Le compas rutilant de Tabou Combo

Porte-drapeau de la musique haïtienne depuis plus de quatre décennies, Tabou Combo consolide un peu plus son rôle d’ambassadeur, sur scène et avec un nouvel album intitulé Kompa to the World. Entretien avec Yves Joseph, "Fanfan", l’un des piliers de ce groupe emblématique, parent du zouk antillais.

Concert au Zénith de Paris et nouvel album

Porte-drapeau de la musique haïtienne depuis plus de quatre décennies, Tabou Combo consolide un peu plus son rôle d’ambassadeur, sur scène et avec un nouvel album intitulé Kompa to the World. Entretien avec Yves Joseph, "Fanfan", l’un des piliers de ce groupe emblématique, parent du zouk antillais.


RFI Musique : Est-ce pour évoquer à votre façon le cinquantenaire des indépendances africaines que, sous le titre de Rumba Liberté, vous reprenez sur votre nouvel album le tube Indépendance cha cha du Congolais Joseph Kabasele ?

Fanfan : En Haïti, nous sommes des descendants de l’Afrique, et personnellement, j’ai beaucoup admiré le film Lumumba de Raoul Peck, un cinéaste haïtien. Il avait repris la scène de l’indépendance du Congo en 1960, avec un orchestre qui jouait Indépendance cha cha. Ce morceau m’est resté dans la tête pendant très longtemps. Quand on a célébré les 200 ans d’indépendance d’Haïti, à l’Haÿ-les-Roses (en région parisienne, NDR), on a fait le rapprochement avec l’indépendance du Congo en projetant Lumumba et le morceau tournait en boucle pendant les débats. On a cru devoir le reprendre puisque la sortie du nouvel album coïncidait avec le cinquantième anniversaire de l’indépendance des pays francophones africains.

En adaptant les paroles ?
On a élargi un peu le sujet, on englobe le Congo, Haïti et l’Afrique du Sud. Dans cet album, on a aussi repris certains de nos titres qui datent des années 1960. Mais on les a remis au goût de 2010. Et si le disque s’appelle Kompa To The World, c’est parce qu’il est très international, chanté en cinq langues : anglais, français, espagnol, créole et lingala.

Pour revenir à Indépendance cha cha, la musique africaine des années 1960 voyageait-elle à ce moment-là jusqu’en Haïti ?
Pas nécessairement. À titre personnel, j’ai pris contact avec la musique congolaise quand j’ai travaillé à la mission du Congo aux Nations Unies, dans les années 1970. En tant que compositeur principal de Tabou Combo, j’ai toujours aimé les airs congolais et le lingala, que j’aurais voulu apprendre ! On a même écrit un titre en lingala, dans les années 1980, qui s‘appelait Jalousie et qui a eu beaucoup de succès.

La tournée que vous débutez en France est baptisée New York City Tour, en référence à votre principal succès que vous avez rencontré il y a près de 35 ans. Est-ce par nostalgie ?
C’est un moyen de rappeler que Tabou Combo a eu un tube, parce que les gens oublient facilement. L’époque de New York City est l’une des plus belles de l’histoire du groupe. On ne se cache pas de dire que c’est notre plus grand tube. Ça a été joué par toutes les radios françaises et européennes, sur toutes les plages au cours des étés 1974-1975. On ne fait pas un concert en France sans jouer New York City. Pour nous, c’est aussi une façon aujourd’hui de nous replacer, de nous revaloriser sur la scène musicale.

Commet aviez-vous appris ce succès, à l’époque ?

On était à Brooklyn, en répétition. On nous appelait pour nous dire que notre chanson passait à la radio en France. On avait déjà du succès et on pensait que c’était une radio antillaise de plus, pas une radio généraliste. Avoir un tube à ce niveau-là, on ne savait pas ce que ça voulait dire, on ne savait pas comment le prendre. Économiquement, on n’a pas profité de ce tube, mais notre popularité s’est accrue et aujourd’hui, on a 42 ans de musique derrière nous. Mais on ne les fait pas !

Est-ce inconcevable, pour vous, d’arrêtez l’activité de Tabou Combo ?
Individuellement, il faut absolument qu’on s’arrête un jour parce que l’âge ne nous permettra pas d’aller plus loin, mais je pense que les jeunes qui sont avec nous et qui ont 20 ou 30 ans vont continuer le chemin de Tabou. Comme la Sonora Matancera à Cuba, ou El Gran Combo de Porto Rico : ces groupes-là existent toujours.

Vous arrive-t-il encore de réécouter les anciens albums de Tabou Combo ?
Seulement quand quelqu’un d’autre les écoute. Parce que j’ai ma façon d’écouter les titres et suis trop critique envers mon travail. Avant, c’était pratiquement du live : pour enregistrer un titre, il fallait que tout le monde entre dans le studio en même temps et joue ensemble. Quand j’écoute aujourd’hui, je trouve tellement d’imperfections. Je me dis qu’on aurait pu chanter comme ci, faire ça…

Sur la page web Myspace de Tabou Combo, il y a quelques temps, vous aviez mis en ligne une annonce pour recruter un nouveau chanteur. Que doivent avoir les candidats pour retenir votre attention ?
Premièrement, un look musical acceptable parce que le look, ça se vend bien. Et une voix qui pourrait bien rentrer dans le système Tabou Combo. Une voix à la Mick Jagger. À cette époque, dans les années 1970, les artistes chantaient un peu plus fort, ils avaient un peu plus de présence sur scène. Nous, quand on a commencé à jouer, avant l’explosion digitale, on était sept sur scène et il y avait un seul microphone. On faisait les chœurs sans micro. Donc on a besoin de chanteurs avec de gros poumons !

Tabou Combo Kompa To The World (Aztec Music) 2010 Sortie fin novembre

En concert au Zénith de Paris le 6 novembre 2010