il n’y a pas un endroit où je suis allé jouer ces dix dernières années sans qu’on me demande ce qui se passait avec Raggasonic", assure Stéphane, alias Big Red. "On se devait de revenir", poursuit-il. "Tout ce qu’on attendait, c’était d’être opérationnel, psychologiquement parlant".

Faire table rase du passé

Pas une mince affaire, tant les positions étaient tranchées et semblaient inconciliables. Mory, longtemps amer et tranchant dans ses déclarations envers son ancien partenaire, essayait de (se) convaincre que leur séparation était inévitable en raison de leur différences de convictions religieuses. Et qu’il en était mieux ainsi.

Quant à Big Red, il explique en souriant qu’il lui a fallu "une petite thérapie", mettre de la distance en déménageant. "Ça sentait le crime autour de moi", résume-t-il. Pendant plus dix ans, ils ne se sont pas même revus. Pour se retrouver, ils ont commencé par ravaler leur fierté, "faire table rase du putain de passé, parce que dormir dessus ça ne servirait a à rien".

Big Red a fait le premier pas. Mory a tout de suite accepté. "Deux heures après, on était en train de gruger le métro, comme en 1992", raconte l’aîné du duo, la quarantaine en ligne de mire. S’il met en avant l’osmose naturelle, la complémentarité spontanée qui existe entre eux artistiquement et qu’il voulait revivre, il ne cache pas que les motivations de leur réunion sont aussi de l’ordre du "standing" et du "confort financier", après des carrières solos respectives en demi-teinte.

La tournée qu’ils effectuent a eu raison des quelques appréhensions légitimes qu’ils pouvaient a priori avoir. Du Parc des Princes, à Paris, où ils étaient invités par NTM en juin, aux principaux festivals de l’été auxquels ils ont pris part, partout l’accueil a été au-delà de ce qu’ils imaginaient. "Ce qui est bien avec le reggae, c’est qu’il y a un côté intemporel : ça nous a aidés à traverser le temps", remarque Big Red.

Le prochain album, prévu pour 2011, permettra à Raggasonic de mettre son répertoire à jour.

En concert le 5 aout au Festival'Hyères, le 6 au Reggae Sun Ska à Saint-Sauveur, le 27 aout au festival Le cabaret Vert à Charleville-Mézières, etc.