L’air frais des Mountain Men

Deux musiciens, un harmonica, une guitare, une voix et des compositions autodidactes : Ian, Australien, et Mat, Français, forment les Mountain Men. Né il y a cinq ans, le duo collectionne les distinctions et est déjà considéré comme la "relève" du blues. Récit d’une belle rencontre, qui en a entraîné d’autres aux Etats-Unis mais aussi au Burkina Faso.

Blues franco-australien

Deux musiciens, un harmonica, une guitare, une voix et des compositions autodidactes : Ian, Australien, et Mat, Français, forment les Mountain Men. Né il y a cinq ans, le duo collectionne les distinctions et est déjà considéré comme la "relève" du blues. Récit d’une belle rencontre, qui en a entraîné d’autres aux Etats-Unis mais aussi au Burkina Faso.

L’odyssée de Mountain Men commence en 2005, comme beaucoup d’histoires de blues: un bar, deux musiciens, une improvisation. Sauf qu’elle ne démarre pas dans le delta du Mississipi ou à Chicago, mais dans la région de Grenoble, dans le sud-est de la France. A ce moment-là, Barefoot Iano, Australien installé dans l’Hexagone depuis 1995, tourne régulièrement en France et en Europe. Mr Mat, chanteur et guitariste, compose chez lui et donne quatre ou cinq concerts par an, en parallèle de sa carrière dans l’assainissement. Il a appris à chanter tout seul, n’a jamais travaillé sa voix cassée, taillée sur mesure pour le blues. Tous deux apprécient Robert Johnson, Muddy Watters ou des approches plus récentes du blues, comme celle de R.L Burnside. Quelques mois après leur rencontre, ils enregistrent en une demi-journée de studio un album, Mat & Iano : Mountain Men, pressé à 1000 exemplaires en auto-production.

Le tremplin du festival Blues sur Seine les récompense du trophée électro-acoustique et tout s’enchaîne : le festival de Montréal et la sélection de leur nomination à l’International Blues Challenge de la très respectée Blues Fondation, des tournées et un bouche à oreille efficace. Sorti en 2009, leur second album, Spring Time coming, enregistré en trois mois - un délai inhabituellement long pour un disque de blues -, s’est classé dans le top 3 des ventes blues en France, sans aucune promotion. Il vient de ressortir pour une meilleure distribution et a été sélectionné aux Awards du meilleur album auto-produit de la Blues Fondation de Memphis.  "Sur 75 disques internationaux, ils en avaient choisi huit, dont le nôtre, seul album d’un groupe européen. Pourquoi ? J’ai l’impression que le blues est presque devenu une musique classique en Europe, qu’il y a beaucoup de clichés et peu de renouveau. Nous, on n’est pas des puristes, on ne veut imiter personne. Iano vient du folk, j’ai une culture rock et chanson française."

Du coup, le blues des Mountain Men ose, avance en toute liberté et s’aventure vers des terrains iconoclastes. "Dans notre premier album, il y avait une reprise de Metallica, dans Spring Time coming, une version des Marquises de Jacques Brel, qui était pour moi un grand bluesman, dans sa façon très brute de déverser des émotions. Notre musique a une couleur blues, mais c’est surtout une synthèse de nos influences. Le morceau She Shines, par exemple est structuré comme une chanson, pas comme un blues." Pourtant, la presse spécialisée ne tarit pas d’éloges pour le duo, considéré comme la "relève" du genre. Après une tournée qui les a fait voyager aux Etats-Unis, en Europe, et au Burkina Faso, les Mountain Men préparent un nouvel album et continuent de faire la musique qui leur plaît, tout simplement.

Les Mountain Men au Burkina Faso

Dans leur vertigineux tour de piste du blues, les Mountain Men ont fait, en décembre 2009, une halte au Burkina Faso, pour y découvrir d’autres nuances de la note bleue.

En décembre 2009, les Mountain Men ont répondu à l’invitation de l’association Chambéry- Ouahigouya qui organise chaque année le festival Lafi bala, à Chambéry, en partenariat avec la petite ville sahélienne de Ouahigouya, au nord du Burkina Faso. Entouré du Touareg nigérien Koudede, du percussionniste Baba Konaté et de l’incontournable Camille Louvel, co-producteur de Victor Démé, les Mountain Men ont passé quinze jours, en tournée et résidence, à sillonner le pays, pour offrir au public de Ouagadougou, Bobo Dioulasso, mais aussi du grand Nord burkinabé, leurs visions du blues.

"Cela a été très fort. Il y a des similitudes, mais aussi de grandes différences dans notre approche musicale. Dans le blues américain, d’autres influences, originaires d’Irlande ou du folklore américain se sont mêlées à un son africain et ont donné le blues. Koudede joue une musique qui se rapproche beaucoup des vieux blues américains, à l’exception des harmonies. A Bobo Dioulasso, on a eu la sensation de ne pas entendre les temps au même endroit que les musiciens mandingues. Et à Gandéfabou, sur une dune, en plein désert, la plus belle salle de concert dont on puisse rêver, nous jouions Mat et moi une musique que le public découvrait absolument…"

On ne compte plus les rencontres entre les bluesmen américains ou européens et les guitaristes virtuoses du désert. Ici, l’échange prouve que le blues ressemble toujours à celui qui le joue : hypnotique pour Koudede, tonique pour Baba Konaté, chanté pour les Mountain Men. Cette rencontre ne devrait pas s’arrêter là : pendant la résidence, des morceaux se sont affinés, au fil des kilomètres et du temps partagé. On devrait pouvoir les entendre sur un album courant 2011 et peut-être sur scène dans les mois à venir…

Mountain Men Spring Time Coming (Echos productions) 2010

En concert le 4 novembre 2010 au New Morning, à Paris.