Yodelice, le masque et la plume

Révélé l’an dernier avec le single à succès Sunday With A Flu, Yodelice publie déjà son second album, l’ambitieux Cardioid. L’occasion de revenir sur ce personnage mystérieux, clown triste folk et double imaginaire de son auteur, le prolifique Maxim Nucci. Portrait

Au milieu d’un show audiovisuel avare en surprises, les dernières Victoires de la Musique qui ont eu lieu en mars dernier, ont été le théâtre d’un spectacle étonnant. Sinistre échalas barbu, une larme dessinée sous l’oeil, chapeau melon et plume à son sommet, Yodelice apparaît sur la scène du Zénith parisien. Élu "Album révélation de l’année" pour son inaugural Tree of Life, l’artiste folk aux accents très seventies affiche alors sa différence : un univers visuel original et savamment étudié, presque aussi important que les chansons.

"Avant d’être un disque, Yodelice est avant tout un projet de scène, explique-t-il. C’est là où le personnage du clown prend tout son sens." Sans surprise, c’est à la suite d’une rencontre avec un autre grand spécialiste en costumes, M, que Maxim Nucci crée son avatar fétiche en 2008. "On a beaucoup discuté ensemble de personnages imaginaires, confie-t-il. Comme lui, je suis fasciné par l’univers du cirque, mais aussi par le cinéma expressionniste des années 30, les films sur la différence, comme Elephant Man ou Freaks."

Si Maxim Nucci accorde autant d’importance à sa nouvelle incarnation, c’est aussi pour tourner la page. Celle d’un début de carrière dans l’antichambre de la variété française, pour d’autres artistes (Jenifer) ou en son nom propre, avec un premier disque passé inaperçu. "Je me suis retrouvé dans le circuit variété, où j’étais un technicien au service d’une ligne artistique, d’un format, explique-t-il. Mais avant de créer Yodelice, je n’étais plus très heureux, j’avais perdu mes repères, les raisons pour lesquelles j’avais voulu devenir musicien."

Lâcher prise

 

Pour ce multi-instrumentiste de 30 ans nourri au rock anglo-saxon, Yodelice est donc un véritable retour aux sources. Fils d’un cadre de l’édition, passé brièvement par la production de disques, Maxim Nucci grandit entouré de musiciens de studios, avant de s’envoler à 16 ans pour Londres, direction le prestigieux Musician Institute.

Le jeune musicien y découvre la formation de groupes, les "jams interminables", et le goût pour l’écriture de chansons en anglais. Une atmosphère aujourd’hui ressuscitée avec Yodelice, après des années de studio. "Je suis revenu au plaisir de jouer en groupe, aux petites scènes devant quelques dizaines de personnes, puis aux tournées dans tout le pays."

Après le succès "totalement inattendu" du très folk Tree of Life, Cardioid repousse plus loin encore l’esprit débridé recherché par son créateur. Enregistré en trois semaines avec son groupe à Los Angeles, il se révèle plus rock, expérimental et intense. À l’instar d’un David Bowie, l’une de ses idoles, le jeu de masques évolue lui aussi, avec l’ajout d’un personnage de clown féminin (Simone) et un décor densifié. Mais derrière le personnage bariolé de Yodelice se cache une quête plus profonde : le "lâcher prise. En tant que musicien et homme, j’essaie de sortir de toute théorie, de retrouver l’instinct."

 

 

Yodelice Cardioid (Mercury/Universal) 2010

En tournée en France et en Suisse, le 22 novembre au Bataclan, le 24 novembre à la Cigale