Watanabe, Héritier de la rumba congolaise

Héritier Watanabe. © Franck Gomez

Ancien membre du groupe Wenge Musica Maison Mère, Héritier Watanabe se révèle en solitaire dans son premier album Carrière d'honneur/Retirada. Grandement poli et fin calculateur, le chanteur veut s'imposer dans le paysage de la rumba congolaise. Rencontre.

Dans une République démocratique du Congo fragmentée, divisée, voire au bord de l'implosion, Héritier Watanabe chante l'amour. Exclusivement. "C'est le socle de tout, c'est la jonction de la démocratie, de la paix, de la liberté, mais aussi de la justice", justifie l'artiste de 34 ans. À l'heure de la crise politique, où certains ne jurent que par les mots "carton rouge", "arrestation" et "violence", il endosse sans complexe le rôle de poetic lover. Dans le titre B.M extrait de son premier album solo Carrière d'honneur/Retirada, le Casa Nostra au beau minois conte, en lingala, des histoires à faire rougir les filles : "Le cœur est blessé, va chercher une solution/ L'amour que je t'ai donné, il fallait le garder au fond de ton cœur, mais tu l'as mis dans le frigo".

Comme dans ses chansons, ses réponses lors de l'interview défilent, précises, sensuelles, polies. Car tout est calculé chez Héritier Watanabe. "Je contrôle tout, tout, tout : où manger, où boire, comment répondre aux gens, comment se comporter. Je veux que ma carrière soit propre", confie-t-il, le doigt pointé en l'air. Un trait de caractère qu'il a forgé dans les jupons de sa mère, peu ou prou autoritaire.

Ce cadet d'une famille de trois enfants voulait devenir footballeur. Il est doué, mais à la maison, "c'était impossible d'emprunter un autre chemin que l'école". Les terrains de foot improvisés dans les rues poussiéreuses du quartier populaire de Kitembo laissent la place à la chorale du collège Saint-Georges qu'il intégra à 14 ans. Sa voix haut perchée est très vite remarquée, mais une fois de plus, sa mère le recentre vers les études. Elle veut qu'il devienne bureaucrate, un point c'est tout !

Une présentation à J.B Mpiana et Werrason

L'effervescence musicale qui règne autour de la maison familiale à Kinshasa le poussera à désobéir. "Deux grands frères, Alain Chinois et Richard Memba, m'ont ramené chez J.B Mpiana", dirigeant de Wenge Musica BCBG, se rappelle Héritier Watanabe, l'œil pétillant. C'est en toute clandestinité pour ne pas éveiller les soupçons de la "nonnette" qu'il se rend chez celui que l'on surnommait le Souverain Premier pour travailler son chant. Même si dans les années 80, "la musique à Kinshasa était considérée comme une activité de délinquants", analyse-t-il.

Six mois plus tard et une chétive confiance en soi, l'artiste en herbe est présenté à Werrason, leader emblématique de l'autre aile du Wenge Musica dite Maison Mère. Le "Roi de la Forêt" convainc la mère qui accepte à une condition : son fils doit d'abord décrocher son diplôme. Le deal est passé. Avec un baccalauréat commercial en poche et des heures de répétition chez Werrason au compteur, l'adolescent de 16 ans intègre l'orchestre et fait ses débuts à la Zamba Playa, le quartier général de Wenge Mère dans la capitale congolaise.

S'il côtoie avec émoi des grands noms comme Ferré Chair de Poule, Adolphe Domigez, Jus D'été ou encore Bill Clinton, le petit nouveau de la bande connait des débuts difficiles au sein du groupe. "J'étais gamin. Je ne connaissais pas le milieu ni le groupe, et on répétait tous les jours. J'ai le souvenir d'une formation dure qui m'a forgé", se remémore Héritier Watanabe, qui commençait déjà à se faire un nom avec notamment le titre Nostalgie enregistré en duo avec Ferré Gola.

Lettre de démission

Les années passent. Après 17 ans de bons et loyaux services, celui qui a été "poussé à faire de la musique" décide finalement de voler de ses propres ailes. "Il a fallu faire ça proprement : une lettre de démission et sortir par la grande porte", précise le père de trois enfants, soucieux de son image.

Aujourd'hui, Héritier Watanabe vit entre Paris et Kinshasa, deux capitales où il répète assidûment tous les jours entre deux séances de cinéma, sa passion. "Quand le travail est supérieur au succès, ça va, mais lorsque le succès est supérieur au travail, c'est pas bon." Son objectif : se façonner une nouvelle image et donner un souffle nouveau à la rumba congolaise, en perte de vitesse face aux mastodontes venus du Nigeria, du Ghana et de la Tanzanie. "Je ne suis pas archaïque, je veux importer du rap, de la trap et même de la variété française dans la musique congolaise."

Mais le surnommé "Wata+" peine à rivaliser avec la coqueluche de Kinshasa : Fally Ipupa, en pleine ascension. "Ce n'est pas le succès qui m'importe, c'est l'œuvre", se démarque l'artiste, sous l'œil avisé de son manager, David Monsoh. Pour marquer les esprits, Héritier Watanabe a prévu de donner un "concert inédit" à l'Olympia en juillet. "Je veux être l'héritier de la musique congolaise", livre-t-il, sourire en coin. Pas sûr que ses chansons romantiques cassent l'armure des combattants "anti-Kabila" qui empêchent la tenue de show d'artistes congolais depuis des années. Mais l'artiste l'assure : un dialogue est en cours.

Héritier Watanabe Carrière d'honneur/Retirada (Obouo Music/Because Music) 2016 / Partenariat RFI
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