BélO, un anniversaire pour l’exemple

BélO. © Frédéric Dupoux

Dix ans après son premier album qui lui avait permis de remporter le prix RFI Découvertes, le chanteur haïtien BélO revisite dans une forme acoustique une dizaine de titres de son répertoire sur le double album baptisé Dizan, où il a convié une vingtaine d’artistes de son pays.

RFI Musique : Est-ce que votre approche de la musique, que ce soit dans la façon de la penser ou de la faire, a changé en dix ans ?
BélO : Elle a beaucoup évolué. D’abord parce que je n’avais pas la même expérience. Puis avant, il fallait écrire et composer avant d’aller en studio pour voir ce que ça donnait, alors qu’aujourd’hui, j’ai un studio à la maison. Quand je travaille sur un album, je ne suis pas obligé d’attendre pour commencer à donner forme à mes écritures et mes mélodies. Et avec Internet, on a plus de facilités à travailler avec d’autres musiciens qui ne sont pas nécessairement dans le même pays : ils étaient à Montréal, à Paris, à New York, tandis que moi je suis resté en Haïti.

Mais n’est-ce pas plus compliqué de leur expliquer à distance ce que vous attendez d’eux, en comparaison du travail en studio en équipe qui semble plus interactif ?
Ce sont des musiciens avec qui j’ai l’habitude de travailler. Dizan est plus un album-compilation, il n’y a pas de nouvelle composition. Ce sont des chansons qui figurent sur mes quatre premiers albums et qui ont été reprises en acoustique. Les musiciens connaissaient les chansons, on les a jouées souvent ensemble et on a juste décidé quelles orientations, quelles couleurs on allait leur donner. Internet m’a permis de le faire sans devoir me déplacer avec les disques durs.

Dizan se décompose en deux CD. Ce sont les mêmes chansons, mais sur le premier volet vous êtes seul au micro tandis que sur le second vous avez invité au total une vingtaine d’artistes haïtiens à vos côtés. Est-ce l’idée que vous aviez au départ ?
C’est venu en cours de chemin. L’idée originale était de sortir un premier album tout seul d’abord, et le même avec des invités un an après pour clôturer les célébrations, puisque je voulais fêter les dix ans de BélO sur douze mois, d’août 2015 à août 2016. Mais, pour plusieurs raisons, en particulier la situation politique, ce n’était pas possible : avec l’élection présidentielle en août 2015, on ne pouvait pas sortir l’album. J’ai profité de ce temps-là pour enregistrer avec les 22 invités qui sont sur l’album et le sortir. On n’allait tout de même pas fêter les dix ans l’année des douze ans !

Pourquoi était-ce si important pour vous de célébrer ces dix années de carrière depuis le premier album ?
Dans un pays comme Haïti où il n’y a pas toujours de continuité dans les projets, il était important pour moi de dire à la jeunesse de mon pays que, malgré les difficultés, j’ai tenu dix ans et je suis encore là. Les gens en Haïti ne s’étaient pas forcément rendu-compte que dix ans s’étaient écoulés, et ce disque leur en a fait prendre conscience. Je voulais le marquer de cette manière-là.

Comment avez-vous sélectionné les chansons que vous avez reprises pour Dizan ?
En fonction de plusieurs critères : les textes, les thèmes traités... Je ne voulais pas faire un album à 100% engagé ou à 100% social, donc j’ai aussi chanté l’amour. En fonction des grilles d’accord aussi : je ne voulais pas que tout sonne en la mineur ou en sol. Quitte à faire des concessions : on aurait aimé avoir certaines chansons sur l’album, mais je ne les ai pas choisies, tout simplement parce qu’il y en a une autre sur la même tonalité ou qui traite plus ou moins du même thème. Je voulais donner une vue globale de mon répertoire. Et d’autres ne pouvaient pas être mises de côté, comme Lakou Trankil, qui a marqué ma carrière. Ce n’était pas négociable !

Avez-vous toujours prêté autant d’attention à ces paramètres ?
Si tu regardes les quatre précédents albums, ils n’ont pas les mêmes couleurs. On sent que c’est le même artiste, mais dans d’autres registres. Tu ne peux pas comparer un album à un autre et, sur chaque album, tu ne peux pas comparer une chanson à une autre. À chaque fois, je pars en quête d’une nouvelle sonorité, d’un nouveau sujet, d’une structure musicale différente.

Comment les chansons retenues ont-elles été retravaillées ?
C’est un format dépouillé, la voix est plus en évidence. On chante les chansons différemment, on place les chœurs différemment. Il n’y a pas de synthé, de saxophone, et c’est la guitare qui essaie de garder l’esprit de la chanson. On revient un peu à la case départ : quand on enlève tous les arrangements, tous les cuivres, ça nous renvoie à BélO, dans sa maison, qui chante avec sa guitare, et qui est accompagné par un percussionniste et un bassiste.

Pendant quatre ans, Haïti vient d’avoir un président de la République qui avait été connu d’abord comme chanteur. Est-ce que le terrain politique vous tente ?
Pas du tout. Pour l’instant. Je nuance par prudence, mais sincèrement ça ne m’intéresse pas. On n’est pas obligé d’être président ou politicien pour être un acteur social utile à son pays.

BélO Dizan (Aztec Musique) 2016

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