Orchestra Baobab, l’élite de l’afro-salsa

Orchestra Baobab. © Youri Lenquette

Formation emblématique de la salsa à mode africaine depuis plus de quatre décennies, Orchestra Baobab tient son rang de monument de la musique sénégalaise avec son nouvel album Tribute to Ndiouga Dieng, baptisé ainsi en référence au chanteur du groupe décédé en 2016. Entretien avec le leader Balla Sidibé et le saxophoniste Thierno Koité.

RFI Musique : Qu’est-ce qui distingue Orchestra Baobab des autres groupes qui font de la musique afro-cubaine ?
Thierno Koité
 : L’originalité d’Orchestra Baobab, par rapport aux autres orchestres afro-cubains, tient au fait que c’est un groupe multiracial, composé de musiciens qui appartiennent à différentes ethnies : mandingue, ouolof, casamançais, maures, béninois… Après avoir beaucoup écouté la musique cubaine et appris à l’imiter, chacun de nous, avec ses origines, y apporte son inspiration pour créer quelques chose de particulier. Et si le coté "afro" de notre musique a son origine dans les chansons traditionnelles, nous avons aussi été influencés par d’autres musiques que celle de Cuba, que ce soit le blues, le jazz, la musique française… Tout cela nous a apporté des tempos, des mélodies, des rythmes que l’on utilise à notre guise.

Le regard porté sur le groupe est-il le même au Sénégal et à l’extérieur ?
Balla Sidibé : Bien sûr. Parce qu'au Sénégal, toutes les soirées où on joue ont lieu dans des clubs VIP. On refuse de jouer dans des endroits où il y a de la prostitution. Ce sont les personnes importantes, les ministres, les avocats, qui viennent nous écouter. De 21 heures à minuit, et puis après c’est terminé et les personnalités rentrent chez elles pour aller au travail le lendemain matin. Et si on va en tournée à l’étranger, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, on nous met dans des conditions de VIP. Alors que si on nous voyait comme un groupe sénégalais, on ne serait pas dans ces hôtels-là ! À Dakar, on nous appelle « les monuments de la musique sénégalaise » parce que le travail qu’on a accompli de 1978 à nos jours est très apprécié. Ce qu’on fait, aucun autre musicien du Sénégal ne peut le faire. Même l’Etat le reconnaît.

Comment l’album a-t-il été préparé et comment s’est fait le choix des chansons, puisqu’on retrouve d’anciens titres du répertoire du groupe qui ont été réenregistrés pour cette occasion ?
T. K
. : L’idée de ce nouvel album vient de notre chanteur Balla Sidibé. Il a préparé les textes des chansons que nous avons écoutées ensemble puis nous avons répété durant un mois pour enregistrer une maquette que Balla a envoyé à Nick Gold, le patron du label World Circuit (qui soutient Orchestra Baobab depuis longtemps et à qui l’on doit entre autres le Buena Vista Social Club, NDLR). Il a apprécié notre travail et a fait son choix parmi les morceaux que l’on avait proposés. Ceux qui ont été créés en studio au même moment et qui ont été mis de côté, en attente, se feront peut-être entendre dans un autre projet !

Deux des chansons évoquent la mémoire de votre compatriote Ousmane Mbaye et font revivre son répertoire. Qui était cet artiste qui a laissé peu de traces sur le plan discographique ?
B. S
.: Il habitait la même région que moi et il nous connaissait très bien, on était comme ses jeunes frères. Quand on était gosses, ses chansons passaient sur la seule radio qu'il y avait au Sénégal – il n'y avait pas encore de télé. Et quand on a grandi, il nous avait proposé de reprendre ses morceaux pour qu'ils soient mieux diffusés. Maintenant, il est décédé et je me suis dit qu'il fallait que les gens connaissent ses chansons. C'est pour ça qu'on a fait ces deux chansons. Lui, il était seul avec sa guitare et nous on les a modernisées.

Avez-vous déjà enregistré ou joué à Cuba, dont la musique vous a tant influencé ?
B. S
. :Non, nous n'y sommes jamais allés. Les Cubains nous ont contactés mais on n'est pas tombés d'accord parce que là-bas il n'y a pas assez d'argent. Mais on connaît des artistes de Cuba : Ibrahim Ferrer a participé à un de nos albums et on a joué plusieurs fois avec les musiciens de l'Orquesta Aragon. Au Barbican Center à Londres, ils avaient fait notre première partie, il y a quelques années. Il nous avaient dit qu'ils ne rentreraient pas à l'hôtel sans avoir écouté le Baobab, et à la fin, ils sont venus nous féliciter. À Dakar aussi, on a joué ensemble dans une boite de nuit bien select.

L’album s’appelle Tribute to Ndiouga Dieng en hommage au chanteur et membre historique d’Orchestra Baobab, disparu en novembre 2016. Quelle était sa place dans le groupe ?
T. K.
 : Ndiouga était un chanteur qui était inspiré par les particularités de notre société. C’était quelqu’un de très apprécié au Sénégal. Un peu un historien. Tous les textes de ses chansons avaient une signification. C’était aussi notre trésorier et il se chargeait des démarches pour le groupe Baobab. En dehors, c’était également un responsable et conseiller politique très influent de sa ville.
B.S. : Il a tout fait pour le Baobab. Lui, c'était le mbalax, tandis que Rudy Gomis et moi, c'est la salsa, la world music. Un vrai parolier. C'était son rôle. Maintenant, c'est son fils qui chante tous les morceaux à sa place.

Orchestra Baobab Tribute to Ndiouga Dieng (World Circuit) 2017
Concert à Paris le 16 mai 2017 au Cabaret Sauvage

Site officiel d'Orchestra Baobab
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