Jenifer, libre comme l’air

Jenifer joue la provoc' et s’affranchit de son image avec Appelle-moi Jen, son quatrième album studio. Elle y incarne une noceuse noctambule et désabusée, qui nous embarque sur des dancefloors électro-pop et nous invite à nous méfier des apparences, entre insolence et fantaisie.

Nouvel album, Appelle-moi Jen

Jenifer joue la provoc' et s’affranchit de son image avec Appelle-moi Jen, son quatrième album studio. Elle y incarne une noceuse noctambule et désabusée, qui nous embarque sur des dancefloors électro-pop et nous invite à nous méfier des apparences, entre insolence et fantaisie.

RFI musique : Alors que votre disque précédent, Lunatique, révélait des accents presque ska, Appelle-moi Jen est résolument tourné vers les dancefloors tendance années 80. Pourquoi ce virage ?
Jenifer : J’avais envie de nouvelles sonorités pour cet album. Il reste très pop, les synthés et les influences 80’s créent le changement que je recherchais sans qu’il soit trop radical. J’avais également besoin de retrouver un son un peu rock, en mélangeant des guitares, ou parfois plus aérien sur certains morceaux, comme Le Risque, qui est une chanson plus éthérée et planante.

L’envers du paradis rappelle Etienne Daho, et Les Autocollants, Luna Parker. Quels artistes ou ambiances de cette époque vous ont inspirée ?
La musique des années 80 ne me touchait pas auparavant, car je n’étais pas sensible aux grosses machineries et à tout ce qui était synthétique. J’y suis venue plus tard en me rendant compte que c’était celle qui me faisait le plus danser. J’en avais aussi envie pour la scène, pour que le public puisse s’évader un moment en dansant. J’ai fait les bonnes rencontres pour aller au bout de cette idée-là, sans penser à un artiste en particulier. En revanche, Pierrick Denin et Pierre Guimard, qui ont réalisé l’album, ont eu l’idée d’un clin d’œil à Stevie Wonder, dont je suis fan, et ont ainsi fait appel au groove de Jean-Max Méry au clavier pour le morceau Le Dos tourné.

Avez-vous de nouveau participé à la composition des morceaux ?
Je me suis encore plus investie pour cet album-là. Je savais où j’avais envie d’aller, et suis partie en séminaire musical avec les compositeurs que j’avais choisi. J’ai joué un peu le "chef d’orchestre" au niveau de la réalisation, et ai surtout participé aux arrangements. Lorsque j’ai écouté pour la première fois le titre Je danse, par exemple (signé par Chat, Siméo et Florent Lyonnet du groupe Jamaica), il était réalisé d’une manière totalement différente. On l’a donc tordu pour l’emmener où on voulait.

Comment avez-vous choisi les chansons de l’album ?
On m’a envoyé énormément de chansons et j’ai essayé de faire le tri au coup de cœur. J’ai craqué sur certaines plumes, qui m’ont inspiré une interprétation différente et dont je sentais que les syllabes allaient bien sonner. Je ne voulais pas de textes trop intellos car ça ne me correspondait pas et ça aurait mal collé au niveau de la musique. Je voulais que les gens puissent les comprendre dès la première écoute, sans que ce soit ultra léger non plus.

Vous parlez d’amour, de trahison, de mensonges, mais aussi de séduction et d’indépendance, avec des titres comme Pole Dance et Pas que ça à faire, qui se suivent sur l’album. S'agit-il d’une revendication féministe ?
Je ne voulais pas forcément parler d’amour au départ, et finalement je ne fais que ça ! C’est difficile de ne pas en parler car c’est un thème assez fédérateur, mais je le fais d’une autre manière. Il y a un côté joueur qui me correspond davantage. Je suis plus taquine à l’égard des garçons dans ce disque-là que dans les précédents, et, si je me retrouve dans certains textes, le poing levé "girl power" n’est pas mon truc pour autant.

N’avez-vous pas peur de dérouter le public en prenant une telle direction musicale ?
Cet album est encore différent et les personnes qui me suivent peuvent ne pas adhérer à la musique que je leur propose. J’aime m’amuser en studio, explorer d’autres univers et me nourrir de ça. Alors je ne regrette pas de prendre ce risque car je suis allée au bout de mes convictions. Je fonctionne au jour le jour artistiquement, et j’ai soif d’apprendre en permanence. Chacun de mes albums correspond aussi à un âge, avec ses "envies du jour".

Vous avez fait vos premiers pas sur les planches il y a un an (dans Les Monologues du Vagin d’Eve Ensler ndlr), et confiez aujourd’hui la scénographie de votre tournée à Cyril Houplain, qui est le créateur de l’univers visuel de Matthieu Chédid. Est-ce pour créer sur scène un nouveau personnage ?
Je veux proposer quelque chose d’original au public qui se déplace pour nous voir, et les faire participer, sans me contenter d’un décor posé. D’où l’envie de me confier à un metteur en scène pour qu’il me fasse jouer. Ce concept me permet de me surprendre aussi et de me prêter encore plus au travail d’interprète. On sera nombreux sur cette tournée et il y aura un véritable jeu de scène avec les musiciens. Une de mes amies, Sandra Derlon, qui est multi-instrumentiste, jouera notamment la comédie. Les anciens morceaux seront également revisités afin de les faire redécouvrir.

Votre tournée précédente s’est achevée par une série de concerts à Libreville, au Gabon. Vous reprenez la route avec cet album d’avril 2011 à juin 2012, allez-vous renouveler l’expérience ?
Je l’espère. J’aime l’Afrique et si je peux aller jouer sur des scènes différentes et atypiques j’y vais sans réfléchir. Quand on m’a proposé de jouer au Gabon, j’ai foncé car c’est un pays que je connaissais déjà, j’y étais allée à plusieurs reprises. Mon père a travaillé là-bas dans mon enfance, et, si je n’y ai vécu que trois mois, je suis tombée amoureuse de ce pays, des gens, des rencontres que j’y ai faites, et j’y retourne souvent en vacances. On est en train de structurer la tournée, la première vague de concerts est annoncée et rien n’est encore fixé à l’étranger. Mais l’envie reste présente et l’échange avec le public y est très intense et complètement différent encore !

Jenifer Appelle-moi Jen (Mercury) 2010
En tournée à partir d’avril 2011.
En concert les 19 et 20 mai 2011 au Trianon à Paris.