Robin Leduc, nouveau sorcier de la chanson

Avec Hors-Pistes, un disque charmeur et irrésistible de bout en bout, Robin Leduc est la révélation pop française de l’automne. Passionné de studio, cet artisan aux talents multiples a su puiser dans les pulsations africaines ou le rock sixties, une fraîcheur unique pour ses chansons. Rencontre.

L’album du vrai départ

Avec Hors-Pistes, un disque charmeur et irrésistible de bout en bout, Robin Leduc est la révélation pop française de l’automne. Passionné de studio, cet artisan aux talents multiples a su puiser dans les pulsations africaines ou le rock sixties, une fraîcheur unique pour ses chansons. Rencontre.

Ses allures d’éternel étudiant, chemises à carreaux et lunettes rondes, pourraient nous tromper sur l’essentiel. À 30 ans, Robin Leduc est un homme d’expérience. Près de dix années passées en studio, et déjà deux disques solo à son actif. "J’ai toujours considéré ce nouvel album comme mon premier", conteste-t-il d’emblée.

Ce Hors-Piste à l’énergie primesautière lui donne raison. Difficile de deviner, en filigrane, le parcours sinueux et atypique de l’artiste, commencé avec un duo house (Only Paradise) à l’aube des années 2000. "Une époque révolue, explique-t-il. C’était en pleine époque French touch. Je m’étais acheté mon premier sampler, j’apprenais les rudiments du home-studio…"

Après un single au succès modeste, puis un premier album "trop jeune et mal écrit" chez une major, le jeune homme forme en 2005 les Pacemakers avec Valentin Montu à la guitare, le batteur Jean Thevenin et son éternel complice, le claviériste Cyrus Hordé. Un nouveau départ, cette fois, décisif. Entre deux tournées avec les Pacemakers, et la réalisation d’albums pour d’autres artistes (notamment The Rodeo), Hors-Pistes est finalement bouclé en 2009, après deux ans de studio en solitaire et d’écriture acharnée.

Ses chansons n’en laissent rien paraître. Sur fond d’autodérision, elles croquent les maladresses (Je casse tout), la dépression (Mes idéaux) ou le couple (Offense) avec légèreté, sans que le fond ne vienne perturber la forme. Les mots sont fluides, épurés, souvent prétextes à un jeu de sonorités habile. "La phonétique est un exercice que j’aime beaucoup, explique-t-il. Je suis très fan, par exemple, du premier album de JP Nataf, cette forme d’écriture un peu joueuse, à l’épure."

Afrobeat

Robin Leduc a surtout un avantage sur les autres chanteurs de sa génération : comme Gainsbourg en son temps, ses chansons ont du groove. À l’heure du folk roi, lui s’acharne à emballer le tempo, gonfler ses batteries de percussions africaines, lorgner vers la soul ou le rock. "La rythmique me passionne. Je joue un peu de batterie, j’ai souvent d’ailleurs des parties précises pour mes démos", explique-t-il.

Sur le formidable single Laissez-moi passer, c’est à l’afrobeat de Fela qu’il emprunte : un sujet que ce jeune trentenaire né au Nigéria connaît par cœur. "Mon père écoutait Fela, j’ai grandi avec cette culture, précise-t-il. J’ai toujours eu un rapport à l’Afrique curieux et assez passionnel." Plus loin, le titre Mais qu’est-ce que ça peut faire ? mélange rythmes africains et steel drums caribéens. "À l’origine, l’inspiration venait de la rumba congolaise. Des amis à moi ont réalisé le film sur Staff Benda Bilili, raconte-t-il. Il était même question, il y a quelques années, de travailler avec le groupe à Kinshasa. J’aurais rêvé d’y aller, mais pour de nombreuses raisons, cela ne s’est pas fait."

De l’afrobeat à la pop Motown sautillante de Tu montes et moi je descends, chaque titre a le charme spontané de la première prise, sans retouches ni additifs. Une qualité rare : "Je me suis toujours évertué à donner cette émulsion live, ce son de groupe, explique-t-il, même si, souvent, j’enregistre seul en studio."

En amoureux pointilleux des sonorités vintage, Robin Leduc parvient même à reproduire la beauté solaire des productions des années 60-70 : basse chaude en avant, guitares surf, vieilles "reverb" à ressort. Le résultat est un délice pour l’oreille. "Pour moi, rien de mieux n’a été fait en studio que dans ces années-là, reconnaît-il. C’est un fonds d’idées inépuisable."

Sans triomphalisme

Naturellement, l’éclosion d’un tel talent brut ne pouvait passer inaperçue plus longtemps. Venus en débutants aux dernières Francofolies de La Rochelle, Robin Leduc et sa bande en repartent avec deux prix, dont le prestigieux prix Félix-Leclerc. "C’était absolument inattendu", se souvient-t-il. Avec désormais la scène en point de mire, pas question cependant de céder au triomphalisme. "Même si je suis plus à l’aise qu’avant, j’ai toujours du mal à gérer mon trac, mon rapport au public, reconnaît-il. J’ai encore de nombreux progrès à faire."

Soucieux d’éviter les carcans, le chanteur aimerait aller vers plus d’improvisation, de liberté avec ses musiciens, pour ne pas "se lasser". En public comme en studio, le secret de Robin Leduc tient finalement en un mot, fraîcheur. 

Robin Leduc Hors-Pistes (Tôt ou Tard) 2010

En tournée en France, le 29 octobre à Sannois…