Yuksek compose sa bande

Yuksek. © Axel Morin

Yuksek a collaboré avec le monde du spectacle et du cinéma, avant de se consacrer entièrement à son troisième opus. Nous horizon est un album collectif, aux mélodies pop légères et lumineuses. De quoi chanter et danser tout l’été sur des rythmes funk et disco. Rencontre avec le musicien rémois.

RFI Musique : Pourquoi ce titre jeu de mots ?
Yuksek : J’avais entièrement écrit, interprété, chanté, produit et enregistré mon précédent album. Pour celui-ci, je voulais passer du temps avec des gens, concevoir un album plus collaboratif. Un peu comme ma façon de travailler ces dernières années, que ce soit pour le cinéma ou pour mon label Party Fine. Ces cinq dernières années, j’ai fait beaucoup de rencontres. J’ai effectué pas mal de voyages à titre personnel, j’étais d’humeur plus détendue, j’ai élargi mes horizons. Nous horizon : les Anglo-saxons ne comprendront peut-être pas tous le jeu de mots. C’est aussi un clin d’œil à ces noms de groupes de new wave qui mélangeaient anglais et français dans leur nom.

Qu’est-ce qu’un bon titre de musique ?
Je me suis rendu compte que c’est après avoir enlevé le plus de pistes possible -et s’il tient toujours debout- qu’un titre me semble le meilleur. Alors qu’auparavant, je concevais des morceaux plus alambiqués dans leur structure. Je vais sans doute plus à l’essentiel, j’ai épuré au maximum. Il y a un peu plus d’espace entre les sons. J’ai aussi réalisé plus d’enregistrement live, en prise directe. Les rythmiques mélangent souvent batterie et boîtes à rythmes.

Comment concevez-vous votre musique ?
Un peu sous la forme de puzzles. Je passe toutes mes journées dans mon studio à Reims, il est rempli de vieux claviers, je les collectionne, j’en achète et j’en revends. Si je travaille 5 à 6 heures sur une B.O., je peux terminer en faisant des enregistrements un peu aléatoires, avec un clavier, une basse ou un sample. Cela servira ensuite comme matière première de prochains titres. Je fais beaucoup de choses à la fois, un peu comme un artisan. Je ne réfléchis pas d’abord à une mélodie, puis à des paroles, tout vient au fur et à mesure. Et des voix enregistrées pour un titre peuvent subitement passer sur un autre.

Qui sont les chanteurs et chanteuses invités ?
Il y a Kim, un Parisien fidèle, un camarade de jeu, qui est de tous mes albums. Monika, est une chanteuse grecque très populaire chez elle. Je cherchais une voix un peu androgyne, avec une fausse nonchalance très maîtrisée. Je l’ai rencontrée à Los Angeles et nous avons enregistré ces deux titres à Paris et à Reims.
Il y a le groupe rennais Juveniles, dont j’avais produit le premier album. Ils m’ont présenté un autre duo rennais, Her, qui a également collaboré sur deux titres, avec son côté soul, complémentaire du versant disco de l’album. Roman Rappak du groupe anglais Breton, que j’ai rencontré en tournée, j’aime bien sa voix. Comme pour mon label, je ne travaille qu’avec des gens que j’apprécie.

Votre label Party Fine fonctionne-t-il bien ?
Comme un label indépendant. Depuis sa création en 2013, il ne me rapporte pas d’argent par rapport au temps que j’y consacre. Mais il me fait rencontrer de nombreuses personnes intéressantes. Cette année 2017, nous allons publier deux albums en plus du mien, ceux de Get a Room! et Week end Affair.

Avez-vous des projets de musique pour le cinéma ?
Oui. J’avais composé la musique du film Marguerite et Julien de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm. Je viens de terminer la bande originale du premier court-métrage réalisé par Esteban, le chanteur des Naive New Beaters. Il pourrait être présenté à Cannes. Cet été, je vais travailler sur le premier long-métrage de Jérôme de Gerlache, qui avait conçu deux de mes clips. Il sera tourné en Thaïlande. Je trouve ça chouette de participer à un premier film. Cela pourrait être le début d’une longue aventure.

Quel est votre rapport au septième art ?
Je ne suis pas un cinéphile, je vais assez peu au cinéma. Cela me donne peut-être un côté candide que je veux garder. Il y a des collaborations entre des musiciens et des réalisateurs qui m’ont marqué, comme celle, très longue, de Steven Soderbergh avec le compositeur Cliff Martinez. Dans Traffic, ils sont totalement en phase, l’ambiance du film est créée par le travail des couleurs et par la musique. Une autre bande originale m’a marqué, celle du film Birdman d’Ajejandro Iñárritu, ce ne sont que des solos de batterie.

Yuksek Nous horizon (Party Fine/Barclay/Universal Music) 2017

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En concert le 12 avril à Paris à la Cigale