La famille InFiné

Indépendant, curieux, exigeant, cosmopolite, versatile, expérimentateur… le label InFiné se laisse guider par les rencontres et les coups de cœur depuis 10 ans. Retour sur cette belle aventure artistique.

Le coup de cœur avait eu lieu le jour de la Saint-Valentin. Alexandre Cazac avait été emmené par sa compagne –pianiste- à un concert de Francesco Tristano. Après avoir interprété Jean-Sébastien Bach ou Pascal Dusapin, le jeune pianiste luxembourgeois se lance dans une réinterprétation de Strings of Life, le classique techno de Derrick May, Tristano ayant  fréquenté quelques clubs new-yorkais durant ses études de piano. "Je semblais être le seul à connaître ce titre. Cette façon iconoclaste de faire se rencontrer des genres, des répertoires et des personnalités m’a bluffé. C’est ce qui caractérise le label InFiné qui est un peu né ce soir de 2005" raconte Alexandre Cazac, qui l’a créé avec deux autres acolytes : Yannick Matray, ancien de l’Adami (une société de perception de droits d’auteurs) et Agoria, DJ lyonnais internationalement reconnu.

Chapelles

Alexandre Cazac, lui, est passé chez Virgin, puis au rayon électronique du label et distributeur Pias. "Les labels Warp, ECM ou Ninja Tune sont un peu nos références : ils sont sortis des genres et des catégories. Je pense que si l’on aime vraiment la musique, on n’écoute pas que de la techno, que de la musique classique ou que du rock du matin au soir. En France, les labels sont souvent cantonnés à des chapelles. Internet permet au public l’accès à toutes les musiques, un public bien souvent connaisseur" explique celui qui a ouvert le bureau français du label anglais Warp en même temps qu’InFiné.

Ce dernier avait pour mantra : de la musique facile pour personnes difficiles ("Easy music for the hard to please"). Mais Internet est aussi le talon d’Achille de tout label, InFiné gagne peu d’argent en publiant de la musique. La création d’éditions musicales, puis d’activités de conseil, l’utilisation de titres par le cinéma ou par la publicité permettent au label et à ses trois salariés de survivre. Le divorce en 2011 entre Agoria et son label avait failli couler ce dernier. Récemment, InFiné s’est associé avec le producteur de spectacles Décibels (Johnny Hallyday, Abd Al Malik…) pour organiser les concerts de quelques-uns de ses artistes.

Rencontres

InFiné compte quelques succès au-delà de la simple critique musicale ou d’une pub pour automobile. Francesco Tristano a tracé son chemin, après avoir suscité avec son premier album, en 2006, la curiosité, mais aussi la méfiance des adeptes de la musique classique et de ceux de l’électro.

Danton Eeprom, Aufgang ou Apparat ont assis la notoriété de ce label qui a publié des artistes mexicains (Cubenx, Murcof), autrichien (Clara Moto), libanais (Bachar Mar-Khalifé) ou espagnol (Downliners Sekt). Résolument transgenre, InFiné propose par exemple de la musique contemporaine au piano (Tristano) et à la batterie (Aufgang), de la musique électronique (Agoria) ou de la guitare flamenco avec du violoncelle (Pedro Soler et Gaspar Claus)… Un éclectisme qui a séduit Jean-Michel Jarre, qui a décidé de compiler en 2013 ses coups de cœur.

Les derniers succès en date sont ceux de Bachar Mar-Khalifé ou de Rone, un Lyonnais non pas découvert par son concitoyen Agoria, mais sur MySpace… Le label prospecte activement (à l’exemple de ses compilations Explorer) autant qu’il est sollicité par des musiciens, aux quatre coins de la planète. Des artistes maison en recommandent d’autres et des ateliers de résidence eurent lieu de 2008 à 2014. Ces workshops InFiné sur les rives d’un lac artificiel dans une carrière du Poitou furent propices à de nombreuses rencontres artistiques dans un lieu exceptionnel.

Villa  Médicis

La direction artistique cosmopolite prise par InFiné a fini par lui enlever toute étiquette française ou French touch. Il y a quelques années, le label recevait de nombreux courriels d’artistes français… écrits en anglais. Ils pensaient s’adresser à un label anglais ou allemand, malgré l’accent final de son nom. L’Allemagne est d’ailleurs le second marché pour le label  qui y a établi un bureau.

Nouvelle artiste à rejoindre la famille InFiné : Deena Abdelwahed, "une artiste tunisienne qui a l’énergie d’un Flying Lotus, compose une musique lumineuse, influencée par ses origines et la bass music"  confie Alexandre Cazac, qui verrait bien InFiné comme une Villa Médicis (il dit y être né) : "un lieu qui accueillerait de jeunes artistes dans un cadre hors du commun pour qu’ils n’aient rien d’autre à faire que créer, en échangeant avec d’autres artistes, comme Debussy ou Delacroix en leur temps." Rendez-vous dans dix ans ?

Compilation InFiné10, Tomorrow Sounds Better With You (InFiné) 2017
Site officiel de InFiné
Page Facebook de InFiné

Soirées InFiné10
11.02.2017 – Laval, 6par4
25.02.2017 – Saint-Denis de La Réunion, Cité des Arts
11.03.2017 – Rennes, Ubu
17.03.2017 – Paris, la Gaîté lyrique