Noura Mint Seymali, une affaire de famille mauritanienne

Noura Mint Seymali. © Joe Penney

Chanteuse à la voix puissante, Noura Mint Seymali revient avec Arbina, son deuxième album. Profondément attachés à la tradition musicale des iggawin, les griots de Mauritanie, la chanteuse et joueuse d’ardine et son mari patinent leur blues du désert, d’arrangement rock et de distorsion. Effet réussi, 10 titres enivrants à découvrir de toute urgence !

RFI Musique : Quels sont les événements importants de votre vie ?
Noura Mint Seymali : Je suis née à Nouakchott dans une famille d’iggawin (de griots mauritaniens). Ma grand-mère, Mounina Mint Aleya, est une chanteuse très respectée en Mauritanie. Mon père Seymali Ould Mohamed Vall est un musicien, formé en Irak, un auteur-compositeur qui a fait connaître la musique de notre pays hors de ses frontières. Quant à Dimi Mint Abba, ma belle mère, elle est une source d’inspiration importante et un mentor pour moi. C’est à ses côtés que j’ai fait mes premières tournées à l’étranger comme choriste. J’ai commencé par apprendre à jouer de l’ardine, un instrument à cordes (12 à 14) qu’on ne trouve qu’en Mauritanie. A 13 ans, conseillée par mes frères, je me suis mise à chanter dans les mariages aux côtés de ma belle-mère. Plus tard, en 2004, avec Jeich Ould Chigaly, mon mari et guitariste, nous avons eu envie de fonder un groupe afin de moderniser notre répertoire. Nous sommes deux griots. Nous partageons le même héritage musical et le même désir de le voir évoluer, de l’ouvrir au monde. Mon père m’a toujours soutenue, encouragée dans cette voie. J’ai le sentiment de prolonger à ma façon son travail d’ouverture. Jeich et moi avons la chance d’arriver à travailler ensemble et d’impliquer dans cette collaboration des musiciens de nos deux familles. Il nous arrive aussi de nous produire aussi séparément - lui avec ses frères, moi avec ma famille.

On parle souvent de tradi-modernité pour qualifier la démarche de musiciens qui comme vous, posent une autre oreille sur des musiques partagées de génération en génération. Est-ce que ce terme vous convient ?  
Une appellation est toujours restrictive. Mais le terme de tradi-modernité résume assez bien ce que nous faisons : un mélange de musiques traditionnelles et de musiques actuelles. Il en va de même pour mes paroles qui comme souvent avec le répertoire des griots, te relient à ton passé, tout en t’aidant à gérer le présent et à envisager le futur. Sur Arbina, notre nouvel album, il est question de Dieu, d’Allah, de foi et de dévotion. C’est la base de notre création musicale. Nous sommes musulmans et notre musique est intimement liée à notre spiritualité.  

Arbina est votre  deuxième album qui sort à l'international ?
J’ai enregistré plusieurs albums diffusés en Mauritanie. La parution sur Bandcamp des EPs Azawan en 2012 et Azawan II, l’année suivante, a suscité de l’intérêt hors de nos frontières, nous ouvrant les portes du label allemand Glitterbeat Records. Tzenni, notre premier album pour le marché international est paru en juin 2014.

Il existe sur le net un enregistrement filmé de Richa, un des titres de votre album, où vous êtes accompagné par l’Orchestra of Syrians Musicians…
En 2015, invitée à me produire avec mon groupe au Roskilde Festival (Danemark), nous avons été conviés par Darmon Albarn à rejoindre le collectif Africa Express pour la clôture du festival. Suite à cette première expérience, j’ai été recontacté l’année suivante pour collaborer avec l’Orchestra of Syrian Musicians. Avant le début de la tournée, nous avons travaillé une semaine en résidence à Amsterdam et avons créé une version pour orchestre de Richa. Exposer ainsi la musique mauritanienne m’a permis de comprendre la place qu’elle a dans l’éventail des musiques arabes.

Votre renommée va grandissante en Angleterre comme aux États-Unis. Qu’est-ce qui selon vous, suscite l’intérêt d’auditeurs si éloignés du désert, de son rythme de vie et de ses musiques ?
La connexion se fait par le blues, dont les origines se trouvent en Afrique de l’Ouest et dont les jeunes pousses inspirent les musiques actuelles de ces pays. Forcément, le public qui ne connaît ni nos musiques, ni même souvent où se situe la Mauritanie, trouve là, intuitivement des points d’ancrage. Notre musique  est au service de la paix au Sahel, mais aussi dans toute l’Afrique et dans le monde.

Noura Mint Seymali Arbina (Glitterbeat Records) 2016
Site officiel de Noura Mint Seymali
Page Facebook de Noura Mint Seymali