Jean Guidoni enlève le masque

Jean Guidoni. © Chloé Jacquet

Il aura fallu attendre une décennie pour que Jean Guidoni se replace au centre de son écriture. Peut-être animé par une urgence de dire, ou plus certainement brusqué par le temps qui passe, cet artiste à l'interprétation fiévreuse nous livre des Légendes urbaines aux saveurs authentiques.

On avait laissé Jean Guidoni au bord du lit tourmenté et profond de Paris-Milan, périple aventureux jonché d'inédites pépites textuelles du regretté Allain Leprest. Plus loin encore dans le temps, il s'était mis en bouche les vers savoureux et surréalistes de Prévert. En le voyant ainsi, gaillard et gourmand d'être au service d'autrui, on s'était dit que le chanteur avait trouvé ses eldorados poétiques, qu'il allait y semer d'autres balises. C'était omettre que, chez lui, le désir est une quête vitale. Le voici qui déambule enfin dans ses propres mots à la lucidité désenchantée.

Des Légendes urbaines, vraiment ? La véracité de ces histoires-là n'est-elle pas établie ? Pas certain. Le titre fausse les pistes et souligne le possible leurre. Parce que ce disque exhale un parfum d'intimité à la fois troublant et confondant. Ne pas insister sur un âge de raison, mais sur des raisons de prendre son âge et sa destinée comme de véritables atouts. Guidoni ne cherche pas à dominer ses cicatrices. Il s'en empare pour constater les fissures de la couche des nuages. " J'ai gardé sur ma peau/ Les traces indélébiles/ Des caresses létales/ Qui déchirent ta chair/ Ta peur et ma colère/Une histoire idéale/ Et ton orgueil blessé", annonce-t-il dans le titre éponyme d'ouverture. Les chansons s'articulent autour d'une nostalgie fauve de regrets blessés et du temps trottant à toute vitesse. Au milieu d'ambiances latines et de cabarets, il y a toujours, dans son univers, la politesse racée des marginaux, ces âmes anonymes, ces nuits de perdition et ces matins blêmes. Bien sûr, l'optimisme débordant n'est pas ici de mise, à l'image de la sagacité cruelle de Demain c'était hier ou de la mélancolie prégnante de La note bleue.

Soutenu par sa nouvelle famille - Didier Pascalis, proche de Lesprest - à la réalisation, celui qui a joué d'exubérance dans la décennie 80 redonne même des nouvelles de Djemila, une des chansons phares de son répertoire (Où allez-vous Nora, Djemila...). Et si certains arrangements se révèlent malhabiles, la sensibilité extrême et insidieuse de l'homme ainsi que l'emphase théâtrale de son chant instaurent une grande force expressive. Jean Guidoni n'a rien perdu de son exigence d’être humain.

Jean Guidoni Légendes urbaines (Tacet) 2017

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