Vaudou Game et les esprits afro funk

"Kidayu", l'album de Vaudou Game.

Avec ses claviers vintage, ses guitares funky et ses cuivres accrocheurs adaptant les chants traditionnels issus de l’ancien royaume du Dahomey, Vaudou Game s’est façonné une identité artistique qui combine la forme et le fond. Deux ans après Apiafo, le nouvel album intitulé Kidayu s’appuie sur les mêmes bases et approfondit la démarche. Entretien avec le Togolais Peter Solo, fondateur et leader de la formation basée en France, à Lyon.

RFI Musique : Comment ce nouvel album s’articule-t-il avec le précédent, qui a révélé Vaudou Game ?
Peter Solo :
Kidayu est plus funky, plus concentré que le premier, qui avait servi à défricher. Les textes sont plus engagés, comme celui de Don’t Go qui parle des pépés et mémés qu’on met à la maison de retraite, à la frontière de la mort, alors que ceux-là sont des bibles pour nous donner des conseils. On a mis les anciens de côté. Ils se parlent entre eux, mais nous on doit bénéficier de leurs ressources. La différence est aussi dans le son : les morceaux sont plus clairs. Il y a davantage de français et d’anglais. Même si j’aime beaucoup ma langue, je ne veux pas m’enfermer : je veux parler à mon voisin. Tout le monde dit que le français n’est pas rythmique, mais il faut écouter Gainsbourg, Léo Ferré ! Cette langue est belle. Il faut savoir la tourner, choisir les mots. Les artistes sont des fabricants !

Qu’est-ce qui sert de moteur de Vaudou Game ?
On a fait plus de 200 concerts, mais on n’a pas quitté l’objectif. Pourquoi fait-on ce travail ? Pour parler du bienfait de la nature, du vaudou. On a une mission. Ce n’est pas la musique pour la musique. Pas comme ce que je faisais avant. Je me cherchais.  Il a fallu réapprendre musicalement et intellectuellement, pour avoir à dire. J’ai vu le regard que les gens portent sur le vaudou, qui vient de chez moi, et je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser considérer comme quelque chose de maléfique, de diabolique. Et j’ai voulu montrer ce que le vaudou, né dans le royaume du Dahomey, peut apporter à un Occidental du 21e siècle, qui vit dans le stress, le matérialisme. C’est un engagement. Ce n’est plus de la musique folklorique, parce qu’on vient d’Afrique. Non. On a quelque chose dans le ventre, on n’arrive même pas à dormir la nuit, parce que la nature est en train de pleurer. Si on n’a rien à dire, il faut se taire.

Mais n’alimentez-vous pas en même temps l’image d’un folklore vaudou ?
Je ne suis pas dans la brousse, je vis à Lyon. Et je suis entouré de musiciens blancs, français, qui font de la musique funk, avec une influence afro. Je suis moderne, et le vaudou est plus moderne que jamais. Quand tu vas au Togo, ou au Bénin, il y a toutes les religions : catholiques, protestants, musulmans… On n’a jamais fait sorti les machettes. Le vaudou est une culture de paix, une philosophie d’amour et de tolérance. Universelle, puisque le vaudou se trouve en Haïti, à Cuba, au Brésil, aux États-Unis, parti au 16e siècle de ma région. Aujourd’hui, la façon dont la nature se porte ne peut pas me laisser indifférent. J’ai une dette envers cette nature qui me nourrit, qui m’habille, et qui me soigne tous les jours et peut décider de mon sort. C’est à elle que je dois ma vie, que je vais rendre compte un jour. Tant que je suis là, je vais la défendre, comme nos ancêtres l’ont fait.

Quelle est la spécificité musicale de Vaudou Game ?
Quand on écoute les harmonies des cuivres, elles sont particulières. Elles viennent des rituels, des cérémonies vaudou. Mais chez nous, il n’y a pas d’instruments traditionnels comme la kora ou le balafon : seulement les voix et les percussions. Le travail que j’ai fait consistait à transposer ces harmonies chantées pour les instruments modernes, les rejouer telles qu’elles sont pour créer une gamme et des accords composés. Ce sont ces deux gammes-là qu’on utilise pour les cuivres et la musique de Vaudou Game.

Vous avez joué il y a quelques jours au Japon, dans le cadre de la 25ème édition du festival Sukiyaki. Quel regard porte-t-on là-bas sur le vaudou ?
Pour les Japonais, c’est un peu la même chose que la pratique du Shinto, qui est proche de la nature. L’harmonie entre les humains et la nature, la croyance en la nature, c’est un message qu’ils connaissent déjà, ce n’est pas étrange pour eux. Le Japon a pu garder la tradition avec la modernité. A Tokyo, dans les appartements, tout le monde a son temple pour prier. Ils ont cette ressource-là qui fait leur équilibre, alors qu’on l’a perdue en Europe de l’Ouest. On croit que les deux ne peuvent pas aller de pair.

Vous aviez participé aux 20 ans de ce même festival, avec la création Sukiafrica, qui réunissait aussi la Zimbabwéenne Chiwoniso, décédée en 2013, et le Camerounais Erik Aliana. Avec le recul, que pensez-vous en avoir retiré ?
Ça m’a apporté l’ouverture, l’échange et le partage. On était là pour représenter l’Afrique, pas l’image de nos pays respectifs. Ça a porté mon regard plus loin, ça m’a donné du courage et de la rigueur dans ce métier. Des gens qui viennent de très loin m’ont fait confiance, moi qui viens d’un petit pays que personne ne connait. Je ne voulais pas les décevoir.

Vaudou Game Kidayú (Hot Casa records) 2016

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