Debademba, la famille réunie

Debademba, c’est la grande famille en bambara. C'est l’histoire d’une rencontre faite du côté de Belleville, entre un guitariste du Burkina Faso, Abdoulaye Traoré et un chanteur de Bamako. Présentations alors que sort leur premier album.

Premier album éponyme

Debademba, c’est la grande famille en bambara. C'est l’histoire d’une rencontre faite du côté de Belleville, entre un guitariste du Burkina Faso, Abdoulaye Traoré et un chanteur de Bamako. Présentations alors que sort leur premier album.

Rendez-vous dans un bar de Belleville, le quartier où Abdoulaye Traoré habite depuis cinq ans. C'est ici même que l’aventure Debademba a commencé en 2002. Cette année-là, ce guitariste né en 1971 au Burkina Faso choisit de poser ses bagages à Paris, après des années à écumer les scènes d'Afrique de l'Ouest.

Autodidacte, il a joué avec le chanteur Seika Barou, puis avec le percussionniste Adama Dramé à Bouaké, avant de rejoindre les Go de l’Ensemble Kotiba, une des nombreuses déclinaisons du ballet national d’Abidjan où il demeura plusieurs années. "Tous les artistes africains passaient à Abidjan. Ça m’a aidé à développer ma musique autrement." Jusqu’à ce que la Côte d’Ivoire s’enlise dans la crise. Il est grand temps pour Abdoulaye Traoré de poursuivre sa propre route. C’est le tout début de l’aventure de Debademba. "La famille" en bambara, traduisez plutôt au sens extralarge, celle des artistes.

Une rencontre au diapason

Retour à Belleville où Abdoulaye Traoré a fréquenté la nuit parisienne, de La Bellevilloise au French Kawa, histoire de roder le répertoire original de Debademba. Il y a fricoté avec la scène afro, d’Hindi Zhara qu’il accompagna plus d’une fois, à Fatoumata Diawara qu’il convie deux fois sur son premier disque.

"Pendant des années j’ai composé pour ce groupe, mais il manquait juste un chanteur pour pouvoir enregistrer un vrai album." Comme par hasard, à ces mots-là, apparaît Mohamed Diaby dans l’embrasure de la porte du bar. "Sa mère, la griotte ivoirienne Coumba Kouyaté, n’arrêtait pas de me parler de ce fils qui avait une voix exceptionnelle. Je ne savais pas si c’était du griottage." Abdoulaye sera vite convaincu par le jeune chanteur, débarqué en 2008 de Bamako où il vient de remporter l’équivalent de la Star Academy avec son "tubesque" Zouloukalanani.

"On s’est parlé et l’affaire était faite", se souvient le jeune homme à la voix de velours qui avoue d’emblée sa faiblesse pour "Michael [Jackson, ndlr]. J’en donne des versions en bambara". Fan de Stevie Wonder et Salif Keïta, Céline Dion et Sékouba Bambino, "et même des musiques arabes", il a beaucoup pratiqué les baptêmes et mariages. "Mais je voulais m’éloigner de l’univers griot en créant mon propre style : la vibe américaine dans le mandingue."

Au diapason, Abdoulaye assure avoir trouvé le complément qui lui manquait pour peaufiner sa formule : "Mohamed est incroyable ! On bosse bien et tout va très vite. Sur mes morceaux, il ajuste ses mots." L’un à la guitare, l’autre au stylo, ils vont ainsi procéder pour composer le répertoire du disque qu’ils enregistrent en mars 2010 sur Chapa Blues, un label connecté grâce à Victor Démé, "vieil ami de Bobo Dioulasso". Le disque en boîte, ils continuent d’écumer les scènes parisiennes, où la rumeur enfle. Ils attisent les nuits "surchauffées" de l’Olympic Café, ils agitent le Bal de l’Afrique Enchantée, une aventure à laquelle les deux compères participent dès la première, en avril 2010.

Un groove africain

Dans ce bal à l’ancienne, les deux têtes de Debademba ont aussi pu tester et faire approuver leur originalité à travers Agnakamina, un afro-funk boosté qui sera plébiscité par le public "enchanté". Ce thème qui aborde les problématiques panafricaines est l’un des sommets du disque, des plus éclectiques, tout à la fois acoustique ou plus électrique. "J’avais envie de montrer la diversité de la tonalité africaine, principalement basée sur la pentatonique du Wassoulou" insiste Abdoulaye, qui passe avec aisance de la guitare à la mandole.

Afro-rock et blues folk, échos arabo-andalous et évocations du Wassoulou, leur style puise à l’évidence dans de nombreuses sources d’influences, comme sur Ma, hommage à la mère d’Abdoulaye, et Takama, célébration de l’art de la rencontre, "la base de l’esprit Debademba".

"On fait avant tout du groove africain", résume Mohamed qui du haut de ses moins de 25 ans chante les louanges des valeureux guerriers sur Kiefali, un titre en souvenir des Africains déportés, et salue la mémoire de Thomas Sankara, l’exemplaire Président qui fut exécuté alors que le chanteur était tout juste né. Ce jour-là, en 1987, Abdoulaye Traoré se souvient avoir pleuré. "C’est un modèle que nul Africain ne doit oublier." Voilà pourquoi il a tenu à placer en conclusion de ce premier disque cette chanson habitée par le fantôme de Sankara, lors d’un discours panafricain. "Ecouter sa voix me fait du bien. C’est une grande leçon de responsabilité, de fraternité et de modernité, quand tu vois ce qui passe en Côte d’Ivoire."

Debademba Debademba (Chapa Blues/Naïve) 2011