NoJazz, le groove à facettes

NoJazz. © Jean-Louis Paris

Apparu au tournant des années 2000 en plein boom électro-jazz, NoJazz revient avec un nouvel album Soul Stimulation, puisant autant dans l’électro que dans le funk des années 1980. Combo composite (soit un DJ déjanté, un batteur qui connaît la chanson, un chanteur qui ne manque pas de soul, et deux cuivres étoilés), le groupe suit simplement l’humeur du moment. Rencontre.

RFI Musique : Votre dernier album Live au Sunset était un live. Il faut remonter à 2009 pour trouver trace d’une sortie studio. Pourquoi une si longue parenthèse ?
Philippe Sellam (saxophoniste) :
Parce qu’on a voulu se remettre un peu en question. Il fallait évoluer, ne pas "refaire" du NoJazz comme on l’avait déjà entendu. Ce n’était bon ni pour nous ni pour le public. D’où un petit break pour chercher de nouvelles directions, et finalement rencontrer Jeffrey, notre chanteur. Avant, il y avait plus de rap que de chant dans nos morceaux. Là, on change vraiment de cap. C’était aussi un risque.

Sylvain Gontard (trompettiste) : Il y a quand même eu un consensus autour de cette question. Enfin, ça l’est devenu, car au départ, ce côté chanson était aussi source d’inquiétudes.

La chanson est-elle une forme d’expression moins naturelle lorsque l’on vient du jazz, comme c’est le cas d’une partie du groupe ?
PS :
C’est moins mon monde, c’est certain. Je suis plus dans l’instrumental. J’ai donc laissé faire ceux qui savent, en apportant des choses écrites aussi, évidemment.

SG : Philippe et moi venons du jazz, mais Balat’ [Philippe Balatier, DJ et clavier ; NDLR] vient de l’électro, Bilbo [batteur ; NDLR] de la chanson. Ce qui ne nous empêche pas d’écouter plein de choses. Soul, funk, rap, classique, jazz…Jeff, c’est la personnification de cette envie qu’on a tous envie d’aller dans une même direction.

Cette direction vers plus de chansons, rime-t-elle aussi avec la soul revendiquée dans le titre de l’album ?
PS :
C’est l’apport de Jeffrey. On est clairement sur ses plates-bandes, et ça n’est pas pour nous déplaire ! Charge à nous de le faire un peu sortir de sa route. Mais il s’est vite adapté.

Justement, de la même manière que NoJazz ne fait pas du jazz stricto sensu, la soul du titre n’est-elle pas aussi une fausse piste ?
PS :
On ne veut pas adhérer à 100% à un style, mais se l’approprier. Le déformer, l’amener vers ce qu’on est, au fond de nous. Donc effectivement, quand on fait de la soul, ce n’est pas de la "vraie" soul.

En tous cas, ce n’est pas la soul qui ressuscite l’âge d’or du genre, comme le font de nombreux artistes des deux côtés de l’Atlantique comme Lee Fields, les Dap Kings, Electro Deluxe…
SG :
On ne cherche pas à plagier quoi que ce soit. C’est justement ce débat que l’on a eu lors de la genèse de l’album. On est dans une démarche de recherche, mais pas de recherche de résultat immédiat ou facile. Je pense qu’on arrive à rester intègre. Par rapport à ce qu’on a envie de faire et d’entendre.

Plus que la soul, votre album louche vers le funk des années 80. Une inspiration partagée par d’autres noms en vogue : les Américains Anderson Paak ou Bruno Mars pour ne pas les nommer…
PS :
Ça ne nous laisse pas insensibles : écouter les autres, ça donne toujours des idées. Mais ça ne veut pas dire qu’on va les copier. Ces artistes que vous citez ont peut-être déclenché une envie chez nous.

SG : Il y a aussi le fait d’avoir laissé volontairement notre travail nous échapper en le confiant à un DJ, Atom [membre de C2C ; NDLR], à qui on a laissé les clés. On s’est un peu attaché les mains dans le dos. Le dilemme, c’était de se dire : "Moi, je n’aurais pas fait comme ça", et en même temps de lui faire entière confiance.

PS : Le son, c’est un métier ! Ce que je veux dire, c’est que l’oreille d’un musicien, au sens instrumentiste, n’est pas automatiquement en phase avec le son d’aujourd’hui, hyper sophistiqué. C’est surtout le cas dans l’électro. Moi, musicien, je ne vais pas m’installer derrière les manettes : ce n’est pas mon boulot. De la même manière, on n’a pas demandé à Atom de se mettre au sax.

En France, on a peu cette habitude de faire confiance à un producteur, au sens américain du terme : à savoir quelqu’un qui va gérer le son du groupe, et ici, de l’album. On veut souvent tout contrôler de A à Z et on se plante souvent, à au moins une des étapes. Lorsque l’on trouve la bonne personne, on peut lui remettre le bébé dans les bras. Ça l’a été avant avec NoJazz. De toute façon, même si on était tous les cinq derrière la table de mixage, on n’arriverait pas à être d’accord : c’est la loi des groupes. À partir du moment où il n’y a pas un leader, soit il y a débat pendant des heures, ce qui arrive régulièrement avec nous. Soit il y en a un qui dit : "Ok, allez-y, mais je vous préviens : c’est nul !"

NoJazz Soul Stimulation (Pulp Music) 2016

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