Arnold Turboust, pas si "Démodé"

On avait retrouvé Arnold Turboust en 2007, après dix ans de silence, du moins sous son nom, et avec l’album Toute sortie est définitive. Un titre clin d’œil qui renvoie, forcément, à ce nouvel effort quasi solitaire nommé Démodé.

À l’époque, il affirmait devant les perspectives offertes par un marché du disque déclinant que ce serait sans doute son ultime effort. "J’ai saisi cette opportunité qu’on m’offrait de refaire un album. C’était une année où je n’avais pas beaucoup de travail, alors j’ai foncé, et j’ai mis un an à le faire. Ça devait être ma destinée de faire des disques ! Ça me met dans des angoisses pas possibles, mais ça me plait. Il a plus de spontanéité, je ne me suis pas posé de question et j’ai quasiment tout joué. J’ai appris énormément avec ce disque. C’est un instantané. Dans un album, tu peux faire des erreurs, mais ça reste un moment de vie."

Comme il le précisait également, faire de la musique aujourd’hui, pour des auteurs-compositeurs interprètes qui sont en dehors du circuit du marketing et de la mode, relève de l’artisanat. "C’est un peu plus que de l’artisanat, parce qu’Alf me donnait quand même quelques conseils avant de mettre la main dans ma pâte." Alf Briat (Air, Phoenix, Charlotte Gainsbourg…) a mixé les pistes enregistrées à la maison par Arnold Turboust. "Ça m’a mis en confiance. Il a apporté la dernière touche, puisque j’ai tout fait chez moi, tout seul."

Les mots et la musique

Dans cette entreprise autarcique, on remarque une aisance du compositeur avec les mots. Jeux de sens gainsbourriens, métaphores, vocabulaire un peu suranné : la langue coule avec grâce sur les lignes mélodiques. "J’écris tout désormais, par la force des choses. C’est un plaisir de faire coller des mots à la musique. Je jette beaucoup, mais ça vient quand même facilement, même si je reste plus un mélodiste."

Il n’hésite pas à mettre des "horreurs" dans la bouche de Barbara Carlotti, seule rencontre de l’album, qui chante les MST de sa voix opératique sur Mon bel oiseau "Des crêtes de coq comme seul souvenir, plus un gonocoque, j’ai failli mourir" ! "Cette chanson devait figurer sur une compilation, montée par Jean-Emmanuel Deluxe ; il m’avait proposé Barbara pour la chanter. Elle est comme un rossignol, j’aime son univers, et d’ailleurs dans ce duo, c’est surtout elle qui chante."

Cet album d’apparence modeste recèle des trésors mélodiques, dans une couleur un rien éthérée, réminiscente de l’époque des grands arrangeurs sixties, Turboust y fait montre de ce talent particulier pour la chanson pop dans son essence la plus pure : des refrains immédiatement assimilables, des phrases qui s’insinuent dans la mémoire, et par-dessus tout une musique totalement "confortable". Un sentiment certes un tantinet démodé. "Démodé, ça veut dire avoir été à la mode, mais je le prends plus pour ma volonté de mettre en lumière la chanson du même nom, et parce que j’aime la phonétique du mot. Je revendique d’être démodé !"

 

Arnold Turboust Démodé (Monte-Carlo Records/Dist. Rue Stendhal/Believe Digital) 2010