Freeklane, en route pour l'Afrique subsaharienne

Le groupe Freeklane. © Padidou

Star des radios mais aussi des concerts du ramadan, le groupe algérien Freeklane présente son nouvel album, Nomad, le 2 mars. Mélangeant raï, chaâbi, et gnawa, les sonorités utilisées jusqu’à aujourd’hui par le groupe sont renforcées cette fois par plus d’inspirations africaines.

Il a toujours une casque de couleur kaki vissée sur la tête. "Sans ça, on ne me reconnait plus", rigole Chemseddine Abbacha. À 31 ans, le chanteur du groupe algérien Freeklane est invité régulièrement dans les émissions de la radio nationale et sur les plateaux de télévisions. Le groupe est aussi programmé dans les salles publiques du pays et ses concerts constituent un événement incontournable de chaque mois de ramadan, depuis trois ans.

Au départ, il y a trois jeunes garçons, étudiants à l’École nationale supérieure de Statistique et d’Économie appliquée à Boumerdès (à 45 kilomètres à l’est d’Alger). En 2007, Youcès, le bassiste, Yacine, le batteur et Chemseddine, que ses amis appellent Chemsou, le chanteur, choisissent le nom de Freeklane : une contraction de "free", libre, en anglais, et "iklane" qui signifie "les anciens" en tamasheq (langue berbère du Sahara), mais qui était aussi utilisé pour désigner les serviteurs.

"Nos débuts étaient compliqués parce qu’en terme de musique, tout se passe à Alger", se souvient Chemseddine. Mais en 2011, ils sont invités sur deux chaines de radio publiques et chante Lalla Mira. Succès immédiat. Le premier album, du nom de cette chanson, est enregistré en 2013 dans le studio Padidou, le "premier studio aux normes", installé dans une grande villa de l’ouest de la capitale algérienne.

C’est là également que le groupe répète et enregistre, début 2017, son deuxième album, Nomad. Le succès a changé certaines choses. "On a essayé d’adopter une politique plus professionnelle. Pour l’enregistrement, pour les concerts et pour la promotion", explique le leader du groupe. Freeklane a désormais un porte-parole, un manager et est allé en France pour le mixage de l’album. Le trio du début s’est renforcé. Il sont désormais sept sur scène. 

Langue et identité

Mélange de chaâbi, de raï et de gnawa, la musique de Freeklane s’inscrit dans la culture populaire algérienne. En 2014, le groupe profite d’une émission de télévision pour faire un duo avec Abdelmadjid Meskoud, célèbre chanteur algérois de chaâbi. "C’était une rencontre entre deux générations", résume Chemseddine. La vidéo mise en ligne est vue 500 000 fois.

Dans le nouvel album Nomad, l’identité berbère de l’Algérie est mise en avant. "J’aimerais pouvoir chanter en kabyle (langue berbère du nord de l’Algérie), car c’est ma langue maternelle, mais je ne le maîtrise pas assez". La langue est une question centrale pour Freeklane. "Quand j’étais adolescent, j’écrivais des poèmes en arabe littéraire. Mais ici, nous faisons le choix de chanter en dialecte algérien, tout en choisissant les mots qui sont compréhensibles par tout le pays", explique le chanteur, marqué par le souvenir de l’époque universitaire où les étudiants de tout le pays riaient de leurs différences de langage.

La chanson Amazighia est un duo avec Tikoubawine, un groupe de la ville saharienne d’In Salah, à 1200 kilomètres au sud d’Alger, qui chante en tamasheq. L’identité est aussi un thème très présent dans les compositions du groupe. Alors que les discours font de l’Algérie un pays "arabe", le chanteur insiste : "nous sommes Amazigh, c’est notre identité".

Dans ce deuxième album, les inspirations musicales sont plus africaines. "Nous sommes Algériens, Maghrébins, Sub-Sahariens aussi", sourit Chemseddine. Il s’inspire d’une musique qu’il estime spirituelle, comme celle du Sénégalais Youssou N’Dour, des Maliens Salif Keita et Fatouma Diawara ou du chanteur de reggae sud-africain Lucky Dube.

Aujourd’hui, Chemseddine vit de la musique, même si ce n’est pas simple tous les jours. Des concerts, "surtout pendant l’été", et des spectacles privés, comme lors de "team building", le reste de l’année. Il y a cinq ans, sa famille voulait surtout qu’il réussisse ses études. "Pour tout parent, la musique ne peut pas être un bon chemin pour réussir sa vie. Le jour où mes parents m’ont entendu à la radio, ils ont changé d’avis", dit-il en riant.

Leur nouvel album est un succès de presse : "un antidote à la morosité" pour la journaliste Faten Hayed. Les fans sont là aussi. "Freeklane a réussi à trouver un public, des jeunes comme des moins jeunes, et ça c’est nouveau", souligne Aziz Hamdi, membre du Groupe de Travail sur la Politique Culturelle en Algérie (Gtpca).

Freeklane Nomad (Padidou production) 2017

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