La mélancolie d'Alexandre Varlet

Longtemps considéré comme un espoir de la nouvelle génération, Alexandre Varlet sort un nouvel album Soleil Noir qui consacre un trajet parsemé d’embûches. Rencontre.

Quatrième album

Longtemps considéré comme un espoir de la nouvelle génération, Alexandre Varlet sort un nouvel album Soleil Noir qui consacre un trajet parsemé d’embûches. Rencontre.

Elle est infime la marge entre un artiste qui pourrait devenir culte et celle d’un musicien qui sombre inexorablement dans l’oubli. Cela fait quinze ans qu’Alexandre Varlet joue au funambule sur cette curieuse ligne de démarcation. Quinze ans et, seulement, un quatrième album intitulé Soleil Noir, dans la veine directe de Ciel de Fête, le précédent, puisque écrit lui aussi, en 2007. "C’est un disque qui voit le jour aujourd’hui alors que je l’ai écrit, il y a près de 3 ans. À l’époque, se souvient le chanteur-guitariste, Ciel de fête ne trouvait pas preneur. Pas de label. Et cela me plongeait dans une vraie inquiétude, une vraie solitude. C’est dans cet état d’esprit que j’ai écrit Soleil Noir. Comme pour me réconforter, pour me faire du bien". Un disque hors norme dans sa présentation puisqu’on ne peut se le procurer que sous forme de 33 tours chez certains disquaires ou sur internet en téléchargement, via le label suisse indépendant Shayo.

Alexandre Varlet présente onze titres dont six instrumentaux et cinq chansons qui traduisent, effectivement, un spleen, une mélancolie qui a toujours fait le charme de cette sorte de dandy, spectateur de sa propre vie et de ses déboires. "Je crois qu’un artiste qui n’a pas beaucoup de succès, le public l’affectionne d’autant plus qu’il est méconnu. Il le voit comme quelque chose d’assez… précieux. Il y a une sorte de compassion qui renforce le rapport entre artiste et auditeur." C’est donc avec un plaisir égoïste que l’on peut chérir un titre comme Ressusciter ("Je pardonne à tous ceux / que j’ai bien fais marrer / je n’ai pas de rancœur / moi aussi / je me suis bien marré"). Entre épitaphe et renaissance, les textes de Varlet, sa voix comme une douce plainte et ses guitares ciselées font qu’on ne retrouve guère ce style de poésie que chez un Manset, un Murat ou un Bashung, dont il peut légitimement se revendiquer.

Hors du circuit

Souvent observé comme un "objet chantant non identifié", Varlet hypnotise, charme et finalement captive l’auditeur pour peu que celui-ci veuille bien lui prêter l’oreille. Plus désemparé qu’amer sur sort, Alexandre Varlet déclare avoir, avec Soleil Noir, quitté le circuit officiel du grand barnum show-biz : "Je ne me préoccupe plus de savoir si telle radio va passer mes titres, si tel média va monter un partenariat. Le disque est là. Les chansons attendent. Je suis juste un peu triste de ne pas trouver le vecteur pour que ces chansons puissent être entendues par le plus grand nombre".

Raison de plus pour vous précipiter sur cet album et jouer ainsi les dénicheurs de perle noire et rare. Un disque qu’il qualifie lui-même d’abyssal "tant des chansons comme Ressusciter ou De l’indulgence avec toi évoquent la détresse mais en même temps, ce naturel que j’ai d’aller de l’avant et de me battre".

Maison de disque qui dépose le bilan, promo qui n’est jamais menée à son terme "c’est vrai que j’ai un parcours compliqué mais pour autant ma musique existe. Elle circule et de tout temps, j’ai eu des témoignages, des lettres ou des mails, pour me dire que des amoureux de ma musique existent. Il n’y a pas de fan-club mais je serais content que cela existe pour dire : 'Varlet ? Il est mort trop tôt…. ' (rires)"

Même pas mal, même pas mort…Varlet, endurci, comme une lame de couteau.

Alexandre Varlet Soleil Noir (Shayo Records) 2010En showcase le 20 novembre chez Fargo (42, rue de la Folie Méricourt - Paris 11e)