50 ans de succès pour Vladimir Cosma

Vladimir Cosma. © DR

Lors d’une mini-tournée avec l’Orchestre National de Roumanie – 150 artistes sur scène, le compositeur Vladimir Cosma célèbrera ses "50 ans de succès", avec ses plus grands tubes. L’occasion de revenir avec lui sur son époustouflante carrière et le secret de ses créations. Rencontre.

Le violoniste, compositeur de musiques de film et chef d'orchestre Vladimir Cosma nous reçoit chez lui, un bel appartement du XVIe arrondissement parisien. Ici, dans l’une de ses innombrables pièces, trône le piano à queue, où le maestro, d’origine roumaine, 76 ans, compose. Là règne un meuble de bois fabriqué sur mesure, qui contient d’immenses chemises cartonnées. Sur chacune ? Des titres, tels Le Père Noël est une ordure, La Boum, L’Aile ou la cuisse, Les Aventures de Rabbi Jacob, etc. Le compositeur aux 300 musiques de film, grand créateur de tubes (Reality, Destinée), ouvre ses partitions originales : dans l’air, toutes ces bandes-son mythiques, et leurs images s’envolent ! Pour le cinéma et la musique français, Vladimir Cosma reste un mythe.

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Vladimir Cosma : Arrêtez avec ça ! Il s’agit de trucs marketing, d’accroches publicitaires ! Je fais de la musique depuis plus de 50 ans : j’ai donné mon premier concert à huit ans ! Mes producteurs voulaient inscrire "50 ans de carrière". J’ai modifié, in extremis, en "50 ans de succès" – plus juste !

50 ans de succès, donc. De quoi êtes-vous le plus fier ?
J’ai éprouvé des moments de joie intense, comme lors de mon retour de fils prodigue, en Roumanie, après plus de 50 ans d’absence pour raisons politiques : j’y ai joué dans la plus belle salle de Bucarest, où j’allais gamin, émerveillé, découvrir la musique symphonique. Et puis, j’ai adoré me produire au Kremlin, devant 6000 personnes qui faisaient la queue dès le matin…

50 ans de succès… Et les échecs ?
Oh ! Comme tous, j’ai traversé des moments tumultueux. Mais j’ai toujours réussi à transformer mes échecs, jamais définitifs, en victoires ! À Hollywood, circule cet adage selon lequel vous n’êtes pas devenu un grand compositeur tant que l’on ne vous a pas refusé une musique ! Il me manque cette étape : j’ai lutté, sans lâcher… et je n’ai jamais été évincé !

Violoniste de formation classique, pourquoi avez-vous choisi la composition de musiques de film ?
Doté de mon bagage classique, à 13 ans, j’ai découvert le jazz, la musique populaire de mon pays, les chansons françaises, américaines, etc. Pour moi, les musiques de film permettaient de faire converger tous ces styles ! Je veux créer des musiques qui s’adressent au plus grand nombre !

En quoi consiste la composition pour un film ? Comment les sons dialoguent-ils avec l’image ?
La musique, art abstrait, ne saurait être figurative. Elle exprime une émotion, un état d’âme. Elle n’a besoin de rien : elle ne doit pas venir habiller des textes, des images, ni devenir descriptive, redondante. Je pars de la commande, simple déclencheur ; ensuite, la musique sert le film, bien sûr, mais elle doit absolument posséder sa valeur intrinsèque, vivre par elle-même !

Toute votre carrière, vous êtes resté fidèle à la France. Quel regard jetez-vous sur le cinéma populaire hexagonal ?
Après avoir fait le tour du monde, c’est ici que je voulais rester, au plus proche de mes racines européennes, latines. Nul pays n’est parfait, mais la France reste, à mes yeux, une synthèse intéressante ! Sur le cinéma populaire français, je jette un regard admiratif. Enfant, j’adorais De Funès ; j’ai vu quinze fois La Belle Américaine (film de Robert Dhéry, 1961, ndlr), juste pour ses apparitions. Composer la musique de L’Aile ou la cuisse (film de Claude Zidi, 1976, ndlr) ou de Rabbi Jacob (film de Gérard Oury, 1973, ndlr) représentait la réalisation d’un rêve ! J’aime ce raffinement, cette subtilité de l’esprit français, à 1000 lieues des grosses ficelles hollywoodiennes.

Comment travaillez-vous ?
Hors de toute commande, j’écris au quotidien – une gymnastique –, dans mes deux grands cahiers bleus à musique (il sort de ses placards deux énormes "grimoires", plein de notes, d’accords, ndlr), ramenés de Roumanie. Dans leurs pages, se trouvent consignées des milliers d’idées musicales, des bribes de thèmes… La première étape lorsqu’on me commande une musique ? Chercher, avant la mélodie, avant le texte, un "concept", un "angle d’attaque", parfois en décalage avec l’image. Ainsi, pour illustrer Le Grand Blond avec une chaussure noire (film d'Yves Robert, 1972, ndlr), je traquais un thème d’espionnage. L’idée de la flûte de pan roumaine a surgi, entêtante, alors que le scénario mentionnait une bande-son "style James Bond". Pour Un Éléphant, ça trompe énormément (film d'Yves Robert, 1976, ndlr), lorsque Jean Rochefort rencontre Annie Duperey, cette femme rêvée, je voulais créer une vision paradisiaque – j’ai inclus le ressac des vagues et le chant des mouettes. Après, il faut trouver des couleurs,  une orchestration en accord avec la mélodie, etc.

Et pour La Boum ?
Justement, pour La Boum (film de Claude Pinoteau, 1980, ndlr), je désirais un chanteur blanc – les statistiques des slows qui avaient marché ces vingt dernières années révélaient qu’il s’agissait de chanteurs blancs – doté d’une voix sans interprétation, sans pathos, ni vibrato. Pendant plus de six mois, on m’a amené des cassettes… En vain ! Jusqu’à ce que je tombe sur Richard Sanderson : exactement ce que je recherchais !

Vous avez composé de très nombreux tubes ! Quel est le secret de leur fabrication ?
La réussite d’un titre reste très subjective. Quand, pour une commande, je réalise dix ou douze thèmes, je m’arrête parfois sur une création supérieure : une évidence ! Pourquoi ? Mystère. Je ne saurais établir un traité de tubes, mais j’ai cette intuition personnelle qu’il existe des règles dans la composition musicale. Ainsi je considère que plus la mélodie est belle, moins elle se répète : elle avance par séquence. Prenez l’exemple du Boléro de Ravel, cette mélopée infinie, de grandes ampleurs, tissée d’infinies variations. Et puis, un tube doit surprendre avec du "déjà entendu" : une équation compliquée ! Enfin, il y’a cette alchimie, ce supplément d’âme…

Comment qualifieriez-vous la griffe Cosma ?
Je suis toujours étonné quand les gens disent reconnaître ma patte, dès les premières secondes, car je ne vois, pour ma part, aucun rapport entre Diva, La Boum, Rabbi Jacob ou votre film préféré, Le Père Noël est une ordure ! Selon moi, un compositeur de musique honnête exprime ce qu’il a dans son cœur ; il y’a dans mon expression musicale, une sorte d’aveu.

Vladimir Cosma Inédits et raretés (Larghetto Music) 2016

Page Facebook de Vladimir Cosma

En tournée et en concert au Palais des Congrès le 9 octobre