Le combat des Amazones d’Afrique

Les Amazones d'Afrique à la Philarmonie de Paris, mars 2017. © Edmond Sadaka/RFI

Collectif ad hoc fondé à Bamako en 2015 autour de quelques figures féminines de la musique malienne pour défendre la cause des femmes, les Amazones d’Afrique déclinent leur propos sur un premier album intitulé République Amazone, avec le soutien de nouvelles venues comme Angélique Kidjo ou Nneka.

Pour souligner leur détermination à se faire entendre, elles ont choisi un nom symbolique, qui sonne comme une mise en garde. La référence est à la fois historique, en rappelant le rôle des ces femmes soldats dont la légende remonte à l’Antiquité et qui ont aussi servi au Bénin, mais également culturelle : la musique d’Afrique de l’Ouest a été marquée par les Amazones de Guinée, premier orchestre féminin à avoir tourné sur le continent à partir du milieu des années 60 et pendant deux décennies.

Si Mamani Keïta, Mariam Doumbia (du duo Amadou et Mariam) et les autres chanteuses se sont réunies sur cet album, c’est d’abord pour répondre à leur volonté de s’impliquer dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Et concrètement cela passe par un soutien à la Fondation Panzi qui a pris en charge un grand nombre de ces victimes violées par des militaires et miliciens dans le Sud-Kivu, région du Congo particulièrement touchée.

La République Amazone qu’elles appellent de leurs vœux repose plus largement sur l’émancipation des femmes afin qu’elles aient les mêmes droits, les mêmes opportunités que les hommes. Qu’il s’agisse de la Béninoise Angélique Kidjo qui a rejoint l’initiative en cours de route tout comme la Nigériane Nneka, ou de la griotte malienne Kandia Kouyaté, ces chanteuses qui participent au projet ont valeur d’exemples à suivre, avec leurs profils artistiques, leurs carrières et leurs vécus très différents.

Très en vue ces derniers temps à Bamako, Rokia Koné fait une entrée remarquée dans ce collectif à géométrie variable, dont a disparu son illustre compatriote Oumou Sangaré, qui en a pourtant été un élément fondateur. Ces Amazones ont également modifié leur répertoire avec le temps. Les deux musiciennes à la batterie et à la kora ont vu leurs rôles réduits à une simple apparition et laissé leur place au compositeur et producteur Doctor L – un homme, donc ! – qui s’est chargé de jouer la plupart des instruments et d’apporter avec lui cette touche électro-rock futuriste.

La transformation est radicale, amenant vers un style nettement moins conventionnel. Nettement moins fédérateur aussi. Ce qui pose une question, compte tenu de l’intention première, au-delà des préoccupations artistiques : à qui s’adresse ce disque ?

Les Amazones d'Afrique République Amazone (3D Family/Realworld/RFI Talent) 2017

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