Fred Fortin sans compromis

Après une collaboration avec Thomas Fersen, l’auteur-compositeur-interprète québécois Fred Fortin a concocté son quatrième album Plastrer la lune et l'a présenté tout le long de l'année dernière sur les scènes du Québec. Portrait d’un artiste influent, mais toujours en marge, largement récompensé lors de la dernière édition du GAMIQ*.

15 ans de chanson rock en français

Après une collaboration avec Thomas Fersen, l’auteur-compositeur-interprète québécois Fred Fortin a concocté son quatrième album Plastrer la lune et l'a présenté tout le long de l'année dernière sur les scènes du Québec. Portrait d’un artiste influent, mais toujours en marge, largement récompensé lors de la dernière édition du GAMIQ*.

Depuis la parution de son premier disque (Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron) en 1996, Fred Fortin est devenu un musicien très respecté au Québec, d’abord pour sa maîtrise de plusieurs instruments (basse, batterie, guitare), mais aussi pour sa polyvalence, son originalité et son authenticité. Toujours en marge des sentiers battus de la chanson et du rock, ses quatre albums solo – sans compter celui de son groupe éphémère Gros Méné (1999) – ont été bien accueillis même s’ils n’ont jamais collé aux courants dominants et au son radio.

Cette notoriété plus underground que grand public, il l’a acquise en tournant beaucoup, et en multipliant les collaborations (dont Galaxie 500, Mara Tremblay, les Breastfeeders et, plus récemment, Thomas Fersen). "J’ai l’impression de ne pas savoir grand-chose et je continue d’apprendre avec chaque groupe. Je me demande toujours pourquoi ça fonctionne, en quoi c’est bien fait. J’essaie de trouver la fibre de chacun, ce qui les motive, les force à créer, explique le musicien originaire de Lac-Saint-Jean. Et c’est de la rencontre que naît un autre 'monstre', finalement!

De Trois Petits Tours à Plastrer la lune

Entre le troisième (Planter le décor) et le quatrième disque, cinq ans se sont écoulés. Né fin 2009, Plastrer la lune serait pu paraître bien avant si le chanteur ne s’était pas lancé dans une grande aventure avec Thomas Fersen : la réalisation de l’album Trois Petits Tours. Fersen l’a approché à Paris, à un concert de la formation Galaxie 500, puis ils se sont revus aux Francofolies de Montréal.

"Thomas m’a demandé de collaborer et m’a envoyé ses chansons ukulélé-voix en mp3. Je lui ai préparé quelque chose en ajoutant les rythmes de batterie, de la basse, de la guitare. Dix jours après, l’album était enregistré au Québec." En tant que bassiste, Fortin a ensuite participé durant un an à la tournée française de Fersen; une période compliquée pour le père de famille, mais très profitable pour le musicien.

De retour au Québec, il a planché sur Plastrer la lune, qui aurait pu être nettement différent sans cette collaboration avec Fersen : "Travailler avec Thomas m’a donné envie de revenir à une forme, à des personnages et à un imaginaire plus chanson. Une façon de faire que j’avais peut-être mise de côté pour l’album précédent.” Par rapport à son prédécesseur, le dernier opus se fait plus chanson folk, la plupart des pièces ayant été composées à la guitare acoustique.

Dans ses textes près de la langue parlée et teintés de l’accent de sa région natale, il raconte plus d’histoires, celles de personnages fictifs inspirés d’habitants de sa région natale (Bobbie, Madame Rose…). On retrouve néanmoins son penchant très rock (Grandes jambes), contrepoint aux chansons plus douces (La merveille masquée), et des influences country.

2010, année charnière

En formule trio, Fortin a sillonné le Québec durant la majeure partie de 2010 pour présenter son album. C’était l’occasion d’explorer le résultat live des nouvelles pièces majoritairement composées dans l’intimité du studio, et la version en groupe de certaines "vieilles nouvelles chansons". “Mumu et Massacre à l’harmonica datent de mes spectacles en mode homme-orchestre il y a sept ans. Mais c’était la première fois qu’elles étaient arrangées pour un band." Avec ses fidèles complices, il a tourné dans plusieurs régions, présentant entre autres un concert "chez lui" dans le cadre du Coup de grâce musical de Saint-Prime, au Lac-Saint-Jean.

Durant ce festival était aussi présenté Face au mur (Yuani Fragata), un documentaire enquêtant sur la spécificité du son des groupes originaires de cette région. Le film s’est métamorphosé en véritable hommage à Fred Fortin et constitue un bel essai sur l’influence qu’il a exercée sur toute une génération d’artistes. "Je n’avais pas vu le film avant la première à Saint-Prime. J’étais entouré de gens que je connaissais, famille et amis, raconte le musicien. C’est touchant et j’aime que ce film permette de garder une mémoire de ce qui s’est fait. Mais pour moi, le "son du lac" vient surtout des États-Unis. J’écoutais beaucoup de rock américain à cette époque-là [les années 1990], comme les Melvins. Je pense que ça a beaucoup influencé notre son et notre intention."

Depuis que la tournée est terminée, il "marine dans le studio" pour travailler à la création de nouvelles pièces. "Je veux repartir sur une autre piste : travailler à partir des grooves. Ça fait longtemps que je n’ai pas composé comme je le faisais avec Gros Méné. Travailler les textures de son, la substance, la fibre rock."

*GAMIQ : Gala alternatif de la Musique indépendante du Québec. Prix de l'Auteur-compositeur de l’année et de l'Album chanson de l'année 2010 pour Fred Fortin

Fred Fortin Plastrer la lune (C4 Productions) 2009