L’expérience jamaïcaine de Takana Zion

Pour son troisième album intitulé Rasta Government, le chanteur guinéen Takana Zion a trouvé à Kingston, sur l’île de Bob Marley, cette atmosphère de spontanéité qu’il affectionne tant et qui occupe une place centrale dans sa démarche artistique.

Une semaine fructueuse pour le rasta guinéen

Pour son troisième album intitulé Rasta Government, le chanteur guinéen Takana Zion a trouvé à Kingston, sur l’île de Bob Marley, cette atmosphère de spontanéité qu’il affectionne tant et qui occupe une place centrale dans sa démarche artistique.


RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a amené à enregistrer cet album à Kingston, sur la terre natale du reggae ?

Takana Zion : Lorsque mon précédent album Rappel à l’ordre est sorti en France en 2009, je l’ai sorti aussi en Guinée, comme d’habitude, et j’ai invité toute mon équipe à cette occasion. C’était un moment difficile parce que 200 jeunes venaient d’être tués, le 28 septembre, et malgré cela tout le monde est resté avec moi pour essayer de transformer ce moment douloureux en joie. On a organisé un concert sur la plage de Taouyah et une partie des recettes a été reversée aux victimes. Après avoir accompli ensemble une telle mission, Sam Junior Clayton, un Jamaïcain avec qui j’avais commencé à travailler et qui est membre des Mystic Revelation of Rastafari, a eu envie que l’on fasse un projet en Jamaïque.Était-ce un voyage que vous aviez imaginé faire depuis longtemps ?C’est un rêve qui s’est réalisé. J’ai une attirance particulière pour la Jamaïque à cause de la musique mais surtout à cause du mouvement culturel et spirituel rasta. Sur place, j’ai fait attention à ne pas céder à l’excitation et à rester concentré sur ce que je pouvais réaliser. Dieu a mis sur ma route les hommes qu’il fallait, comme le batteur Sly Dunbar qui a accompagné des artistes comme Peter Tosh ou Dennis Brown. On a enregistré tout l’album en une semaine.Comment avez-vous travaillé avec les musiciens jamaïcains qui jouent sur Rasta Government ?Le reggae vient de la Jamaïque, donc les musiciens là-bas ont ça en eux. Je jouais sur le clavier l’idée que j’avais de la chanson, ensuite ils me proposaient une intro et ça démarrait directement. Ils savent reconnaître le style d’artiste que tu es, l’énergie que tu transportes dans ta voix, ta manière de vibrer et ils te proposent les notes en fonction de tout ça. Ça m’a beaucoup touché. Je souhaite à tous les musiciens et chanteurs de reggae de partager la même expérience.

Quel souvenir gardez-vous de votre duo avec le chanteur Capleton sur la chanson Glory ?

Avant d’aller en Jamaïque, un de mes amis m’avait dit qu’il avait parlé de moi à Capleton, mais je pensais qu’il voulait juste me faire plaisir. Une fois là-bas, lorsque je suis allé au festival Rebel Salute où se trouvait Capleton, j’ai demandé à son entourage si je pouvais le rencontrer. On s’est donc vu et il m’a dit qu’on lui avait effectivement parlé de moi. Il nous a invités chez lui et il nous a bien reçus. On a vu ses parents et tous ceux qui vivent autour de lui. Pour Glory, on a parlé d’un sujet et je voyais des "frères" autour de lui qui l’aidaient à trouver les paroles. Il leur disait que c’était bien ou qu’ils pouvaient faire mieux. Les mots sont venus petit à petit. Après, il mémorise tout et va dans le studio pour commencer à chanter. Ça va très vite.Est-ce une façon de faire qui vous correspond aussi ?Je n’ai jamais pu écrire un texte. Chaque fois que j’essaie, je n’arrive pas à trouver la deuxième phrase. Je travaille de la manière la plus orale. En général, je commence par le titre du morceau dans ma tête et je cherche comment je veux parler du sujet. Une fois que la musique est jouée, j’ai suffisamment d’idées pour les canaliser et les poser. J’ai tellement pratiqué cette méthode-là que je réagis spontanément et souvent, ça va dans le sens que je souhaite. Tous mes albums ont été enregistrés de la sorte.

Takana Zion Rasta Government (Soulbeats/Socadisc) 2011