Les Victoires de la musique 2017

Jain, Artiste féminine de l'année © Thomas Sanson / AFP

La jeunesse a pris le pouvoir lors de la 32e cérémonie des Victoires de la Musique qui avaient lieu ce 10 février. Jain fait coup double et l'emporte notamment dans la catégorie très convoitée d'Artiste féminine. Vianney se distingue à nouveau, Radio Elvis crée la (belle) surprise. Les consécrations de Jul et L.E.J. denotent un peu. Petite gêne également concernant la Victoire de Renaud. Sanson et Delerm repartent bredouilles et c'est juste incompréhensible.

Les hommages
Au rabais pour Prince et Georges Michael. Les deux stars disparues n'ont eu le droit qu'à une séquence magnéto vite expédiée. N'aurait-il pas été envisageable de confier ça à un ou deux artistes hexagonaux (au cours de la cérémonie d'ouverture du dernier  Festival de Cannes, -M- avait repris Sometimes it snows in april et Purple rain) ? La mémoire d'Hubert Mounier, l'ex-leader du groupe L'Affaire Louis Trio, a été honorée avec brio et grande classe par son ami Benjamin Biolay (Mobilis in Mobile). Quant à la Danoise Agnes Obel, elle a plané au-dessus des nuages en interprétant une version au piano d'Hallelujah de l'immense Leonard Cohen qui a agi comme un baume, une caresse. Une ensorceleuse, une magicienne touchée par la grâce. Splendide.

Renaud, Victoire affective
Bien sûr qu'on se réjouit de son retour après de longues années d'errance. Bien sûr que Renaud est un artiste majeur. Bien sûr qu'au niveau des ventes d'albums, il est au-dessus de la mêlée. Le vote du cœur l'a cependant emporté sur la raison. Artiste masculin de l'année, vraiment ? Une Victoire d'honneur aurait été plus judicieuse. Absent de la cérémonie pour cause de concert à Nantes, le chanteur - qui avait déjà raflé cette catégorie en 2003 - a laissé un message vidéo à l'élocution difficile.

Vianney a la carte
Rares sont ceux qui peuvent se targuer d'avoir été nommés trois années d'affilée. Vianney a réussi ce petit exploit. Consacré Artiste masculin l'an dernier, le chanteur a cette-fois-ci vu ses fans se mobiliser pour obtenir la Victoire de la chanson originale (seule catégorie qui bénéficie du vote du public, NDLR). Il a damné le pion à Amir, un autre gros vendeur, et son horripilant morceau J'ai cherché. A propos du titre de la chanson consacrée, un boute-en-train en coulisses : ʺJe m'en vais ? Il l'a écrite pour Fillon, Vianney ? ʺ.

Jain plutôt que Sanson, Imany engagée
Comme Christine and the Queens il y a deux ans, la chanteuse au col Claudine, Jain, et produite par Maxim Nucci (Yodelice) effectue le doublé Artiste féminine-Vidéo clip. Une distinction qu'on peut qualifier de hautement prématurée. Jain ne manque pas de panache et ses morceaux pop-world en anglais se révèlent d'une redoutable efficacité. De là à ce qu'elle soit préférée à Véronique Sanson, étincelante à nouveau, on repassera. Nommée dans la même catégorie que les deux femmes, Imany a glissé au milieu de sa prestation scénique un message coup de poing : ʺOn se doit de ne pas prendre la démocratie pour acquise, on se doit de demander des comptes à nos élites, on se doit de demander des comptes à la police, on se doit de demander la justice, on se doit de demander la justice pour Théo, pour Adama, la  justice pour tous ceux dont on ne parlera pas, la justice pour vous et moiʺ.  

Radio Elvis plus fort que The Voice
Sachant le fort impact des majors dans les votes, c'était loin d'être gagné d'avance. Radio Elvis, excellent groupe de rock lettré dont c'était hier le premier passage en prime time, s'est imposé face aux rengaines populaires d'Amir et de Claudio Capéo. ʺQuelque chose existe, quelque chose existe, quelque chose existe... ʺ, a scandé le chanteur de la formation lors de la réception du trophée. On ne saurait mieux dire.

Benjamin Biolay, la métamorphose
Non seulement le chanteur a livré des prestations live de haute tenue et remporté à juste titre une nouvelle Victoire, celle de l’Album de chanson de l’année. Mais il s'est montré aussi d'une grande disponibilité, répondant à toutes les sollicitations sans tiquer un seul instant. Qui osera encore prétendre qu'il est hautain ou antipathique ?

Les moments embarrassants
Comme toujours, la cérémonie a traîné en longueur (50 minutes de retard sur le conducteur initial). Comme toujours, le duo à la présentation s'est vautré dans des vannes de bas-étage. Thomas Thouroude et Bruno Guillon ont commencé par s'embrasser sur la bouche (était-ce bien nécessaire ?). Le premier a apostrophé Benoît Hamon, assis dans la salle : ʺVous n'avez pas de nouvelles de Manuel ? ʺ. Le second, au moment du discours de Calypso Rose, a traduit  ʺJe remercie à cause de la musiqueʺ à la place de ʺJe remercie Because Music (la maison de disques de la chanteuse de calypso, NDLR) ʺ. Pourquoi aussi créer un faux suspens dans les catégories où seul le lauréat se produira sur scène ? Pour les albums electro, musiques urbaines, musique du monde et rock, aucun des perdants n'était dans la salle. Curieux, non ? Difficile enfin de passer sous silence les moues dubitatives en coulisses lorsque le nom du rappeur Jul a retenti. Il est vrai que la plume du Marseillais ferait presque passer celle de Keen'V pour du Rimbaud.
 

Le palmarès

Artiste masculin : Renaud
Artiste féminine : Jain
Album de chansons : Palermo Hollywood, Benjamin Biolay
Album rock : Anomalie, Louise Attaque
Album révélation : Les conquêtes, Radio Elvis
Album de musiques électroniques ou dance : Layers, Kung
Album de musiques du monde : Far from home, Calypso Rose
Album de musiques urbaines : My world, Jul
Chanson originale : Je m'en vais, Vianney
Révélation scène : L.E.J.
Concert ou spectacle : Ibrahim Maalouf
Clip : Makeba, Jain

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