Matmatah, la rage, le rire, le retour

Le groupe Matmatah. © Julien Banes

"Si tu veux un peu de gaîté/ Viens donc faire un tour à Lambé !" Avec ce titre, Lambé An Dro, Matmatah est resté la découverte musicale la plus excitante de l’été 1998 : rock, festive, profondément celte. Le succès a suivi Matmatah pendant dix ans. Puis, à partir de l’été 2008, silence. Aujourd’hui, Matmatah revient avec Plates Coutures, un album puissant, lumineux, rempli de rock, de rage et de rires.

RFI Musique : Quel souvenir gardez-vous du concert de votre grand retour, à l’Olympia le 2 mars 2017 ?
Tristan Nihouarn, chanteur et guitariste :
Ça a été de grandes retrouvailles, mais c’était culotté : nous avions annoncé ce concert dès septembre 2016. Nous ne savions pas du tout où nous mettions les pieds : l’Olympia en cinquième date d’une tournée, après dix ans d’absence… Nous avons tenu le choc. Nous avons envoyé ce qu’il fallait. Mais ce n’était pas gagné…

Comment s’est reformé Matmatah ? Votre Antaology, en 2015, en a-t-elle vraiment été le catalyseur ?
Tristan :
Oui et non. J’avais tourné la page en 2008, avec la vision romantique de la fin d’un groupe. Ensuite, nous nous sommes revus avec Eric Digaire, le bassiste de Matmatah. Il avait besoin de réponses : pourquoi cette fin ? Nous étions comme des ex (rire). Nous voulions sortir quelque chose pour les vingt ans de la création du groupe, quelque chose d’assez classe qui raconte son histoire. Une anthologie.

Emmanuel Baroux, guitariste, dit Manu : Je peux parler d’Anthology : je ne faisais pas partie du groupe d’origine… Ce double album et son livret sont une masse de travail, une marque de respect du public. Personne ne pouvait venir à leur place pour fabriquer un tel objet, avec un niveau de recherche presque archéologique…
Tristan : Deux morceaux n’avaient jamais été terminés. Nous avons donc décidé de le faire. Nous nous sommes retrouvés en studio avec Eric, Benoît, le batteur, et Manu. Et nous avons été pris à notre propre piège : celui du plaisir de jouer ensemble. D’où la question : "Pourquoi ne repartirait-on pas ?". Il ne restait plus qu’à écrire de nouveaux morceaux…

Lambé An Dro est-il pour vous un heureux souvenir ou un poids ?
Tristan :
Ce serait indécent de dire que c’est un poids ! C’est un des morceaux qui nous ont permis de produire tous nos disques… C’est sûr, musicalement, on en a fait le tour ! Mais quand on voit le public réagir encore à cette chanson-là, notamment un nouveau public de 15 à 25 ans… Quand on joue Lambé, ça leur fait quelque chose !
Manu : Ce type de morceau, léger, festif, n’est pas très courant dans le rock. L’enlever au public ne serait pas très fair-play.

Que sont devenus Cédric Floc’h (Sammy), le guitariste de Matmatah-98, et Jean-François Paillard (Fanch), le batteur ?
Tristan :
Nous ne nous voyons plus énormément. Mais, aux dernières nouvelles, Sammy et Fanch travaillent ensemble, dans le groupe Sammy & the Redouters.

Pourquoi sortir, avec Plates Coutures, un album bien plus engagé que les précédents ?
Tristan :
"Engagé", pour moi, n’a aucun sens. "Concerné" me semble plus juste. Nous ne sommes pas des politiciens. Nous n’apportons pas de réponses. Nous faisons juste un constat. Pendant dix ans, nous ne nous sommes pas exprimés – et, au cours de cette période, le monde a énormément changé. Nous observons cela avec inquiétude et agacement. Nous n’avons pas décidé d’écrire cet album ainsi. Nous tenons le discours qui correspond à l’âge que nous avons. L’insouciance appartenait à la fin des années 1990. Ensuite est arrivé septembre 2001… L’euphorie est tombée et nous n’avons plus écrit la même chose. Mais il n’y a pas que ça dans Plates Coutures ! On y trouve aussi des choses plus légères. Il faut un peu respirer, quand même !
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Marée haute, justement, est jouissif, paroles et musique. Ses mots bastonnent… On dirait la suite de L’Homme pressé, de Noir Désir, vingt ans après.
Tristan :
Oui… Mais plus du tout dans la sphère économique : dans un contexte clairement politico-politique… Pour dire qu’il n’y a pas de mort en politique : on arrive toujours à renaître… Ce texte-là, je l’ai écrit il y a un an et demi, sans penser à personne en particulier. Mais c’est sympa d’avoir en résonance toutes ces "affaires" au moment même où nous sortons le morceau. Nous avons en quelque sorte des attachés de presse de luxe (rire) !
Manu : Une fois le texte écrit, l’équilibre a été très difficile à trouver dans la musique. Nous avons ajouté des arrangements un peu pompeux, des cuivres, pour aller avec la mégalomanie de notre personnage.
 

Ne craignez-vous pas avec ce titre d’être accusés de faire le jeu des extrêmes ?
Tristan : Je ne le pense pas : les extrêmes sont inclus dans le package (rire) ! Nous ne sommes pas dans le "tous pourris" dangereux. Marée haute n’est pas une chanson anti citoyenne. Au contraire. Elle n’incite pas à ne pas voter… C’est juste un reflet du ras-le-bol de la société française. Un hémicycle, ce n’est qu’un demi-cercle. Et il y a un autre demi-cercle, derrière : la société. On ne le voit pas trop…

Matmatah Plates Coutures (La Ouache Productions/ Upton Park Publishing) 2017

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