Colette Renard, un symbole de la chanson populaire

D’Irma la douce et Tais-toi Marseille aux Nuits d’une demoiselle, Colette Renard, qui vient de décéder à l'âge de 86 ans des suites d'une longue maladie, laisse derrière elle un répertoire populaire exigeant et parfois franchement audacieux.

D'Irma la Douce' à 'Plus belle la vie'

D’Irma la douce et Tais-toi Marseille aux Nuits d’une demoiselle, Colette Renard, qui vient de décéder à l'âge de 86 ans des suites d'une longue maladie, laisse derrière elle un répertoire populaire exigeant et parfois franchement audacieux.

Légende de la chanson des années 50, Colette Renard était restée un personnage parigot emblématique, absolument contemporaine des gardiens de la paix en pèlerine et des derniers rails de tramway scellés entre les pavés des avenues… Gouailleuse et cédant volontiers au pittoresque faubourien, elle incarnait aussi un certain âge d’or d’une variété populaire de haute exigence poétique et musicale.

Colette Renard est née Colette Rager, dans le Val d’Oise, en 1924. Son univers est celui des divertissements populaires et des refrains qui courent les rues. Elle a quatre ans quand son père l’emmène au Châtelet, le temple de l’opérette, pour y voir Sidonie Panache avec Bach (le fameux créateur de Quand Madelon). Elle sort avec en tête le refrain "marche pas sur ta robe Sidonie, marche pas sur ta robe" et la certitude qu’un jour elle fera ce métier-là.

Colette Renard commence par le violoncelle et la sténodactylo. Après un certain nombre d’aventures dans les cabarets et le music-hall, elle ne compte plus vraiment faire carrière dans la musique quand elle est embauchée comme secrétaire de l’orchestre de Raymond Legrand (le père de Michel), sommité des variétés des années 40-50. Elle passe rapidement au poste de chanteuse de l’orchestre et finira d’ailleurs par épouser le chef d’orchestre en 1969.

On commence à la remarquer avec son mélange de chansons de poètes et de tradition réaliste parisienne quand elle est engagée, en 1956, pour incarner le rôle-titre d’Irma la douce, comédie musicale qui raconte la destinée (évidemment tragique) d’une fille de Pigalle – "Et puis il y a l'Caulaincourt/Où rodent les filles d'amour/Et parmi ces filles-là/Y a mon Irma, ma môme".

Ce sera un des plus beaux succès de la comédie musicale à la française : elle va jouer cette fille au cœur tendre 932 fois entre 1956 et 1967. Cela occultera presque le reste d’une carrière de chanteuse populaire qui savait chanter les sentiments simples avec une certaine noblesse. Mais elle emporte encore de beaux succès : Tais-toi Marseille, Zon zon zon, Ça c’est de la musique, Le Marin et la Rose... 

C’est une des plus grandes vedettes féminines de l’époque. Elle peut se permettre de refuser Mon manège à moi, qui va être finalement créé par Édith Piaf, ou La Valse à mille temps ("J’ai dit à Brel : chante-la toi-même !"). Un regret pourtant : le producteur d’un de ses disques refuse la chanson qu’une débutante lui a proposée et qu’elle aime beaucoup. C’est Dis, quand reviendras-tu de Barbara

En 1958, elle enregistre son premier EP de Chansons gaillardes de la vieille France. Succès immédiat. Elle va récidiver plusieurs fois, osant même demander à des auteurs contemporains de lui écrire des chansons paillardes, comme le bientôt classique Nuits d’une demoiselle, sur un texte de Guy Breton qui aligne des dizaines de métaphores sexuelles virtuoses ("Je me fais gauler la mignardise/Je me fais rafraîchir le tison/Je me fais grossir la cerise/Je me fais nourrir le hérisson").

Avec son répertoire populaire comme avec ses chansons lestes, elle compte parmi les artistes que la vague yé-yé et les évolutions culturelles ultrarapides des années 60 démodent implacablement. Peu lui importe : elle continue à chanter, notamment en première partie de Georges Brassens à Bobino en 1976. En 1998, elle publie son autobiographie, Raconte-moi ta chanson (chez Grasset) et retrouve la scène au moment où une nouvelle génération renoue avec Juliette Gréco ou Cora Vaucaire…

Elle enregistre même un dernier album en 2002, écrit et composé par une pléiade d’auteurs et de compositeurs prestigieux comme François Rauber ou Michel Rivgauche. Les récitals qui suivent seront de fait ses adieux à la chanson. Mais elle ne se résout pas à prendre sa retraite : on la verra ensuite camper une mamie attachante, Rachel Levy, dans le feuilleton télévisé Plus belle la vie.